Pourquoi
les terroristes criminels ont-il perpétré le massacre
de Charm Al-Cheikh ? Les analyses faites dans
le monde arabe sur le phénomène du terrorisme
dont l’Organisation d’Al-Qaëda est l’incarnation
la plus atroce sont pleines de confusion. Certains
analystes arabes refusent jusqu’à présent d’admettre
que cette organisation est la vraie responsable
des massacres commis dans de nombreuses parties
du monde ces 20 dernières années : en Egypte,
en Arabie, en Algérie et dans d’autres pays arabes.
Ces
analystes sont en effet motivés par de bonnes
intentions. Leur attachement à l’arabité et à
l’islam les rend incapables de concevoir que de
jeunes hommes arabes et musulmans puissent commettre
des actes pareils. Pour cette raison, ils les
attribuent à la partie qui agit le plus contre
la loi, le droit et les règles de l’éthique internationale,
à savoir le sionisme. Il leur est tout simplement
difficile de croire que celui qui a commis le
massacre de Charm Al-Cheikh puisse être un musulman
ou l’un des enfants de la nation égyptienne ou
arabe. On peut donc dire que leur confusion est
en quelque sorte noble. Elle est due à une vision
correcte de l’islam, du nationalisme et de l’arabité.
Mais le problème est qu’ils ont ignoré longtemps
la réalité et cette attitude ne peut plus persister.
Cet
aveuglement se manifeste le plus dans une justification
de ces actes criminels. Ces mêmes analystes qui
ont longtemps nié l’implication d’Al-Qaëda dans
les événements du 11 septembre, les massacres
en Indonésie, à Casablanca, à Madrid, en Iraq
et récemment à Londres ont changé soudain de cap
pour voir en ces attentats une réponse à l’injustice
que la communauté internationale fait subir aux
Palestiniens et aux Arabes. La logique qui anime
implicitement ou explicitement cette analyse est
que sans cette injustice, il n’y aurait pas de
terrorisme. D’après cette logique, les organisations
comme Al-Qaëda font la guerre aux Etats-Unis,
au sionisme et à Israël et réalisent des victoires.
Ainsi,
cette mentalité confuse passe d’une négation de
la responsabilité d’Al-Qaëda à une vision qui
considère ces actes comme étant une guerre contre
l’injustice et le colonialisme. Cette analyse
justificatrice comprend de nombreuses contradictions
et lacunes.
La
première lacune est que le terrorisme a de profondes
racines dans la civilisation arabo-musulmane.
Il s’appuie sur des interprétations extrémistes
de l’islam. Le terrorisme est devenu une tradition
politique depuis la grande sédition à l’époque
du quatrième calife musulman Ali Ibn Abou-Taleb.
Il s’est propagé ensuite comme un cancer avec
le mouvement des Khawarij (les révoltés, un mouvement
qui s’est opposé au calife Ali et à son adversaire
Moawiya en même temps et qui a tué le premier).
Il a pris à partir de ce moment-là le nom du djihad
pour le justifier.
La
seconde lacune — qui pratiquement nous importe
le plus — est que la plupart des crimes commis
par les organisations terroristes au nom de l’islam
n’a aucun lien avec le djihad contre les Etats-Unis
et Israël. Ces crimes sont, au contraire, commis
contre des sociétés arabes et musulmanes. Leurs
victimes sont pour la plupart des Arabes et des
musulmans simples et démunis. Les statistiques
le prouvent. Il est vrai que le terroriste religieux
agit au départ à partir d’un sentiment de colère
contre l’injustice et l’oppression, mais il finit
par avoir la même psychologie et mentalité des
assassins les plus cruels de l’Histoire.
La
troisième lacune est que les crimes terroristes,
notamment les massacres, n’ont aucun rapport avec
l’objectif initial, celui de combattre l’injustice
impérialiste. Notons tout d’abord que ces gens
— les partisans d’Ossama bin Laden notamment —
ne parlent pas de politiques colonialistes, mais
ils parlent des Etats-Unis et de l’Europe comme
étant des « impies ». Ils font ainsi de tous les
peuples occidentaux des « impies », abstraction
faite de leur position vis-à-vis du monde arabe
et musulman et de ses causes. Même s’ils sont
de notre côté et qu’ils combattent avec nous les
différentes formes d’injustice et de colonialisme.
Ils sont dans tous les cas vus comme des ennemis
qu’il faut tuer. Pour ce, les massacres qui visent
les étrangers dans leurs pays ou dans les pays
arabes et musulmans sont d’après leur vision chose
légale.
La
4e lacune est que, pratiquement, les conséquences
de ces crimes sont fâcheuses pour les sociétés
arabes et musulmanes. Elles les affaiblissent
et leur portent plus de préjudice qu’au sionisme
et à l’impérialisme. Ces crimes sont donc dans
l’intérêt de l’Etat hébreu et de l’impérialisme.
Il est maintenant devenu très facile pour les
courants les plus racistes et les plus réactionnaires
aux Etats-Unis de faire montrer les musulmans
comme étant une espèce humaine barbare qui ne
fait aucun cas à la valeur de la vie humaine.
La
5e lacune est que jamais à travers son histoire
le terrorisme n’a gagné. Qu’il soit islamique,
chrétien ou s’apparentant à n’importe quelle autre
religion ou idéologie. Car les grands conflits
politiques et stratégiques que l’on a connus à
travers l’Histoire, comme le conflit arabo-israélien
ou le conflit sur l’indépendance en Iraq et dans
les autres pays arabes en général n’ont besoin
pour être réglés que d’équilibres stratégiques
et de la coordination des efforts des grandes
puissances.
Pour
en finir, il faut rappeler que jamais le terrorisme
n’a gagné de bataille. Jamais ses partisans n’ont
réussi à prendre le pouvoir dans un seul pays.
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