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Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général du Conseil national des droits de l’homme, présente le rôle de cet organisme lors du scrutin présidentiel du 7 septembre et analyse le processus démocratique en cours.

« Le chemin de l’Egypte vers la démocratie
est encore long »

Al-ahram hebdo : Les élections présidentielles de la semaine prochaine auront lieu pour la première fois au suffrage universel direct. Que vous inspire cette expérience ?

Boutros Boutros-Ghali : Cette expérience aura ses aspects positifs et négatifs. L’essentiel est d’en tirer profit. Nous devons œuvrer à long terme et non à court terme. Et ce, bien que les statistiques démontrent que les termes employés dans la campagne électorale de Moubarak sont beaucoup plus expressifs que l’ensemble des termes employés par tous les autres candidats réunis. Mais, c’est tout à fait naturel car le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) jouit d’une présence sur la scène politique dont ne jouissent pas les autres petits partis. Quant aux aspects positifs, il suffit qu’il y ait 9 candidats. Ceci est une preuve du pluralisme, l’un des principaux fondements de la démocratie. Mais, l’essentiel est le résultat de ces élections. De plus, le résultat positif des élections dépend à mon avis de deux facteurs. Premièrement, le taux de participation, deuxièmement le nombre de voix obtenues par chaque candidat.

— Quel sera le rôle du Conseil national des droits de l’homme dans la supervision des prochaines élections présidentielle et législative ?

— Ce sujet a fait l’objet de larges discussions au sein du conseil au terme desquelles nous sommes parvenus à ce qui suit : la création d’une chambre d’opération équipée d’appareils les plus sophistiqués pouvant entrer en contact avec tous les ministères afin de transmettre les plaintes qui lui parviendront. Cette chambre se chargera aussi de recenser ces plaintes afin de pouvoir juger le déroulement des élections. Ensuite, le conseil a convenu avec 22 ONG chargées de la supervision des élections, et avec des avocats résidant en province d’examiner immédiatement les plaintes relatives au déroulement des élections. Nous avons aussi convenu avec les ONG internationales de former un ensemble d’observateurs chargés de la supervision des élections. Nous organiserons également un stage pour les journalistes qui couvriront les élections. Des membres du conseil se chargeront eux-mêmes de la supervision des élections dans certains cercles.

Au terme des élections, un rapport sera élaboré en fonction des informations fournies par la chambre d’opération du conseil, des rapports fournis par les ONG internationales et des remarques des membres du conseil. Ce rapport sera présenté aux autorités concernées. De plus, ce rapport fera partie du rapport annuel que présente le Conseil national des droits de l’homme au président de la République, au président de l’Assemblée du peuple et au président du Conseil consultatif. Dans ce contexte, il faut noter que les présidents de l’Assemblée du peuple et du Conseil consultatif ont fondé des commissions spéciales pour l’étude de ce rapport annuel.

— Quels sont les efforts déployés par le conseil pour améliorer les droits de l’homme en Egypte ?

— La simple création de ce conseil est un premier pas sur la bonne voie. De plus, ses réunions périodiques pendant plus d’un an et la promulgation de ses rapports annuels ont eu des échos au niveau international et au niveau local. Ceci signifie qu’il a réalisé beaucoup, bien qu’il n’en soit encore qu’à sa première année d’existence. Le conseil aura besoin de quelques années encore pour compléter son développement au cours desquelles sa crédibilité augmentera auprès du peuple égyptien et de la communauté internationale représentée par l’Onu, par les organisations internationales concernées par la défense des droits de l’homme, par des centaines de conseils nationaux des droits de l’homme de par le monde, par les conseils non gouvernementaux et par les instituts spécialisés dans l’enseignement des droits de l’homme. Tout ceci représente un réseau international de poids sur la scène politique internationale. De plus, il a une influence sur la société civile dans les divers pays du monde.

— Quels sont les projets du conseil dans la période à venir ?

