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Arabie saoudite . Abdallah bin Abdel-Aziz est devenu, à 82 ans, le nouveau souverain saoudien après la mort du roi Fahd lundi dernier. Il hérite d’un royaume en pleine effervescence et en proie à des contradictions idéologiques.

Sous le signe de la continuité

Réformes politiques et sociales internes, lutte contre le terrorisme, amélioration des relations stratégiques avec les Etats-Unis. Autant de dossiers délicats sur lesquels devra se pencher le nouveau monarque saoudien, Abdallah bin Abdel-Aziz, qui a succédé au roi Fahd décédé lundi dernier. C’est en effet dans un contexte intérieur et régional brûlant que le nouveau roi succède au trône, son prédécesseur lui léguant un royaume en proie à des pressions internationales accrues pour l’instauration de réformes et la lutte contre l’extrémisme islamiste.

Pour ce qui est du dossier des réformes, le règne du roi Fahd a donné lieu aux premières réformes politiques de l’histoire de cette monarchie absolue ultra-conservatrice, mais il s’agit d’une ouverture prudente et très limitée, marquée notamment par la création en mars 1992 d’un Conseil consultatif puis par l’organisation d’élections municipales le printemps dernier, les premières élections dans l’histoire du pays. La question est désormais de savoir quel sera l’avenir de ces timides initiatives. Les dirigeants saoudiens ont assuré qu’ils poursuivraient dans la voie des réformes, mais ont averti que celles-ci ne pouvaient pas être inspirées du modèle occidental. Ils se gardent en tout cas de dire quelle forme elles prendront et surtout jusqu’où elles iront. Selon le politologue Hassan Abou-Taleb, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, il ne risque pas d’y avoir des changements de fond, sinon une accélération des réformes dans certains domaines. « Abdallah dirigeait déjà le royaume de facto depuis 1995, à cause de la détérioration de la santé du roi Fahd. C’est lui qui était l’instigateur des réformes politiques, notamment pour ce qui est du Conseil consultatif, et à mon avis, il donnera un coup d’accélérateur dans le domaine du dialogue national et de l’ouverture politique », estime le chercheur. Mais dans le même temps, des voix s’élèvent pour réclamer que les membres du conseil soient désormais élus, et non plus nommés, et rien ne montre que cette mesure sera appliquée. De plus, si depuis la création de « Majlis Al-Choura », ses membres sont passés de 60 à 150, les femmes en sont toujours exclues. « Le roi Abdallah est partisan de l’octroi de davantage de droits à la femme, mais bien sûr, cela se fera toujours en fonction de la charia », estime Abou-Taleb. Ce qui risque de ne pas satisfaire aux demandes américaines.

Car le véritable lancement de ce processus de réformes est dû aux pressions américaines et n’est qu’une conséquence directe des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis perpétrés par le réseau terroriste Al-Qaëda d’Ossama bin Laden, issu d’une riche famille saoudienne, mais déchu de sa nationalité. La présence de 15 Saoudiens parmi les 19 auteurs de ces attaques donne lieu à de virulentes critiques américaines contre le régime de Riyad, accusé d’avoir une part de responsabilité dans l’apparition d’un islamisme extrémiste. Désormais, la priorité pour Washington est à la démocratisation des pays arabes, avec en tête le royaume wahhabite, perçue comme le meilleur moyen de lutter contre le développement du terrorisme.

Depuis le 11 septembre, l’Arabie saoudite a donc été priée par les Américains de sévir contre les islamistes. Riyad a été la cible de sévères critiques américaines contre son laxisme supposé envers le terrorisme, et surtout contre le rôle éventuel de la monarchie saoudienne dans l’émergence d’un islamisme ultra-radical. Mais ce n’est qu’à partir de 2003 que le royaume a déclenché une lutte sans merci contre la branche locale du réseau Al-Qaëda, « Al-Qaëda dans la péninsule arabique », auteure d’une série d’attentats meurtriers sur le sol saoudien, d’autant qu’elle s’en prend directement au régime saoudien, et plus seulement aux étrangers qui vivent dans le royaume.

