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Présidentielles.
Noamane Gomaa, candidat
du parti du néo-Wafd, se base dans sa campagne sur la
longue histoire de son parti. Son programme rapproche
d’ailleurs les principes du Wafd traditionnel aux besoins
de l'actuelle conjoncture sociopolitique.
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Un Wafdiste
des temps modernes |
«
Nous pouvons mettre en application tout ce qu'on a promis.
La preuve en est que le gouvernement du Wafd, élu en
1950, a appliqué tout ce qu'il avait promis ». Ces propos
prononcés par le candidat du néo-Wafd, Noamane Gomaa,
au cours d'un meeting électoral, révèlent à quel point
il repose sur la longue histoire de son parti. Gomaa,
71 ans, est effectivement le seul candidat représentant
un mouvement politique d'avant la révolution. Il s'agit
du parti libéral du Wafd qui, avant la Révolution de
1952, regroupait les représentants des classes bourgeoises
égyptiennes qui luttaient pour l'indépendance du pays
de l'occupation anglaise. C'est justement sur cette
histoire que Noamane Gomaa base sa campagne électorale.
Il est donc normal de l'entendre insister
sur le fait qu'il est le candidat du parti du Wafd «
qu'on avait l'habitude de considérer comme la conscience
de la nation ». Ou encore d'affirmer lors d'un meeting
électoral tenu au quartier populaire de Rod Al-Farag
au Caire, qu'il s'agit d'une rencontre exceptionnelle,
puisqu'elle « coïncide avec la commémoration de la mort
des leaders de la nation : Saad Zaghloul, Moustapha
Al-Nahass et Fouad Séragueddine ». Lors de ce même meeting
électoral, Noamane Gomaa a tenu à signaler que ces hommes
« nous ont laissé une école politique qui nous distingue
de tous ceux qui œuvrent sur la scène politique. C'est
justement cette école qui a instauré les principes de
l'unité nationale dans le cadre de laquelle nous vivons
jusqu'à nos jours ». Et d'insister : « Nous avons des
principes que nous n'abandonnerons jamais. Impossible
que je puisse renoncer aux principes du Wafd, de l'école
nationaliste du Wafd ».
Selon
Diaa Rachwane, chercheur au Centre des Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, l'histoire du Wafd
constitue la pierre angulaire de la campagne de Noamane
Gomaa. « La campagne électorale de Noamane Gomaa est
basée sur trois choses importantes : la tradition wafdiste,
l'existence de grandes et puissantes familles wafdistes
d'avant la révolution au Delta comme en Haute-Egypte
et la marge de liberté donnée par l'Etat à ces élections
et notamment au candidat du néo-Wafd », estime Rachwane.
Selon lui, ces familles wafdistes donneront leur voix
au candidat du néo-Wafd sans rien craindre. « Il s'agit
de familles conservatrices qui ne veulent pas imposer
le changement à travers la force ou les manifestations
par exemple. Mais elles sont prêtes à soutenir leur
ancien parti par des moyens sûrs. Aujourd'hui que les
élections en général et le Wafd en particulier ont la
bénédiction du gouvernement, elles peuvent s'aventurer
», explique Rachwane.
Mais le fait de se baser sur la tradition
et l'histoire du parti ne signifie pas pour autant que
le programme de Noamane Gomaa soit nostalgique. Même
s'il insiste à dire que son programme est « celui qui
a toujours été adopté par le Wafd ». En fait, le discours
du chef du parti du néo-Wafd et son candidat prouve
qu'il a très bien étudié les problèmes des régions qu'il
visitait. Par exemple, dans sa visite en Haute-Egypte
et plus précisément au gouvernorat de Qéna, très célèbre
par la culture de la canne à sucre, il a promis d'améliorer
la situation des agriculteurs et de résoudre leur problème
avec les compagnies publiques de sucre qui, selon lui,
ne leur donnent pas tous leurs droits entiers.
Très réel, le programme de Noamane
Gomaa propose, entre autres, l'annulation des lois exceptionnelles,
notamment la loi sur l’état d'urgence, la formation
d'un gouvernement impartial capable de gérer les élections
législatives, la diminution des dépenses gouvernementales
et l'interdiction du gaspillage et des projets non étudiés
afin de mettre les fonds publics au service des ouvriers
et des démunis. La lecture de ce programme révèle une
certaine dérivation des principes wafdistes, le parti
de l'aristocratie d'avant 1952. Ceci est dû, selon les
experts, à la personnalité de Noamane Gomaa et à son
expérience politique. Gomaa est effectivement un Wafdiste
qui a quand même travaillé avec le régime d'Abdel-Nasser
dans le cadre du mouvement avant-gardiste et l'Union
socialiste. Ceci se reflète manifestement sur les discours
de Gomaa où il parle de la justice sociale, des droits
des ouvriers, etc. Le candidat du néo-Wafd est même
allé jusqu'à dire dans un récent discours que son parti
était celui du peuple ! Il s'agit d'un discours qui
essaye de rapprocher les principes du Wafd traditionnel
et les changements socioéconomiques que connaît l'Egypte
aujourd'hui. Cela dit sans oublier que le Wafd a toujours
été le parti le plus populaire de la nation avant 1952
grâce au charisme de ses dirigeants. La question est
donc liée à la personnalité même du candidat. Par exemple,
un programme signé par Fouad Séragueddine pacha, ancien
président du parti, aurait été sans doute différent
et plus fidèle aux principes wafdistes classiques .
