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Présidentielles.
Idéologie, culture et politique étrangère sont des aspects qui
paraissent avoir été totalement évacués par les candidats.
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Les non-dits
des programmes
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Les
candidats font leur apparition tous les jours à la télé pour
détailler leurs programmes et répéter leurs promesses pour une
vie meilleure aux Egyptiens. Toutefois, en dépit de longues
professions de foi tracées par les dix candidats, certaines
idées font toujours défaut. Dans leur globalité, les programmes
se sont concentrés sur le gagne-pain, les soucis des Egyptiens
sans pouvoir les placer dans un contexte plus large qui définirait
une politique générale. Selon Ahmad Sabet, professeur de sciences
politiques à l’Université du Caire, « aucun d’eux n’a pensé
à parler de l’identité de l’Egypte ni de son appartenance s’il
est question aujourd’hui d’un pays pharaonique, islamique, arabe
ou un simple allié de l’Amérique. Les dix programmes électoraux
manquent d’idéologie ». Presque tous seraient des partisans
du libéralisme, mais aucun des candidats n’a osé le dévoiler
ouvertement. « Aucun candidat n’a présenté une véritable image
libérale. Ils se sont contentés des slogans de peur de perdre
les électeurs ». Ainsi, Aymane Nour, par exemple, s’est à plusieurs
reprises prononcé lors des meetings pour la vente du secteur
public, pourtant il n’en a pas parlé dans son programme. Pour
Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, le problème ici n’est pas
la présence ou non d’une idéologie, car tous les programmes
sans exception manquent d’une véritable vision sociale, religieuse
ou même politique. Ainsi, dit-il, les présidents potentiels
ont évoqué des problèmes superficiels et en ont fait les slogans
de leurs programmes, imprécis et vagues, tout en négligeant
des questions aussi importantes que la culture, qui est le pilier
de toute pensée politique. Celle-ci n’a figuré dans aucun des
programmes, aussi bien que le discours religieux. Rares sont
ceux qui se sont attaqués à la question des coptes et leur participation
dans la vie politique.
Un autre point
non moins important et qui fait défaut aux programmes électoraux
est celui de la politique étrangère. Quelques-uns ont peut-être
évoqué la question dans les meetings populaires. Ils ont parlé
du Soudan ou de la Palestine, mais aucun candidat n’a mentionné
la politique étrangère de l’Egypte dans son programme alors
que le pays passe par l’une des phases les plus importantes
de son histoire. Hassan Abou-Taleb, chercheur au CEPS, affirme
que « cette question devrait préoccuper toute personne cherchant
à occuper le poste de président de la République, mais bizarrement
elle n’a été mentionnée que superficiellement ». Quelques candidats
comme ceux du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), du
néo-Wafd et d’Al-Ghad, l’ont mentionnée sans entrer dans le
détail. Mamdouh Qénawi, candidat du Parti constitutionnel social,
se dit le seul à avoir vraiment évoqué cette question. Il lance
: « Tous les autres candidats ont négligé la politique étrangère,
sauf moi. Mon programme a été lancé de Rafah, sur les frontières
égypto-israéliennes, pour marquer mon refus de l’état actuel
des relations égypto-israéliennes. J’ai aussi discuté des relations
égypto-américaines, qui ont fait de l’Egypte un pays dépendant
de Washington ». Pourtant, les failles ne manquent pas aux différents
programmes. Un vice-président, personne n’en parle. Un colistier
? L’idée est rejetée d’emblée comme étant complètement à l’américaine.
Que des idées manquent ou non aux programmes, les analystes
pensent que finalement cela n’aura pas de portée sur le résultat
des urnes, simplement parce qu’il s’agit d’une farce. Et Nabil
Abdel-Fattah de conclure : « C’est un vrai cirque qui vise à
alléger les pressions américaines. Une véritable pièce de théâtre,
où les petits partis avec leur manque d’expérience jouent le
second rôle pour mettre en relief l’acteur principal, qui est
le candidat du PND. Les programmes électoraux ne servent que
de décor à la représentation ». |
| Chaïmaa Abdel-Hamid |
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Un
libéralisme triomphant |
La gauche officielle
a préféré signer absente pour ce scrutin laissant la voie
grande ouverte à toutes les idées libérales
teintées cependant de promesses sociales.
