| Cinéma
. Al-Sifara fil omara (L'Ambassade dans l'immeuble)
de Amr Arafa transforme la trajectoire d'un personnage
au profil banal en celle d'un homme animé par la remise
en cause des relations avec Israël. Le résultat est quasi
décevant. |
| Détournement
de normalisation |
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Le
cinéma égyptien n'avait pas produit de films sur le Traité
de paix avec Israël. Douleur, décence du peuple et autres
raisons plus complexes recommandaient leur contournement.
Mais c'est chose faite avec Al-Sifara fil omara. L'objet
du film est de décrire la problématique soulevée par la
présence de l'ambassade israélienne dans un immeuble du
Caire, contestée par ses habitants. Belle idée qui se
révèle toutefois criblée d'ambivalence. Le film n'accouche
pas d'un sujet musclé, mais de bouffées d'initiation du
héros, Chérif (Adel Imam), à la politique et de menus
ajustements avant de passer dans le vif du sujet pour
clore sur une note morale au bout de deux heures de projection.
Le
réalisateur dépeint d'abord la vie quotidienne du protagoniste
principal : Chérif, un ingénieur spécialisé en pétrochimie
et posté aux Emirats arabes unis, délaisse quelque peu
son travail pour se dédier à ses incartades de séduction.
Le rappel à l'ordre incessant par son collègue Mahmoud
(Mohamad Abou-Daoud), via son fils Iyad, dit tout de son
indifférence à toute question hors de sa sphère privée.
Puis le scandale arrive, lorsque son patron, Jacques,
le renvoie après que son épouse l'eut trompé avec lui.
Chérif n'interprète donc pas l'ingénieur idéal cherchant
à faire ses preuves. Son devoir est au contraire de séduire
la première femme rencontrée.
De
retour au Caire, il découvre que l'ambassade d'Israël
s'est installée dans l'immeuble où se trouve justement
son appartement. Le scénario pose alors le problème éthique
de la cohabitation avec ce voisin imposé. Mais à y regarder
de près, l'éthique est faite de toc : le rôle de Chérif
n'est pas de se débarrasser de ce voisin, mais de veiller
à ce que ses visiteuses ne soient pas gênées par les contrôles
des agents de sécurité de l'Etat. Alors pourquoi ne pas
déménager ?
Le
film intègre une scène où des terroristes, visant l'ambassade,
attaquent par erreur l'appartement de Chérif. Ce dernier
prend alors pour la première fois acte de la délicatesse
de la situation et intente un procès pour obtenir le déménagement
de l'ambassade. Et cela sur les conseils de son ami avocat
(Ahmad Rateb) et de Dalia (Dalia Al-Béheiri), une jeune
militante de gauche rencontrée lors d'une manifestation
estudiantine contre la normalisation et la signature d'une
convention de libre-échange commercial avec Israël. Il
s'éprend de Dalia non pour ses idées mais pour sa délicieuse
féminité. Parce qu'il est réduit à un corps qui vibre
aux affects. Cette fois, il frémit à l'idée d'une aventure
plus prometteuse. Dalia l'engage dans un parcours d'obstacles,
le rend conscient de la complexité des rapports avec Israël.
Brusquement, il est là, présent, alors qu'il se plaçait
toujours à distance des événements. Cependant, Rached
(Khaled Zaki), l'officier de la sécurité de l'Etat, le
met en garde contre la mise en péril de la normalisation
avec Israël, s'efforçant de résumer ainsi la situation
: « Il ne faut pas penser, mais exécuter ce qu'on nous
dicte ». Chérif aurait dû remettre en question ou parodier
cette situation. Car parodier est avant tout une manière
d'analyser, de disséquer, de relever des anomalies. Or,
toute la psychologie d'Imam est renvoyée à une affaire
de postiches, de sourcils qu'il hausse, d'une inclinaison
du menton.
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Sursaut
de conscience
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Agacé
par son arrogance, David Cohen, l'ambassadeur d'Israël,
l'implique dans une histoire d'adultère pour le brimer
et le forcer à renoncer à son procès. Cela le discrédite
aux yeux de tous. A la vue du petit Iyad à la télé, mort
en martyr sous les balles des Israéliens pourchassant
les enfants de l'Intifada, Chérif a un sursaut de conscience.
Il s'engage à gauche, convaincu que la résistance à la
normalisation, au moment où les Israéliens usurpent le
droit des enfants palestiniens à la vie et à la terre,
est le moyen de prévenir un danger imminent. Le film perçu
jusqu'ici comme une escarmouche, sinon une diversion sur
le sujet de la normalisation au sein d'une situation périlleuse,
abandonne le désarroi que suscite toujours l'implantation
de l'ambassade d'Israël dans un immeuble, pour s'attaquer
à une vérité plus large. Car le vrai péril est l'impossibilité
à ce jour présent d'aménager un modèle de coexistence
d'Israël et de la Palestine, deux pays de nature et d'ambition
très différentes. Les flambées de violence qui opposent
les résistants et les agresseurs des deux pays à nos frontières
menacent notre sécurité et rendent indigeste à nos citoyens
la question de la paix. Mais combien fut longue l'attente
avant qu'Imam ne prenne acte de cette réalité, et la mette
au jour, s'en remettant à l'éthique bienveillante de son
entourage.
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| Amina
Hassan |
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Prise
de pouls de l'ambassade |
Les
premiers jours de projection de L'Ambassade dans l'immeuble
ont été accompagnés d'une intense promotion du film dans
les médias. La ruée dans les salles a donc été énorme.
Mais l'efficacité marketing n'a pas duré. Sanaa, une spectatrice,
la trentaine, enthousiasmée par la présence de Adel Imam
à l'affiche a été la première à être déçue par son jeu.
« A 65 ans, cette grande vedette qu'il est, devrait incarner
l'indépendance et la liberté, l'action politique aux côtés
des revendications du public. Mais apparemment, ce n'est
pas ce qu'il recherche », déplore-t-elle. Intrigué par
la forte sonorité politique donnée au film, Adel, diplômé
en commerce, a lui aussi voulu le voir : « S'il y a une
trentaine d'années, à la signature du Traité de paix,
il fallait considérer les Israéliens comme des amis, aujourd'hui,
il faudrait plutôt prendre garde du danger qu'ils représentent.
Je viens donc me rendre compte de ce danger que représente
la présence de leur ambassade dans un immeuble ». Il partage
aussi l'avis de Medhat, diplômé de communication, qui
a du mal à croire au jeu du personnage d'Imam, détaché
des situations, passant les trois quarts de son temps
à courtiser les femmes puis devenant brusquement un héros
de l'anti-normalisation. Remettre en question un jeu d'acteur
permet d'en poser de nombreuses autres. Parce qu'un acteur
est affaire de corps, de séduction, il cristallise des
enjeux, mobilise la politique. |
Amina
Hassan |
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