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La vie mondaine
Et si j’étais terroriste ?
Par Mohamed Sid-Ahmed
Je voudrais me mettre à la place d’un terroriste et plus précisément à la place d’un kamikaze. Comment verrais-je le monde ? Je serais l’ennemi du monde développé et le refuserais. Et ce que le monde entier verrait en blanc, je le verrais en noir. Nous avons précédemment examiné le monde bipolaire. Pendant la guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, les deux pôles et leurs habitants appartenaient à un seul monde. Maintenant le pôle soviétique a disparu laissant la place aux Etats-Unis. Mais le nouveau pôle formé est devenu confus puisque sa référence, surtout en ce qui concerne le kamikaze, dépasse les limites territoriales. Les hommes n’appartiennent plus seulement à leur entité humaine, à la vie qu’ils pratiquent dans le présent. Ils ont maintenant un prolongement dans l’avenir et peut-être même un autre dans le passé. Le présent doit être soumis aux nécessités de l’avenir, de « l’après-vie » qui peut être lue de différentes manières. Les interprétations varient donc pour sortir des limites de ce que les « parties officielles » adoptent.

La 4e guerre mondiale

La relation entre le terroriste et le monde qui l’entoure se caractérise par l’hostilité. Il n’y a pas de coexistence entre eux, contrairement à ce qui se passait durant la guerre froide et plus particulièrement quand des efforts étaient déployés pour la dépasser. La relation entre les Etats-Unis et l’Union soviétique était aussi une relation d’hostilité. Mais ceci n’a pas empêché les deux pays d’appartenir à une seule « légitimité », celle de l’Onu et de la philosophie de la « coexistence pacifique ». Chacun des deux reconnaissait l’existence de l’autre, pour sauvegarder la paix dans le monde. Mais ce n’est plus le cas entre le monde du terrorisme et celui de ses ennemis. Donc dans le régime bipolaire, malgré la reconnaissance mutuelle et l’appartenance à une légitimité commune, existait une éventualité de déclenchement de guerre. Alors qu’aujourd’hui, le terrorisme s’est propagé, déclenchant une sorte de 4e guerre mondiale, aux caractéristiques relativement différentes de celles des guerres précédentes. Il n’est plus question de guerres traditionnelles et le terrorisme a acquis une importance centrale et croissante dans le nouvel ordre. Il y a eu un transfert d’un ordre bipolaire où se déroule un affrontement entre le Nord riche et fort et le Sud pauvre et faible à un autre ordre bipolaire entre l’Occident capitaliste et de nombreux pays de l’Orient. Si un pôle terroriste ne s’est pas formé face au pôle communiste, c’est parce que le phénomène du terrorisme diffère beaucoup du communisme. La preuve en est que la guerre de Poutine contre les Tchétchènes n’est pas moins féroce et barbare que les pratiques de torture et de violation par Bush à Guantanamo.


Un défi qu’il faut anéantir

Il existe bel et bien une différence entre le communisme et le terrorisme. La haine de ce dernier envers le capitalisme est gérée par le désespoir, la déception et l’incapacité. Le terrorisme se base sur le principe : « Je suis perdu et perdant dans tous les cas ... que mon ennemi assume lui aussi cette perte. Mes conditions de vie sont tellement mauvaises que j’ai le privilège d’être prêt à mourir tandis que mon ennemi ne l’est pas. Je vais alors lui faire assumer ce qu’il ne veut pas assumer. C’est ainsi que je réaliserai mon objectif alors qu’il ne pourra pas réaliser le sien ». C’est là un défi qu’il faut anéantir. Si le terrorisme joue le jeu de la mort, la lutte contre le terrorisme doit faire prévaloir la vie humaine. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il faut assimiler le fait que quand le désespoir et la déception sévissent, toutes les parties sont perdantes. Comment alors éliminer ces fléaux ? Y a-t-il un moyen de rendre toutes les parties gagnantes ?


Diminuer les différences

Le système économique actuel se caractérise par le fait que les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Y a-t-il un moyen de lutter contre cette tendance mondiale générale ? Y a-t-il un moyen de créer un mécanisme qui mettrait des limites à la richesse des riches en vue de limiter la pauvreté des pauvres ? C’est-à-dire faire un lien entre les deux et imposer des engagements mutuels. Là, l’intervention de la communauté internationale sera plus importante, au profit des pauvres, conformément à leur degré de pauvreté. C’est-à-dire créer un mécanisme qui lutterait contre l’indépendance des riches, contre les décisions unilatérales qu’ils prennent selon leurs intérêts uniques. Certains diraient : Quelle est la partie apte à obtenir de telles prérogatives ? N’est-il pas ici question de profonde « ingérence » ? Chose contraire à la ligne suivie par l’économie mondiale depuis la chute de l’ordre bipolaire. Comment faire face à de telles problématiques ?

Cette mission pourrait faire partie des opérations de réforme de l’Onu, qui doivent impérativement être assumées dans un avenir proche. Citons par exemple :

— Prouver que la lutte contre le terrorisme est prise au sérieux. C’est-à-dire arrêter de faire des promesses sans lendemain. Par exemple, Bush a beaucoup parlé de l’instauration d’un Etat palestinien mais n’a pas tenu ses promesses. Ceci a alors un effet contraire : la promesse et le beau parler perdent leur crédibilité.

— Il en est de même pour ce qui est de présenter un soutien financier international aux Palestiniens. Là aussi, les promesses (évaluées à plus de 2 milliards de dollars) demeurent des promesses.

— Les initiatives doivent premièrement venir du côté riche, comme l’annulation de la dette des pays pauvres.

— Intégrer les forces armées illégitimes aux forces légitimes, sources de confrontations militaires et d’opérations de violence.

— Activer les principes démocratiques, la transparence et l’honnêteté.

— Imposer une supervision juridique à la création et la formation des différentes institutions.

— Créer un système qui réaliserait l’équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Ce sont de simples exemples de ce qui peut être fait. Le terrorisme peut être jugulé mais il faut se rendre compte que cette mission est aussi importante que la réforme de l’ordre mondial en entier.

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