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Les candidats
des partis du néo-Wafd, d’Al-Ghad et du National démocrate ne
sont pas seulement les véritables concurrents à la présidentielle,
mais ils représentent plus que tout autre parti la confirmation
de l’émergence en Egypte du courant libéral. Le champ est grand
ouvert devant eux surtout face à une gauche ou à un centre complètement
absent du scrutin. Al-Tagammoe et le Nassérien n’ont-ils pas
décidé de boycotter ces élections et Al-Karama, de la gauche
centriste, n’est-il pas encore non autorisé ? Sur les dix partis
en course à la présidentielle, seuls deux petits partis comme
celui de Wahid Al-Oqsori (l’Egypte arabe socialiste) ou de Réfaat
Al-Agroudi (le Consensus national) continuent à prôner des idées
socialistes. Des partis dont la rue entend parler pour la première
fois et qui sont voués de nouveau à l’oubli une fois les présidentielles
terminées.
Le libéralisme
prend le dessus sur des gauchistes en perpétuel recul. Preuve
de faiblesse ou c’est l’état naturel des choses ? « Aujourd’hui,
la tendance générale dans le monde entier s’accorde complètement
avec les idées libérales. La démocratie, les libertés, les droits
de l’homme, la mondialisation, ces termes propagés actuellement
ne sont en fait que la base de la culture libérale », estime
Hassan Abou-Taleb, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. D’après lui, les idées socialistes
ou leurs adeptes sont en régression. Ce qui était possible il
y a 50 ans n’était plus valable à partir des années 1990 avec
le début de la privatisation. Une réalité qui, comme l’explique
Taleb, a complètement marginalisé la gauche égyptienne, et par
la suite « le socialisme », au sens classique du terme, a totalement
disparu. Et ceux qui se disent socialistes utilisent seulement
cette définition comme mécanisme pour justifier leur présence
sur la scène.
La gauche leur
rejette la balle et affirme qu’un courant libéral, au vrai sens
du terme, n’existe pas en Egypte. « Les socialistes sont toujours
présents, mais le problème c’est que le régime pose toujours
des restrictions sur leurs activités politiques », estime Helmi
Chaarawi, directeur du Centre des études arabes. L’échec de
l’Union des ouvriers, l’interdiction pour les paysans de former
une coalition et le contrôle par le gouvernement des unions
estudiantines sont des exemples des entraves posées par le gouvernement
aux activités socialistes. Découragés par cette marginalisation,
le parti du Rassemblement et le Nassérien n’ont pas trouvé la
scène convenable pour leur participation aux élections. Comment
introduire au public un candidat socialiste au moment où la
notion même de cette tendance n’est pas compréhensible par tout
le monde ?
Mais loin de cette
absence de la gauche officielle, le libéralisme qui domine la
scène politique égyptienne n’est pas en effet comparable à la
notion traditionnelle de ce courant. Ceci est dû en grande partie
à la situation économique détériorée dans le pays. Ainsi, le
libéralisme que prônent les trois partis libéraux lors de ce
scrutin est un libéralisme teinté de dimension sociale. Le terme
de justice sociale ne fait que revenir dans les différents discours
desdits libéraux, Moubarak, Gomaa ou Nour. Selon Abdallah Al-Sennawi,
rédacteur en chef du quotidien Al-Arabi, les candidats prennent
seulement la forme libérale, mais leurs programmes sont basés
sur des principes socialistes. « Sinon pourquoi parlent-ils
toujours du chômage, d’assurance médicale et sociale, de création
de nouveaux emplois et n’osent pas évoquer le moindre principe
libéral comme la privatisation ou le rôle des hommes d’affaires
dans l’investissement ? ». La gauche est ainsi omniprésente
même si elle est absente physiquement. Selon Mohamad Ragab du
PND, les idéologies sont tombées depuis longtemps. « Il ne s’agit
pas, en fait, d’un conflit entre Libéraux ou gauche mais d’une
simple concurrence entre programmes électoraux ». |
Aliaa Al-Korachi
Sabah Sabe |
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