— Le conseil s’intéresse actuellement à la question des élections, que ce soit les élections présidentielles ou parlementaires. Cependant, il suit ses activités traditionnelles représentées par l’examen des plaintes qui lui parviennent, l’étude de l’amendement des lois qui se contredisent avec la défense des droits de l’homme. Le conseil prépare actuellement la tenue de 3 conférences importantes : une conférence pour les droits économiques de l’homme, un colloque de formation avec l’institut diplomatique du ministère des Affaires étrangères autour des droits de l’homme auquel participeront des experts de tous les pays du monde et une conférence en coopération avec l’Unesco et les instituts spécialisés autour du sujet de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde arabe. Le conseil organisera aussi son deuxième congrès annuel avec les commissions arabes des droits de l’homme à Qatar, début 2006.

D’autre part, nous sommes entrés en contact avec la Radio et la Télévision égyptienne pour répandre la culture des droits de l’homme, et aussi avec des universités et des écoles qui ont les droits de l’homme comme matière essentielle dans leurs programmes.

— Les pays occidentaux utilisent la défense des droits de l’homme comme prétexte à leur ingérence dans les affaires des pays arabes. Comment peut-on faire face à cette situation ?

— En réalité, les pays occidentaux ne se sont pas ingérés de manière directe dans les affaires des droits de l’homme si ce n’est à travers la présentation des aides. La nouvelle orientation consiste à lier les aides présentées par les organisations internationales aux pays en développement, aux efforts de ce pays dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme. Et ce, depuis la conférence mondiale tenue à Vienne en 1993 que j’ai personnellement présidée. Celle-ci a établi un lien étroit entre la démocratie et les droits de l’homme.

— Comment peut-on sensibiliser les appareils de l’Etat à la préservation des droits de l’homme ?

— Lorsque le Conseil national des droits de l’homme s’est formé, il s’est trouvé face à deux grands obstacles. Premièrement, les appareils de l’Etat n’étaient pas disposés à travailler avec lui. Deuxièmement, les ONG non nationales considéraient le conseil comme un concurrent qui compliquerait leurs missions. Cependant, nous avons réussi à surmonter la crise de confiance avec les appareils gouvernementaux. Cette réussite a conféré au conseil une nouvelle crédibilité. De plus, le rapport annuel publié par le conseil qui a parlé franchement des infractions aux droits de l’homme en Egypte a accru sa crédibilité dans les milieux internationaux et locaux.

— Faut-il introduire de nouvelles législations pour améliorer les droits de l’homme en Egypte ?

— Oui, bien sûr. Le Conseil national des droits de l’homme présente des suggestions pour l’amendement de certaines lois qui se contredisent avec les droits de l’homme.

— Pensez-vous qu’il est difficile de traiter avec la société civile étrangère à travers la diplomatie traditionnelle ?

— Le contact avec la société civile étrangère doit se faire par l’intermédiaire de la société civile égyptienne afin que le dialogue ait lieu d’égal à égal. C’est ainsi que le Conseil national des droits de l’homme, à travers ses contacts avec les conseils nationaux des droits de l’homme à l’étranger, peut contribuer au dialogue entre la société civile égyptienne et la société civile étrangère.

— L’Egypte est-elle selon vous entrée dans une phase de véritable démocratie ces derniers temps ?

— L’Egypte a franchi ses premiers pas vers la démocratie. Mais le chemin est encore long. Nous ne pouvons pas nous arrêter là, car le monde autour de nous est en perpétuelle mutation. Ce qui implique davantage de réformes et de changements. Je pense que la véritable démocratie est la démocratie de la mondialisation et des relations internationales. Il ne sert à rien de déla démocratie locale et nationale si les décisions et lois relatives à l’Etat sont adoptées au niveau international. Nous devons apprendre la démocratie de la mondialisation si nous voulons défendre la démocratie nationale et le droit de chaque pays à adopter la démocratie qui convient à son peuple.Sur le plan personnel, j’ai toujours accordé un grand intérêt à la démocratie et aux droits de l’homme, que ce soit à travers mes études, mes travaux ou ma participation aux conférences, car la démocratie et les droits de l’homme ont été les armes les plus fortes dans la lutte contre l’occupation .

Propos recueillis par
Magda Barsoum

 

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