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Musique . En passant par des petites maisons de production pour lancer chacun son dernier album, Hani Chaker et Mohamad Mounir misent sur leur popularité pour s’assurer le succès. Mais l’option est risquée.

Pari double

Ils n’ont plus 20 ans, mais qu’importe. Les chanteurs Hani Chaker et Mohamad Mounir ont décidé de se tourner vers deux petites sociétés de production pour sortir leur nouvel album. Et cela au détriment des grandes entités monopolisant le secteur. Par ce choix délibéré, ils comptent sur leur popularité pour vendre.

L’album Arabny leek (Rapproche-moi de toi) de Hani Chaker a été produit par Rozana, alors qu’il avait collaboré pour ses derniers albums avec la maison Alam Al-Fan de Mohsen Gaber, grande productrice de musique en Egypte. Rozana a été fondée il y a quatre ans environ, et son seul succès a été l’album de la Libanaise sexy Marwa. Arabny leek compte 11 chansons loin de l’équilibre des styles garantissant jusqu’ici la réussite de Chaker. Mais ses rythmes sont usés et les paroles sans nouveauté aucune. Toutes tournent de manière superficielle autour de la déclaration d’amour ou de l’infidélité. L’arrangement musical est très modeste, répétitif et monotone, avec notamment sept chansons signées Medhat Khamis.

Les rumeurs vont aussi bon train sur ce nouvel album. Hani Chaker, dit-on, aurait reçu la somme de 400 000 dollars d’un prince arabe afin qu’il élabore un album à son goût. Le chanteur aurait été obligé d’accepter après le refus de son ancien producteur Mohsen Gaber d’accorder le cachet exagéré qu’il avait demandé.

Pour Embareh kan omri échrine (Hier j’avais 20 ans) l’album de Mohamad Mounir, il a été fait appel à Mirage, une société créée il y a quelques années et dont l’activité s’est limitée plutôt à la distribution d’albums étrangers. L’album de Mounir constitue sa deuxième aventure dans le domaine des chansons arabes, après celui du jeune Loäy, distribué il y a deux ans. L’avant-dernier album de Mounir, Ahmar chafayef (Rouge à lèvres), avait été le fruit d’une collaboration avec Africana, la maison de production de Tareq Al-Kachef, réputé pour être une bête de marketing. Et il est dit que Mounir voulait justement mettre terme à la gestion d’Al-Kachef.

L’album de Mounir est à la fois riche, doux et folâtre. Avec Amr al-hawa (Diktat de l’amour), écrite par Kawssar Moustapha, composée par Ziad Al-Tawil et arrangée par Achraf Abdou, il a merveilleusement recours aux taqssims (Improvisations) sur le req, afin d’offrir un jeu oriental délaissé il y a fort longtemps. Idaya fi goyoubi (Les Mains dans la poche), un quatrain du grand poète dialectal Salah Jahine, composé par Waguih Aziz, présente une harmonie guillerette de qanoun (sorte de cithare), guitare, saxophone et nay (flûte orientale). Avec Qalb fadi (Cœur vacant), le parolier Bahaeddine Mohamad présente un amoureux peu commun, prêt à tout sans complexe. Il ose aussi rompre avec les archétypes. La chanson phare de l’album Imbareh kan omri échrine (Hier j’avais 20 ans) est une composition algérienne dont le recours aux chœurs lui attribue une forme nouvelle. Même si l’on ne comprend pas toutes les paroles, on est touché par la sensibilité de la voix et la jovialité du rythme. Ensuite, comme à son habitude, Mounir interprète une chanson ancienne. Cette fois-ci, il s’agit de reprendre, à l’aide de deux arrangements différents, la chanson populaire de Mohamad Taha Sayyad (Pêcheur). Le premier arrangement est de Hamid Baroudi et le deuxième de Tareq Abdel-Gaber. Ils constituent les deux joyaux de l’album.

En dépit de sa qualité artistique, la sortie de l’album ne s’est pas faite sans appréhension. La société de production a payé une importante somme au chanteur, ce qui a restreint sa promotion. C’est peut-être d’ailleurs en remède à cette lacune que Mounir a tenu une soirée exclusive à l’Opéra et qu’il a accordé une longue interview télévisée à une chaîne satellite égyptienne.

Mais deux semaines après leur lancement, peut-on juger de la réussite des albums de Chaker et de Mounir ? « Pour répondre à cette question, il faut savoir s’ils ont engendré des gains », souligne Sameh Morcos, producteur et distributeur de musique. Et d’ajouter : « Un album est réussi lorsqu’il récupère au cours d’une semaine le budget dépensé. Cela n’est pas encore le cas des deux albums en question. Il faut intensifier la publicité dans les rues, à la télé ... ». Et cela, sachant que les deux chaînes satellites musicales Mazzika et Rotana ne diffusent que leurs propres productions.

Chaker et Mounir, malgré leur statut de super star, ne sont donc pas à l’abri du flot. Mais c’est surtout Mounir qui est le plus à même de gagner son pari. Avec des ingrédients bien dosés, son album séduit et se vend plus que ceux produits en ce moment par les grands producteurs du marché.

Lamiaa Al-Sadaty

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