Depuis, Abdallah promet de manière répétée d’éradiquer le terrorisme, et en même temps de faire face à la colère d’une petite frange d’extrémistes, disciples d’Ossama bin Laden, qui veulent renverser la famille royale et instaurer un islam pur et dur. Une mission difficile pour le nouveau roi, qui selon Abou-Taleb « est sérieusement engagé dans la lutte antiterroriste et compte pour cela sur le soutien des Etats-Unis »


L’équation difficile

Lutter contre le terrorisme tout en gardant un islam rigoriste, une équation difficile qui se pose au nouveau souverain. Bien que les autorités se soient engagées à tout faire pour liquider ces extrémistes, il n’est pas certain qu’elles puissent remporter la bataille sans que soit d’abord extirpée de la société l’idéologie du « takfir », qui consiste à désigner les musulmans partageant d’autres vues comme des « infidèles », afin de légitimer la violence à leur encontre. Car c’est bien cette idéologie qui est à l’origine de la vague terroriste. On ne connaît pas non plus l’importance exacte de la menace que représente ce qui reste des cellules d’Al-Qaëda, en dépit de l’arrestation de centaines de suspects. Les autorités elles-mêmes ont souligné qu’en dépit de leurs succès, la guerre n’était pas terminée. De plus, la poursuite de la violence en Iraq, pays voisin où de nombreux Saoudiens participent au « djihad » contre les forces de la coalition conduite par les Etats-Unis, n’augure rien de bon pour l’Arabie saoudite, qui peine encore à neutraliser les anciens de la guerre d’Afghanistan. Quoi qu’il en soit, l’application par Riyad de « la guerre contre le terrorisme » lancée par Washington a au moins contribué à calmer les Etats-Unis, dont les critiques à l’encontre des dirigeants saoudiens font graduellement place à des félicitations pour les « progrès remarquables dans leur lutte contre Al-Qaëda », pour reprendre l’expression utilisée par le directeur du FBI, Robert Mueller, lors d’une visite à Riyad en mai dernier.

Un autre volet vital pour le royaume est donc les relations avec les Etats-Unis. Malgré son alliance avec Washington, Riyad a toutefois pris ses distances par rapport à certains aspects de la diplomatie américaine impopulaires dans le monde arabe au cours des dernières années de la vie de Fahd. Toutefois, selon Hassan Abou-Taleb, le nouveau roi « a contribué, avant la mort de Fahd, à améliorer les relations avec les Etats-Unis qui s’étaient détériorées à la suite du 11 septembre. Il continuera donc dans cette voie, d’autant plus qu’il partage avec le président Georges Bush une entente stratégique sur de nombreux points tels que la lutte antiterroriste et la nécessité de stabiliser la région ». D’ailleurs, en dépit des efforts des néo-conservateurs américains, qui continuent à alimenter une campagne anti-saoudienne aux Etats-Unis, Abdallah entretient des rapports directs avec le président Bush, notamment par de fréquents entretiens téléphoniques. Sa récente visite en avril au ranch texan de M. Bush et l’accueil qui lui a été réservé par le président américain sont venus attester de leurs bonnes relations personnelles, mais surtout de l’amélioration des relations bilatérales depuis le 11 septembre.

Lors d’une précédente visite officielle aux Etats-Unis, en avril 2002, les deux hommes avaient discuté d’un plan de paix pour le Proche-Orient lancé par Abdallah. Adopté par le sommet arabe de Beyrouth de mars 2002, ce plan, qui n’a pas eu de suite, proposait à Israël une normalisation de ses relations avec le monde arabe en échange de son retrait de tous les territoires arabes occupés. Sur la question israélo-palestinienne, la position de l’Arabie ne risque pas de changer. « Abdallah a su donner un rôle précis à l’Arabie saoudite dans le processus de paix. Le royaume a œuvré pour l’établissement d’une paix totale, mais il ne faut pas s’attendre à une normalisation des relations avec Israël sans l’instauration de cette paix. D’ici là, les Saoudiens continueront à soutenir l’Autorité palestinienne », conclut Abou-Taleb.

Abir Taleb
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