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Iran . Ignorant les mises en garde de l’Union européenne, Téhéran a annoncé lundi la reprise d’activités nucléaires ultrasensibles. Un renvoi de l’affaire devant le Conseil de sécurité pour d’éventuelles sanctions internationales est désormais probable.

Obstination et agacements

Au risque d’aggraver la crise, les Iraniens ont fait monter les enchères, lundi, en envoyant à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) à Vienne une lettre l’informant de la reprise d’activités nucléaires ultrasensibles, malgré les mises en garde internationales contre une décision pouvant le conduire devant le Conseil de sécurité de l’Onu. « L’Iran a décidé de reprendre le 1er août 2005 ses activités de conversion d’uranium à l’usine d’Ispahan », dit la lettre qui invoque le « droit inaliénable de la République islamique » et accuse l’Union Européenne (UE) d’avoir voulu faire de la suspension de telles activités un « fait accompli ». Les scellés posés par l’AIEA sur l’usine de conversion d’uranium d’Ispahan « seront enlevés aujourd’hui en présence des inspecteurs de l’agence qui se trouvent actuellement en Iran », a déclaré l’un des négociateurs iraniens, Ali Agha Mohammadi. Ce dernier a expliqué que la décision de reprendre la conversion avait été prise à l’expiration d’un dernier ultimatum communiqué au haut représentant pour la politique extérieure de l’UE, Javier Solana. Selon M. Agha Mohammadi, M. Solana n’a pas produit les « garanties » que le droit de l’Iran à l’enrichissement et à la conversion d’uranium serait reconnu dans des propositions de coopération que l’UE entendait soumettre à l’Iran dans les prochains jours.

Avec cette annonce, l’Iran prend le risque de la rupture de ses négociations avec les Européens et d’un renvoi devant le Conseil de sécurité. L’UE, qui s’était opposée jusqu’alors aux Etats-Unis sur le recours au Conseil de sécurité, devrait demander une réunion d’urgence de l’AIEA. L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (UE3), mandatées par l’UE, négocient depuis décembre dernier avec l’Iran pour obtenir les garanties que Téhéran, suspect après des années de dissimulations, ne fabriquerait pas l’arme nucléaire. Elles lui offrent en contrepartie une coopération nucléaire, commerciale et politique. L’UE3 devait lui soumettre ces jours-ci des propositions détaillées de coopération. Mais, après des mois de tumultueuses tractations, l’Iran a exigé que ces offres lui soient transmises au 1er août au plus tard. Il a surtout mal pris qu’elles ne semblent pas devoir lui reconnaître un droit à l’enrichissement. « Il est désormais évident que les négociations ne progressent pas comme cela était prévu dans l’accord de Paris (14 novembre 2004) à cause de la politique de l’UE3 qui consiste à faire durer les discussions sans la moindre tentative de leur part de respecter leurs engagements. Cette prolongation vise seulement à maintenir la suspension assez longtemps pour que la cessation devienne un fait accompli », explique en effet la lettre remise à l’AIEA.

Pour les Européens, la reprise de la conversion constitue une rupture de l’accord existant, selon plusieurs diplomates. Les Européens n’ont pas caché qu’ils voulaient obtenir un renoncement permanent des Iraniens à ces activités ultrasensibles. « Nous espérons que de nouveaux pas ne seront pas franchis dans les jours prochains qui mettraient en danger une solution négociée », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne. « Le gouvernement allemand exige de l’Iran qu’il ne fasse pas de geste unilatéral qui enfreindrait l’accord conclu à Paris », a dit Jens Plotner, porte-parole du ministère des Affaires étrangères allemande. Quant à la France, elle s’est dite « surprise » et « préoccupée » par une action qui ne revêt « aucune justification économique ou technique ».

Avant même l’annonce iranienne, un porte-parole du Foreign Office déclarait qu’une reprise des activités nucléaires « constituerait un pas inutile et préjudiciable de la part de l’Iran ».

La porte est désormais ouverte pour un recours au Conseil de sécurité contre l’Iran, réclamé depuis des mois par les Etats-Unis. Minimisant cette menace, le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, s’est contenté d’affirmer : « Le Conseil de sécurité, ce n’est pas la fin du monde ».

Abir Taleb
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