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| Yolande
Youssef |
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Hassan
Nafaa, professeur de
sciences politiques, estime que les programmes des candidats
ne constituent pas un facteur essentiel dans ces élections. |
« C'est
un référendum derrière une façade d'élection démocratique
» |
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Al-Ahram Hebdo : Est-ce que vous avez
relevé des différences entre les programmes des candidats
à la présidentielle ?
Hassan Nafaa : Personnellement,
je ne me suis pas intéressé aux programmes des candidats.
Simplement, car ces élections du 7 septembre revêtent
un caractère assez particulier et se tiennent dans des
conditions singulières. En effet, il n'existe pas de vie
politique mûre en Egypte pour un tel scrutin. L'amendement
de l'article 76 de la Constitution a fermé la porte aux
candidats indépendants et ne garantit en aucun cas la
tenue d'élections transparentes. Il faudrait d'abord donner
plus de liberté pour instaurer un système démocratique
capable d'engendrer un président élu. Dans un tel contexte,
je ne pense pas que les programmes électoraux soient un
facteur essentiel. Les électeurs ne se rendront pas aux
urnes pour se prononcer sur les programmes ou pour choisir
entre les promesses de l'un ou l'autre candidat. Je crois
qu'ils éliront plutôt en fonction de leur impression sur
les candidats, c'est-à-dire la figure la plus charismatique
et la plus efficace, selon eux.
— Mais s'ils ne connaissent pas les candidats,
comment les électeurs pourraient-ils choisir le plus efficace
d'entre eux ?
— La grande majorité du corps électoral
éliminera 7 candidats. Hosni Moubarak sera dans la compétition
pour des raisons liées à son histoire et avec lui Aymane
Nour et Noamane Gomaa. La liste des candidats n'est pas
du tout représentative de l'Egypte des 70 millions d'habitants.
Dans tous les cas, il n'y a aucun doute sur le fait que
le président sera reconduit dans ses fonctions. C'est
un référendum derrière une façade d'élection démocratique
pour des pressions extérieures et intérieures bien connues.
Le seul enjeu est le taux de participation car si les
Egyptiens continuent à boycotter les bureaux de vote,
ceci voudrait dire qu'ils ne considèrent pas comme réel
ce scrutin. Le véritable test serait lors des législatives,
ce sont elles qui détermineront la nature ou la forme
du changement politique en Egypte. Mais si on enregistre
les mêmes obstacles, c'est-à-dire fraude et absence de
juges, la crise politique va davantage s'empirer.
— Vous avez évoqué le néo-Wafd. Pensez-vous
qu'il ait des cartes à jouer cette fois-ci ?
— Le parti du néo-Wafd dispute cette
fois-ci les élections de manière différente. Le Wafd d'autrefois
n'existe plus, ce n'est ni celui de Saad Zaghloul, ni
de Moustapha Al-Nahass, ni même de Séragueddine. Le néo-Wafd
est devenu aussi médiocre que les autres partis qui n'ont
aucun contact avec la population. Il dispose pourtant
de quelques anciens fiefs. Parmi les partis politiques
présents dans ces élections, il est le seul à jouir d'une
certaine popularité. Son électorat serait formé d'anciennes
familles qui, traditionnellement, votaient Wafd, ou de
gens qui souhaitent un changement. Les votes seront alors
répartis entre Gomaa et Nour. Le problème avec Noamane
Gomaa est qu'il dirige le parti de manière autoritaire,
ce qui a provoqué des dissensions au sein du parti. Nour
lui-même n'est qu'un ancien cadre wafdiste dissident.
— La concurrence va-t-elle donc se limiter
aux candidats qui se disent libéraux ?
— En quelque sorte, puisque la gauche,
le Tagammoe et le Nassérien, boycotte ce scrutin. Le Wafd
est la suite traditionnelle du libéralisme, mais qui dit
que le PND est un parti libéral ? C'est un parti qui mène
des réformes économiques suivant les directives de la
Banque mondiale ou du FMI. Il est un prolongement de la
Révolution du 23 Juillet même s'il ne la représente pas
sur les volets économique et social. Un président qui
reste au pouvoir 24 ans ne peut être libéral, ni un parti
qui mène des réformes au compte-gouttes et qui met davantage
de barrières devant les libertés et l'exercice des droits
politiques. Ainsi, le PND ne peut être qualifié de gauche
ou de droite, c'est le parti de l'Etat. Il dit vouloir
mener des changements sans déstabiliser le pays au moment
où un changement et une démocratie sont réclamés à tout
prix. La vraie question est donc de savoir qui est capable
d'entreprendre un tel changement.
Propos recueillis par
Samar Al-Gamal
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