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Conditions de Travail. Quatre ambulanciers ont défrayé la chronique samedi dernier en menaçant de se jeter du haut d'une tour pour mettre à nu les pratiques oppressives de leur directeur.
Remous chez les ambulanciers

Un grand brouhaha, des cris, un attroupement de personnes tentant de lancer des appels pour dissuader 4 citoyens de ne pas se suicider. Une scène étrange qui a eu lieu à la place Issaaf au centre du Caire la semaine dernière. Des dizaines de personnes appelaient au secours. Quatre citoyens étaient debout sur une tour de télécommunications sans fil au centre ambulancier du Caire, menaçant de se jeter. Les gens ne pouvaient jamais imaginer qu'il s'agissait d'une sorte de grève contre leurs conditions inhumaines de travail.

Mahmoud Farouq, Sayed Al-Badawi, deux ambulanciers, Waguih Farag Tadros et Ismaïl Al-Badri, infirmiers, ont décidé de faire grève contre leur directeur injuste Sayed Ismaïl qui vient de licencier un des ambulanciers et d'imposer des sanctions arbitraires sur les autres. Et ce n'est pas tout. Selon la plupart des employés de l'ambulance, ce directeur du centre ambulancier du Caire ne manquait pas une occasion depuis son arrivée, il y a plus d'un an et demi, pour prendre des décisions arbitraires contre leurs « intérêts ». Ils affirment qu'ils étaient tous menacés par ses décisions intransigeantes.

Waguih Farag Tadros, infirmier, qui faisait également grève mais qui n'a pas pu monter jusqu'au sommet de la tour à cause de sa maladie du coeur, a dû descendre faire ses revendications au bas de la tour. Agé de 42 ans et travaillant à ce poste depuis 25 ans, il assure qu'il n'en peut plus. « Mon salaire de base est de 225 L.E., alors que je paie un loyer de 200 L.E. par mois. Je dépends des primes pour subvenir aux besoins de ma famille composée de 5 enfants », explique Tadros qui se plaint de la politique intransigeante de son directeur. « Il se peut qu'il décide de nous sanctionner trois ou quatre fois par mois, ce qui nous fait perdre les primes, et s'il nous arrive de nous plaindre, il nous insulte ou nous déplace comme c'était mon cas, il m'a déplacé de Qattamiya où j'habite pour travailler ici à Issaaf sans que je ne sois fautif », explique Tadros, tout en évoquant les problèmes de ses collègues qui étaient en haut de la tour.

Du haut de la tour, les trois autres criaient pour que les gens rassemblés les écoutent. « Nous voulons que le ministre nous écoute. Je veux un responsable pour nous défendre contre ce tyran », criait Sayed Al-Badawi. Les autres ambulanciers rassemblés au pied de la tour de télécommunications soutenaient les demandes de leurs collègues. Ils voulaient saisir l'occasion pour s'extérioriser contre ce despote.

Walid, un jeune ambulancier, se plaint d'être obligé de faire tous les jours le trajet aller-retour du gouvernorat de Charqiya au Delta, où il habite parce que ce directeur autoritaire refuse de le muter. « Bien que la loi n'impose que 8 heures de travail par jour, il nous fait travailler plus de 12 heures », explique Walid. Selon lui, ce directeur pouvait sanctionner les fonctionnaires sans raison. Il affirme qu'un jour un ambulancier a été puni, car il a laissé sa barbe pousser un peu.

Am Mahmoud, un des anciens ambulanciers, confie : « Il nous oblige à le servir ainsi que sa famille et celle du nouveau contrôleur qui a dernièrement utilisé les ambulances afin de transporter des meubles chez lui, et personne ne pouvait protester », dit Mahmoud en qualifiant le directeur de dictateur. Et Ahmad Hammouda, un autre infirmier, assure qu'il devait payer de l'argent pour avoir des vacances ou pour lever les sanctions. « Et nous n'avions pas d'autre choix puisque les primes constituent 75 % de notre revenu ».

Environ trois heures après la montée des ambulanciers et le rassemblement d'un grand nombre de journalistes sur la scène, Ahmad Adel Aziz, vice-ministre de la Santé pour le Caire est arrivé. Une arrivée qui a fait du bruit, et tous les ambulanciers répétaient : « Nous ne le voulons pas ».

Dans une conférence de presse qui a regroupé un bon nombre d'ambulanciers et de journalistes, le vice-ministre a décidé de démettre Sayed Ismaïl, le directeur actuel, de ses fonctions et de nommer Adel Azzouz à sa place.

Une décision qui a été suivie par des cris de joie et des youyous dans tout le bâtiment du service ambulancier. « Tout le monde est ravi de se débarrasser de ce tyran », lance Sayed Al-Badawi, un des trois ambulanciers qui, juste après avoir appris la décision, sont descendus et ont mis fin à leur grève. Le nouveau directeur a pris une première décision pour faire plaisir aux employés : l'annulation des sanctions imposées au cours des deux derniers mois.

Il s'agit d'un nouveau phénomène, selon le sociologue Ali Fahmi. Selon lui, il y a une nouvelle prise de conscience au sein de la société égyptienne. Cependant, selon l'activiste socialiste Gamal Abdel-Fattah, la société égyptienne témoigne dernièrement d'une conscience spontanée liée à ses problèmes personnels. « Quand la conscience s'accroît, la réaction naturelle est la création de mouvements populaires spontanés. La culture de la peur commence à se retirer et les citoyens ont senti qu'ils n'ont d'autres issues que de bouger, protester et d’obtenir leurs droits directement. Ceci a été également le cas des ouvriers de l'amiante et des paysans de Sarando », explique Abdel-Fattah. Il ajoute que cette prise de conscience explique la récente apparition des mouvements de changement politique. Abdel-Fattah est également convaincu que le fait que le gouvernement s'intéresse aux doléances de ces gens en grève vient dans le cadre de la campagne électorale pour améliorer l'image du pouvoir. « Pourquoi n'a-t-il exaucé les demandes des ouvriers de l'amiante que maintenant alors qu'ils ont fait grève pendant 8 mois ? », conclut-il .

Doaa Khalifa

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