C’est
une première. La ville d’Alexandrie organise une version
estivale du Festival de la musique arabe. L’idée est
née lors de la conférence de presse tenue au Caire à
l’occasion de la 13e et dernière édition du festival,
l’an dernier. Il y a en effet été proposée la tenue
d’une version estivale 2005, au théâtre Sayed Darwich.
L’idée est aussi le fruit d’une sollicitation d’un public
alexandrin, mélomane et grand amateur de musique arabe.
Dotée d’une riche histoire en la matière, la ville d’Alexandrie
a vu naître des musiciens mythiques tels Abd Al-Hamouli,
Sayed Darwich et Salama Hégazi. Elle reste d’ailleurs
le berceau de grands talents musicaux. Du coup, la direction
du festival a tenu à ce que la version estivale porte
un cachet purement alexandrin. D’abord, elle rendra
hommage au compositeur alexandrin Mahmoud Al-Chérif,
décédé dans les années 1990 et dont le répertoire compte
plus de 800 chansons. « Ce compositeur alexandrin mérite
vraiment d’être à l’honneur. Il n’a pas eu la même chance
que son maître Sayed Darwich, reconnu comme étant le
père de la musique égyptienne contemporaine », souligne
Ratiba Al-Hefni, secrétaire générale du festival. Ainsi,
une soirée spéciale sera dédiée à Mahmoud Al-Chérif,
le 7 août, avec la participation de deux belles voix
alexandrines qui interpréteront ses compositions, à
savoir Marwa Nagui et Hamdi Hachem. « On m’a demandé
de chanter les œuvres de Mahmoud Al-Chérif que j’admire
énormément. D’ailleurs, le public connaît ses chansons
par cœur. Cependant, on ignore qu’il en était le compositeur
», dit Marwa Nagui qui chantera Ya Attarine dellouni
(Prêtez-moi conseil, les herboristes) et Otlob Eïni
(Demandez mes yeux). « Ce festival est une bonne occasion
pour rendre hommage aux pionniers qui ont bouleversé
le mouvement musical en Egypte et dans le monde arabe
», précise Hamdi Hachem qui chantera Bahr al-hawa (La
Mer de l’amour), Wala ya wala, Baïe al-hawa (Vendeur
d’amour).
Pour
la cérémonie d’ouverture, le 6 août, le patrimoine alexandrin
sera passé en revue, à travers une mise en scène de
Gihane Morsi. Des contes anciens narrés par les comédiens
Mohamad Wafiq et Samira Abdel-Aziz feront le lien entre
les diverses chansons évoquant l’itinéraire des grands
musiciens alexandrins à partir de la fin du XIXe siècle.
Citons-en : Salama Hégazi, Kamel Al-Kholaï, Sayed Darwich
et Salah Al-Charnoubi. Douze concerts seront au menu,
avec la participation de 11 chanteurs. Mohamad Sarwat
se produira le 7 août, Ahmad Ibrahim et Afaf Radi, le
10, Mohamad Al-Helw le 11, et enfin, May Farouk et Medhat
Saleh, le 12. Ces chanteurs seront accompagnés par trois
troupes différentes de musique arabe : celle d’Abdel-Halim
Noweira, la Troupe nationale de la musique arabe et
la troupe de l’Opéra d’Alexandrie. Au-delà du thème
alexandrin, le festival consacre également des soirées
à des chanteurs phares de la musique arabe, comme Mohamad
Abdel-Mottaleb, vedettes de la chanson populaire des
années 1940 et 50. L’invité d’honneur du festival, le
Marocain Fouad Zabadi, en est d’ailleurs un spécialiste.
Il animera le 9 août une soirée de chant où il interprétera
bon nombre d’œuvres du style Abdel-Mottaleb.
En
dépit de son budget limité, ce festival tente de satisfaire
tous les goûts. C’est pourquoi des jeunes et des moins
jeunes seront à l’affiche. De quoi soulever parfois
des contestations comme c’est le cas pour la participation
de Khaled Sélim, le 11 août. Etant l’une des stars incontestées
des vidéoclips très à la mode en ce moment, il s’agit
pour lui de prouver qu’il est capable de chanter des
œuvres classiques, dont l’interprétation est difficile.
Une ambition que soutient Ratiba Al-Hefni, à l’origine
de sa venue. Une autre soirée sera exclusivement consacrée
au pianiste et compositeur de renom, Omar Khaïrat, qui
devrait réunir de même une audience jeune, éprise de
ses œuvres semi-classiques.
Enfin
deux colloques spécialisés se tiendront en marge du
festival, abordant les problèmes actuels de la musique
arabe. Ils se dérouleront respectivement les 7 et 9
août et auront pour thèmes La Chanson arabe dans les
médias arabes et La Chanson dramatique arabe.