La
candidature aux élections du président et des membres du conseil
du Syndicat des journalistes sera lancée le 15 septembre, alors
que les élections se dérouleront le 25 du même mois. Une période
qui semble, aux yeux des journalistes, insuffisante. Or, cette
durée est déterminée par la loi 100 relative aux syndicats professionnels.
Et cette loi est contestée par la plupart des syndicalistes.
Les élections cette
année s’annoncent, malgré tout, différentes de celles des années
précédentes à cause de la complexité du contexte et du grand
nombre de candidats. Elles seront effectivement marquées par
l’absence des grandes figures de la presse, notamment les anciens
rédacteurs en chef des journaux gouvernementaux, comme Ibrahim
Nafie d’Al-Ahram, qui était ancien chef du syndicat, Ibrahim
Seada d’Al-Akhbar, Samir Ragab d'Al-Gomhouriya, Makram Mohamad
Ahmad du magazine Al-Moussawar et également ancien chef du syndicat.
Quant au candidat gouvernemental, Ibrahim Hégazi, le rédacteur
en chef de l’hebdomadaire sportif Al-Ahram Al-Riyadi et membre
du conseil du syndicat, il paraît, selon certains, ne pas faire
le poids face aux opposants Galal Aref, le chef du syndicat
actuel, Ibrahim Issa, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Al-Dostour
ou même Ossama Gheith, journaliste à Al-Ahram.
Loin des noms des
candidats, les élections de cette année connaissent une autre
spécificité, à savoir l'organisation des listes des électeurs.
Karem Yéhia, journaliste à Al-Ahram et fondateur du mouvement
« Journalistes pour le changement », a gagné à cet effet un
procès qu’il avait intenté contre l’ancien système d'organisation
des listes d'électeurs. Celles-ci seront désormais établies
par ordre alphabétique. Alaa Al-Attar, également journaliste
à Al-Ahram et un des fondateurs du même mouvement, explique
: « Sous la présidence de l'ancien chef du syndicat Ibrahim
Nafie, ce dernier a donné des instructions pour que les listes
électorales soient réparties par nom de journal et que chaque
journaliste se dirige vers l’urne appartenant à son journal
». Al-Attar affirme que ce système donnait aux journalistes
l'impression d'être surveillés. « Il était effectivement facile
de détecter qui avait voté et qui s'était abstenu », ajoute
Alaa Al-Attar. Selon lui, des journalistes proches des directions
des journaux se plantaient le jour des élections afin de faire
comprendre aux journalistes que ceux qui n'élisent pas le chef
seront repérés et punis. Cette fois-ci, les listes étant alphabétiques,
les urnes seront placées au service de tous les journalistes,
sans distinction.
Ahmad Al-Naggar,
membre du conseil du syndicat et chercheur au Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, raconte : « Karem
Yéhia a engagé ce procès contre le système de listes il y a
à peu près un an et grâce à la présence de Galal Aref comme
chef du syndicat, la plupart des membres du conseil l’ont soutenu
». Selon Al-Naggar, durant le mandat de deux ans de Galal Aref,
le syndicat a fait un grand pas en avant. « Gagner le procès
des listes électorales est un des points positifs du syndicat
durant ces deux années. Mieux encore. Aref a pu éponger les
dettes du syndicat qui s’étaient élevées à 8 millions de L.E.
en collectant 10 millions de dus, il y a désormais un excédent
de 2 millions de L.E. Les salaires ont augmenté de 40 L.E. par
mois et les pensions de 33,3 % », se félicite Al-Naggar.
Mais ce n'est pas
tout, selon Ibrahim Mansour, membre du conseil du syndicat et
journaliste à Al-Charq Al-Awsat : « Durant ces deux années,
le syndicat a fait beaucoup d'efforts pour annuler la loi relative
à l'emprisonnement des journalistes et on a obtenu la promesse
du gouvernement que cette loi sera la première à être votée
au début de la nouvelle session parlementaire ».
Ce bilan positif
favoriserait-il la réélection de Galal Aref à la tête du syndicat
? Si Aref a ouvert le siège du syndicat ces derniers mois aux
manifestations des nouveaux mouvements politiques pour le changement,
notamment celui de Kéfaya (Ça suffit !), cela constitue sans
doute pour certains une raison suffisante pour que le gouvernement
craigne sa réélection et, du coup, les pressions gouvernementales
augmenteront pour faire gagner le candidat gouvernemental.
Alaa Al-Attar,
lui, voit les choses autrement. « Ce qui est clair, c’est que
les deux derniers mois, le syndicat a commencé à fermer ses
portes à ces mouvements. Il a annulé la conférence générale
du mouvement Kéfaya et celle de la fondation du mouvement Le
Rassemblement démocratique pour le changement, ce qui a forcé
les membres du mouvement à tenir la conférence au Syndicat des
avocats. Cela montre que Aref a fait des concessions au gouvernement
pour être réélu, ce qui a fâché ses partisans parmi les journalistes
et a poussé Ibrahim Issa à se présenter contre lui », analyse-t-il.
Cependant, il est
indéniable que Aref demeure l’une des figures populaires au
sein du syndicat. La bataille s'annonce donc chaude. |