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Présidentielles.
Appel à une problématique réforme politique et à la
résolution d’une crise du chômage qui bat son plein,
les programmes des candidats, à
quelques exceptions près, ne semblent pas déborder d’imagination,
tout en n’ayant pas souvent prise sur la réalité.
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| Y a-t-il
une vie au-delà des promesses |
| Tarbouches
pour toute la population, appartement pour tout citoyen,
trois dignes repas à chaque Egyptien, multiplication de
nombre de boulangeries, fusion de toutes les religions
en une ... Les programmes des candidats à la présidentielle
ne manquent pas de surprendre ou de faire rire parfois.
Une semaine sépare le pays de son premier scrutin pluraliste,
et les dix candidats en lice s’aventurent à convaincre
une population peu soucieuse de leur œuvre électorale.
Des promesses exhaustives s’étalent depuis deux semaines
dans la presse et ont parfois la chance de franchir le
poste de télé et faire assaut chez les téléspectateurs.
Mais à quelques différences près, les potentiels présidents
de la République ont tous fait référence à la « réforme
politique » comme mot d’ordre de leur campagne. « Comme
si nous étions dans une phase où la réforme est la solution,
tous les partis principaux ou secondaires ont ainsi fait
appel à ce terme, y compris le parti de Moubarak », affirme
Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Les promesses revenaient
sans cesse comme un refrain dans les meetings populaires.
Abrogation des tribunaux d’exception, abolition de l’état
d’urgence et libération des détenus politiques. « A l’exception
d’Aymane Nour qui a parlé d’une période transitoire de
24 mois, tous les candidats ont préféré rester dans la
généralité sans trop s’attarder sur les détails », précise
Al-Chobaki.
Ainsi, sauf
sur ce délai de deux ans, Noamane Gomaa, le candidat du
parti néo-Wafd, aurait fait les mêmes promesses que son
rival du parti Al-Ghad, mais sous de grands titres comme
les « libertés publiques, l’exercice des droits politiques,
le pouvoir législatif, le pouvoir juridique, les lois
d’exception ... ». Quant à Moubarak, candidat du Parti
National Démocrate (PND), il a simplement parlé de l’état
d’urgence et de son remplacement par une nouvelle loi
sur le terrorisme, la seule précision dans un assortiment
d’engagements généraux tels que le renforcement des prérogatives
du Parlement, davantage de contrôle sur le pouvoir exécutif.
Sans faire son mea culpa, le candidat à sa propre succession
« n’a fait que reprendre beaucoup d’idées avancées depuis
des années par l’opposition », comme l’accuse cette dernière. |
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Par la force des choses
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Mohamed Al-Sayed
Saïd, vice-directeur du CEPS, estime que ce changement
de position est dû à « une tendance au sein du PND qui
est en accord avec la vision de certains intellectuels,
selon lesquels la crise dans le pays est essentiellement
d’ordre politique ». Ce même courant veut d’ailleurs se
contenter de réformes politiques ou constitutionnelles
limitées, mais a été poussé par une atmosphère politique
qui depuis un an est en faveur de plus de réformes. Selon
Al-Chobaki, « pour la première fois, toutes les forces
politiques égyptiennes, gouvernementales ou d’opposition
: gauche, libéraux ou islamistes, voient dans la réforme
politique et la relation entre le pouvoir et la société
l’accès aux réformes économiques et au retour de la position-clè
de l’Egypte sur la scène régionale et internationale ».
Toutes les idéologies auraient ainsi disparu au service
d’un tel objectif. Les islamistes ont cessé de scander
« l’islam est la solution », les Nassériens ne parlent
plus du « conflit palestino-israélien » comme priorité
numéro un, et la gauche a laissé de côté « les idées socialistes
». Le tout s’est reflété sur la campagne présidentielle
engendrant une sorte de consensus sur la réforme politique.
Sans que l’un ou l’autre des partis puissent donner des
garanties que ses promesses peuvent franchir la barre
des rêves.
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Le chômage, enjeu de taille
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Mais au-delà
des réformes politiques, presque tous les candidats ont
fait du chômage leur cheval de bataille. « Une chance
de travail pour vos enfants, construction des usines et
des petits projets pour les jeunes, obliger le gouvernement
à embaucher les nouveaux diplômés ».
