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Jeune et confiant, Adel Charabache, président de la Cour de Damanhour et secrétaire général du Club des juges d’Alexandrie, rêve de redorer le blason de sa profession. Il était l’un des instigateurs du dernier mouvement des juges.

Juge, de père en fils

Visage souriant et teint bronzé, typique des habitants de la Méditerranée. Voix tranquille. Regard perçant. Quelques rides au coin des yeux, Adel Charabache ne représente pas du tout l’image typique du juge égyptien : il est d’un certain âge, de stature imposante, austère et sévère.

Sa tenue élégante et sa Mercedes argentée dernier cri donnent l’impression qu’on est face à une célébrité et non à un juge. Né le 6 octobre 1969, Charabache est issu d’une famille aisée, originaire du gouvernorat de Gharbiya (dans le Delta). Son enfance et sa jeunesse étaient influencées par les membres très haut placés de la famille. Le jeune juge ne cache guère sa fierté, affirmant que son grand-père, ancien maire du village Attour Charabache (dans le gouvernorat de Gharbiya) « a toujours lutté pour la défense des droits des habitants et travaillé pour leur bien-être ». Adel Charabache se félicite aussi d’avoir eu un père juge qui a brillé dans cette carrière. « Avant de prendre sa retraite, il avait déjà occupé le poste de vice-président de la Cour de cassation », affirme Adel Charabache. Et d’insister : « Mon père était un homme de principes. Il était un juge au vrai sens du terme. Il refusait d’avoir des privilèges au détriment des autres citoyens qui n’occupent pas le même poste prestigieux que lui. Il va donc sans dire qu’il n’aimait pas le piston ». Charabache junior n’oubliera jamais le jour où il a pris son premier poste de substitut du Parquet à Marsa Matrouh à l’extrême nord-ouest de l’Egypte. « J’ai supplié mon père pour intervenir et me transférer au Caire où il y avait un poste vacant. Il a strictement refusé en me disant : Et si ton père n’était pas juge, qu’allais-tu faire ? ». Aujourd’hui, il est reconnaissant à son père pour l’avoir aidé à vivre une telle expérience bénéfique. « C’était la première fois que je quittais la maison familiale pour aller vivre seul dans une ville lointaine, isolée et pas très développée à l’époque. Je dois beaucoup à cette expérience qui a fait de moi un homme mûr et responsable ». Car, Adel Charabache, avait tendance à être un peu « espiègle et coquin ». Un caractère dont il garde toujours les traits même s’il prend maintenant la vie plus au sérieux.

La conscience juridique de Adel Charabache s’est éveillée depuis son enfance lorsqu’il assistait aux rencontres de son père avec ses collègues juges à la maison ou au club. Les discussions sur les procès et les lois intéressaient le petit Adel. Jour après jour, il a lui-même pris goût à l’arbitrage. Son père qui rêvait de voir son fils juge comme lui ne l’a jamais exigé pour autant. Plus tard, il ne pouvait pas s’empêcher de prendre l’avis de son fils dans les procès. Car, il faisait confiance en son instinct même si sa connaissance juridique n’était pas encore complète. « Ayant passé le Bac, mon père m’a laissé la liberté totale de choisir le domaine de mes études. Pour mon père, peu importe le domaine que l’on choisit tant que la personne aime ce qu’elle fait ». Le jeune Adel a donc choisi de faire des études de droit, en dépit de leur difficulté, et était toujours parmi les premiers de la promotion. Ayant obtenu son diplôme, il décide de devenir juge et non pas avocat. « Le travail d’avocat est beaucoup plus facile. Et, du point de vue financier, les avocats gagnent beaucoup plus que nous. Mais moi, j’ai choisi le chemin le plus difficile. Je voulais être juge tout comme mon père l’était avec son caractère paisible et confiant ». En fait, il garde en mémoire l’image que lui transmettait son père à propos du juge. C’est-à-dire, une personne très respectueuse que les gens autrefois mettaient presque au rang des saints. « Mon père me racontait même, qu’à un moment donné, les gens n’osaient pas passer devant le tribunal sans ôter leurs chaussures en signe de respect pour le juge. Moi-même, dans mon enfance, je voyais les enfants se cacher derrière les portes du tribunal pour pouvoir jeter un regard furtif sur mon père ».

Pour Adel Charabache, la défense des droits des gens ne se base pas uniquement sur les lois, mais aussi sur les principes divins. « C’est une chose très importante pour un juge que d’avoir la foi tout en ayant une très bonne connaissance des lois ». Il affirme n’avoir jamais regretté un de ses verdicts. Pour lui, il vaut mieux reporter un procès que de donner un jugement hâtif qui risque d’être injuste. « Cela m’est effectivement arrivé de reporter un procès durant 5 mois pour pouvoir trancher équitablement. De même, un jour j’ai annulé la séance, car j’avais des doutes sur le verdict que j’allais prononcer ».

