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Sur la séparation de l’Etat et de l’appareil électoral
Par Mohamed Sid-Ahmed
Il est de notre devoir, avant que la campagne présidentielle ne prenne fin en Egypte, d’examiner l’argument selon lequel il n’est pas nécessaire d’organiser une rencontre télévisée entre les candidats. Il est de même important d’examiner les raisons derrière la négligence de l’argument selon lequel les pays démocratiques développés tels la France et les Etats-Unis adoptent cette méthode et qu’il nous incombe de suivre leurs pas en ce sens.

Selon les partisans de cet argument, l’Egypte a longuement souffert de l’intervention étrangère à l’époque coloniale. Est-il logique d’inviter de nouveau les grands pays à intervenir dans ses affaires internes ?

Il est vrai que nous vivons actuellement l’ère de la mondialisation, caractérisée notamment par l’interdépendance entre les pays. Cependant, l’Egypte souffre toujours d’un lourd héritage depuis l’ère coloniale. Et il ne faut pas oublier que ce sujet restera plus ou moins sensible. Raison pour laquelle l’Egypte est soucieuse d’affirmer que l’indépendance et la souveraineté nationales ne sont ni des gains passagers ni de simples formalités visant à faire taire n’importe quelle voix opposée ou pour distraire toute voix conservatrice.

 

Une logique à reprocher

Or, nombreux sont ceux qui ont des reproches à faire à l’égard de cette logique. Sans nul doute le président Moubarak a une présence remarquable sur la scène politique. Les foules peuvent facilement connaître son opinion vis-à-vis de n’importe quelle question soulevée. Or, ce à quoi nous aspirons vraiment, c’est la participation et non pas le simple fait de communiquer les informations. Il s’agit d’activer les commentaires et les réponses. Telle est l’essence de la démocratie. Sachant que cette dernière n’aboutira jamais sans une véritable contribution de la part de tous les citoyens, abstraction faite de leurs positions et de leurs confessions.

D’où l’importance du dialogue. A vrai dire, il s’agit là d’une question de « méthode de comportement » et non pas d’un « échange d’informations ». Il est question d’inclure les citoyens dans la prise de décision, de leur faire sentir que leur opinion compte et qu’ils sont libres de l’exprimer.

Il est à noter que la démocratie est un mécanisme qui n’aboutira que s’il inclut la société entière. Partant, il est indispensable que la décision soit un acte unanime prévalant d’un argument sur un autre, tout en évitant la confiscation de n’importe quelle opinion.

Il est important que tous les candidats jouissent de chances équitables dans la campagne électorale. Autrement dit, aucun parti ne doit avoir le dessus sur les autres en matière de droits et de devoirs. Telle est l’essence même de la justice, et le parti au pouvoir ne doit jamais être distingué des autres, notamment durant la campagne électorale.

Cependant, il est difficile pour l’appareil d’Etat d’être complètement objectif et impartial sur toute la ligne. Comment donc sortir de cette impasse ?

Il est à noter que le problème des procédures peut être facilement résolu avec la présence d’une véritable volonté politique. Toutefois, il n’est pas impossible de faire une séparation entre l’appareil d’Etat et l’appareil supervisant les élections. Il n’est pas non plus impossible que les magistrats soient les superviseurs essentiels du processus électoral. Il est de même possible de former un gouvernement impartial par des membres indépendants pour prendre en charge les élections. Tout ceci est possible, mais reste l’enjeu d’une décision politique.


Une logique renversée

Malheureusement, ce qui a lieu actuellement, c’est l’adhésion du parti au pouvoir à l’appareil d’Etat et non le contraire. Question qui doit être minutieusement étudiée. Ce qui signifie l’une des deux choses suivantes : ou bien le gouvernement devient le gouvernement du parti, ou bien c’est le parti qui devient le parti du gouvernement. Qu’en est-il donc des Egyptiens qui ne sont représentés ni par le parti au pouvoir ni par le gouvernement au pouvoir ? Qu’en est-il de l’égalité des citoyens stipulée par la Constitution ?

Nous avons voulu par le truchement des élections renforcer l’entité législative de l’Egypte en remplaçant la légitimité révolutionnaire par la légitimité constitutionnelle. Mais hélas, nous avons perdu la légitimité révolutionnaire sans pour autant avoir instauré la légitimité constitutionnelle.

Plus encore, au lieu de réunifier les Egyptiens, nous les avons divisés davantage. Nous trouvons aujourd’hui ceux qui appartiennent à des partis (parti au pouvoir ou ceux de l’opposition) et ceux qui n’ont aucune tendance partisane.

Enfin, selon ma propre opinion, il est préférable que le chef de l’Etat reste loin de l’action des partis et non pas le contraire. C’est à ce moment-là qu’il se tiendra sur un pied d’égalité avec les autres citoyens et les traitera avec justice. Le président doit être effectivement le président de tous les Egyptiens et ne doit pas être proche d’un camp aux dépens d’un autre. Il ne doit nullement attiser le feu de la compétitivité résultant de la proximité ou de l’éloignement de l’autorité présidentielle. C’est à partir de cette logique que nous pouvons instaurer un appareil supervisant le référendum caractérisé par l’impartialité pour le bien de la société entière et non pas d’une partie déterminée.

Il est vrai qu’il est difficile pour toute personne d’adopter une position impartiale. Cependant, éviter les pressions et tenir fermement aux règles de la démocratie, tels sont les critères d’un point de départ vers la réforme et le changement requis.

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