Simplement parce qu’ils savent que ce qui importe aux
Egyptiens c’est bien leur « gagne-pain ». C’est pourquoi
les analystes n’hésitent pas à affirmer que c’est l’autre
courant au sein du PND qui a remporté la bataille dans
l’élaboration du programme du raïs. Education, santé,
électricité mais surtout emploi. Le président Moubarak
a ainsi promis de créer 4,5 millions d’emplois en six
ans, soit 700 000 nouvelles opportunités de travail tous
les ans avec la construction de 1 000 usines et la redistribution
de 1 000 feddans. Promesses grandioses dans un pays où
les indicateurs socio-économiques sont alarmants. 10 %
de chômeurs, soit 2,1 millions, selon les chiffres officiels,
mais le double, selon d’autres estimations plus fiables.
La baguette
magique serait ce que propose Moubarak pour affronter
ce défi le plus sérieux. Samiha Fawzi, professeur d’économie
et assistante au ministère de l’Industrie, souligne dans
une étude effectuée en 2002 que le chômage aurait apparu
au cours de la deuxième moitié des années 1980 (depuis
l’arrivée de Moubarak au pouvoir) et s’est intensifié
tout au long de son règne.
Au fil des
années, la queue des chômeurs ne faisait que s’allonger.
En chiffres du Conseil des ministres, cela veut dire que
si on prend en compte le taux annuel de croissance démographique
qui était de 2,6 %, durant la période allant de 1988 à
1998, les nouveaux entrants sur le marché du travail étaient
en moyenne de 523 000 par an, alors que les emplois fournis
n’enregistraient que 435 000, laissant ainsi au moins
88 000 personnes dans la rue chaque année (lire portrait
page 5). Ces chiffres devaient s’aggraver entre 2001 et
2010, puisque le marché va enregistrer 638 000 demandeurs
d’emplois contre la capacité limitée de l’économie à créer
435 000 emplois.
Mais pour
Samir Radwane, directeur du Forum des études économiques
et expert dans ce dossier « la croissance démographique
ne peut interpréter qu’une partie du problème ». Il adopte
une autre méthode, plus significative qui consiste à mesurer
le nombre de demandeurs d’emplois en fonction du nombre
de diplômés. Cela fait que le marché accueille près de
900 000 personnes par an alors qu’il ne peut en absorber
que 58,6 %, après avoir éliminé les quelque 90 000 immigrants.
La liste d’attente comprend en grande majorité des Egyptiens
âgés de 15 à 29 ans, et qui n’ont aucune expérience professionnelle.
Toujours selon les chiffres, en fonction du programme
de Moubarak aussi géant que son affiche enjambant le Nil,
la création de chaque nouvel emploi coûtera environ 5
000 L.E. qui, selon les experts, ne représentent que le
tiers du coût réel, ce qui rend difficile la capacité
de mettre en application de telles promesses. Surtout
si on sait que le programme du PND dépendra des crédits
bancaires et du financement du secteur privé.
Et pourquoi
ceci n’a-t-il pas été réalisé en 24 ans ? La question
demeure sans réponse de la part du PND. En dépit de leur
caractère fort ou un peu illusoire, les idées de Moubarak
restent les seules à avoir été avancées avec beaucoup
de précisions sur tous les programmes de ses rivaux. D’après
Al-Chobaki, à part Hosni Moubarak, les autres candidats
ne se sont pas beaucoup attardé sur le volet économique
et préféré rester dans les généralités.
Le problème
du chômage a été ainsi traité de manière politique dans
le cadre de ce que les candidats ont appelé « corruption
», « bureaucratie ». Le tout dans un contexte de souhaits
ou encore de rêve. Même l’idée de Nour d’allouer 150 L.E.
de RMI pour les chômeurs reste peu exploitable, selon
certains observateurs, puisqu’il n’a pas précisé comment
il pourra ménager cette somme de 3,7 millions de L.E.
par an. L’économiste Ahmad Al-Naggar a cependant salué
cette proposition du candidat d’Al-Ghad et affirmé qu’il
était possible d’accorder ce RMI en retirant la somme
du budget de l’Etat, si le gouvernement révise sa politique
de salaires injusteset aléatoires. « Ce n’est pas logique
que le salaire d’un haut fonctionnaire au ministère de
l’Agriculture dépasse celui du président des Etats-Unis
», s’insurge-t-il.
Une chose
est sûre : il est clair que la classe politique a été
prise au dépourvu dans ces premières élections et n’a
pu peaufiner ni programme ni campagne. Tout cela renforce
l’idée que la bataille de la réforme ira bien au-delà
des présidentielles pour être le thème du prochain mandat
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Samar
Al-Gamal
Salma Hussein |
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