Malgré son jeune âge, 35 ans, Adel Charabache a occupé des postes-clés. En 2000, il était juge à la Cour de Tanta, dans le gouvernorat de Gharbiya. Quatre ans après, il a été nommé président de la Cour de Tanta. Aujourd’hui, il occupe le poste de président de la Cour de Damanhour, dans le gouvernorat de Béheira. Il est aussi secrétaire général du Club des juges d’Alexandrie. Ce club qui a déclenché le dernier mouvement des juges, revendiquant plus de droits pour cette catégorie, restée silencieuse pendant très longtemps.

Adel Charabache est effectivement un militant. Il ne pouvait plus se taire en voyant les droits des juges bafoués. « Nous travaillons dans des conditions extrêmement difficiles. Nous sommes même exposés à des dangers multiples ». Il cite non sans peine l’incident qui a eu lieu en mars dernier au tribunal de Sidi Gaber, à Alexandrie, lorsqu’un juge a été attaqué et menacé par un groupe d’avocats. Ces derniers voulaient lui imposer de changer son verdict concernant leur client accusé dans un procès de chèque sans provision. Pour lui, cet incident, peu coutumier, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Nous nous sommes soudainement trouvés face à une catastrophe. Il fallait réagir vite pour revenir à l’ancienne image où le juge jouissait d’un respect absolu ». Pour remédier à cette situation « lamentable », Adel Charabache et ses collègues militants ont revendiqué notamment la révision de la loi sur le pouvoir judiciaire, l’indépendance totale des juges du pouvoir exécutif et le contrôle judiciaire sur toutes les procédures électorales. Le jeune juge est aujourd’hui satisfait du fait que l’Etat a commencé à prendre leurs revendications au sérieux. « Pour nous, c’est une victoire ».

Même si Adel Charabache est fermement opposé au terrorisme qui donne une fausse image de l’islam, il est pour l’annulation de la loi sur l’état d’urgence en vigueur depuis l’assassinat du président Sadate, en 1982.

Le juge, très ferme et catégorique dans son travail, arbore un autre profil chez lui. « La femme a toujours joué un rôle positif dans ma vie, que ce soit ma mère ou mon épouse ». Il est marié depuis 5 ans avec Marwa Saïd, fonctionnaire dans une banque française, qu’il qualifie de « dynamique ». « La plupart du temps, ce sont les décisions de mon épouse qui sont appliquées. En tant que juge, j’essaye de la convaincre de mon opinion mais, si ça ne marche pas, je cède tout de suite ». Et d’ajouter sur un ton sarcastique : « L’attitude très calme que j’adopte lors de la discussion de nos problèmes familiaux énerve beaucoup Marwa ». La maison pour Adel Charabache est son véritable abri où il préfère prendre le déjeuner avec sa femme. Il affirme n’avoir jamais raté un déjeuner en famille.

De temps en temps, Adel fuit ses tâches ardues en plongeant dans les poèmes de Nizar Qabbani. La musique est également pour lui un havre de paix. « J’apprécie les classiques du XIXe siècle et les mélodies du chanteur compositeur Mohamad Abdel-Wahab. Je suis également un fan de la diva Oum Kalsoum et du chanteur Abdel-Halim Hafez. J’écoute les chansons de Magda Al-Roumi et Kazem Al-Saher avec beaucoup d’émotion ». Mais ce goût classique n’empêche pas ce juge de nature bien spéciale d’apprécier la belle chanteuse libanaise Nancy Agram. « J’adore également le voyage. Avec ma femme, j’ai visité la Fra, l’Angleterre, la Thaïlande, Singapour, l’Autriche, la Hongrie, le Liban et dernièrement les Etats-Unis. Toutefois, je ne supporte jamais de rester loin de mon pays. De même, je ne peux laisser passer une semaine sans visiter les proches et les amis ».

Mais être juge, c’est ce qu’il aime le plus. Et avec les dernières réformes approuvées par le gouvernement, Charabache se déclare optimiste. « Nous sommes sur la bonne voie. J’apprécie les dernière déclarations de Moubarak reconnaissant nos droits à surveiller les élections et à obtenir un statut autonome à travers le Conseil suprême de magistrature », dit le juge, allant encore plus loin, en souhaitant que tout un chacun étudie la loi pour connaître ses droits. « Pour y parvenir, il faut que le droit soit enseigné obligatoirement dans les écoles et les universités. Tout le monde doit être conscient de ses droits et ses devoirs », conclut-il.

Ola Hamdi
Héba Nasreddine

Jalons :

1969 : Naissance à Assiout (Haute-Egypte).

1991 : Diplôme de la faculté de droit de l’Université du Caire.

1994 : Occupe son premier poste comme substitut du Parquet à Marsa Matrouh.

1995 : Membre du Conseil d’administration du Club des juges d’Alexandrie.

2000 : Juge à la Cour de Tanta.

2004 : Président de la Cour de Tanta.

2005 : Président de la Cour de Damanhour.

2005 : Secrétaire général du Club des juges.

 

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