Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le dossier

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Présidentielles. Appel à une problématique réforme politique et à la résolution d’une crise du chômage qui bat son plein, les programmes des candidats, à quelques exceptions près, ne semblent pas déborder d’imagination, tout en n’ayant pas souvent prise sur la réalité.

Y a-t-il une vie au-delà des promesses

Tarbouches pour toute la population, appartement pour tout citoyen, trois dignes repas à chaque Egyptien, multiplication de nombre de boulangeries, fusion de toutes les religions en une ... Les programmes des candidats à la présidentielle ne manquent pas de surprendre ou de faire rire parfois. Une semaine sépare le pays de son premier scrutin pluraliste, et les dix candidats en lice s’aventurent à convaincre une population peu soucieuse de leur œuvre électorale. Des promesses exhaustives s’étalent depuis deux semaines dans la presse et ont parfois la chance de franchir le poste de télé et faire assaut chez les téléspectateurs. Mais à quelques différences près, les potentiels présidents de la République ont tous fait référence à la « réforme politique » comme mot d’ordre de leur campagne. « Comme si nous étions dans une phase où la réforme est la solution, tous les partis principaux ou secondaires ont ainsi fait appel à ce terme, y compris le parti de Moubarak », affirme Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Les promesses revenaient sans cesse comme un refrain dans les meetings populaires. Abrogation des tribunaux d’exception, abolition de l’état d’urgence et libération des détenus politiques. « A l’exception d’Aymane Nour qui a parlé d’une période transitoire de 24 mois, tous les candidats ont préféré rester dans la généralité sans trop s’attarder sur les détails », précise Al-Chobaki.

Ainsi, sauf sur ce délai de deux ans, Noamane Gomaa, le candidat du parti néo-Wafd, aurait fait les mêmes promesses que son rival du parti Al-Ghad, mais sous de grands titres comme les « libertés publiques, l’exercice des droits politiques, le pouvoir législatif, le pouvoir juridique, les lois d’exception ... ». Quant à Moubarak, candidat du Parti National Démocrate (PND), il a simplement parlé de l’état d’urgence et de son remplacement par une nouvelle loi sur le terrorisme, la seule précision dans un assortiment d’engagements généraux tels que le renforcement des prérogatives du Parlement, davantage de contrôle sur le pouvoir exécutif. Sans faire son mea culpa, le candidat à sa propre succession « n’a fait que reprendre beaucoup d’idées avancées depuis des années par l’opposition », comme l’accuse cette dernière.


Par la force des choses

Mohamed Al-Sayed Saïd, vice-directeur du CEPS, estime que ce changement de position est dû à « une tendance au sein du PND qui est en accord avec la vision de certains intellectuels, selon lesquels la crise dans le pays est essentiellement d’ordre politique ». Ce même courant veut d’ailleurs se contenter de réformes politiques ou constitutionnelles limitées, mais a été poussé par une atmosphère politique qui depuis un an est en faveur de plus de réformes. Selon Al-Chobaki, « pour la première fois, toutes les forces politiques égyptiennes, gouvernementales ou d’opposition : gauche, libéraux ou islamistes, voient dans la réforme politique et la relation entre le pouvoir et la société l’accès aux réformes économiques et au retour de la position-clè de l’Egypte sur la scène régionale et internationale ». Toutes les idéologies auraient ainsi disparu au service d’un tel objectif. Les islamistes ont cessé de scander « l’islam est la solution », les Nassériens ne parlent plus du « conflit palestino-israélien » comme priorité numéro un, et la gauche a laissé de côté « les idées socialistes ». Le tout s’est reflété sur la campagne présidentielle engendrant une sorte de consensus sur la réforme politique. Sans que l’un ou l’autre des partis puissent donner des garanties que ses promesses peuvent franchir la barre des rêves. 


Le chômage, enjeu de taille

Mais au-delà des réformes politiques, presque tous les candidats ont fait du chômage leur cheval de bataille. « Une chance de travail pour vos enfants, construction des usines et des petits projets pour les jeunes, obliger le gouvernement à embaucher les nouveaux diplômés ».

Simplement parce qu’ils savent que ce qui importe aux Egyptiens c’est bien leur « gagne-pain ». C’est pourquoi les analystes n’hésitent pas à affirmer que c’est l’autre courant au sein du PND qui a remporté la bataille dans l’élaboration du programme du raïs. Education, santé, électricité mais surtout emploi. Le président Moubarak a ainsi promis de créer 4,5 millions d’emplois en six ans, soit 700 000 nouvelles opportunités de travail tous les ans avec la construction de 1 000 usines et la redistribution de 1 000 feddans. Promesses grandioses dans un pays où les indicateurs socio-économiques sont alarmants. 10 % de chômeurs, soit 2,1 millions, selon les chiffres officiels, mais le double, selon d’autres estimations plus fiables.

La baguette magique serait ce que propose Moubarak pour affronter ce défi le plus sérieux. Samiha Fawzi, professeur d’économie et assistante au ministère de l’Industrie, souligne dans une étude effectuée en 2002 que le chômage aurait apparu au cours de la deuxième moitié des années 1980 (depuis l’arrivée de Moubarak au pouvoir) et s’est intensifié tout au long de son règne.

Au fil des années, la queue des chômeurs ne faisait que s’allonger. En chiffres du Conseil des ministres, cela veut dire que si on prend en compte le taux annuel de croissance démographique qui était de 2,6 %, durant la période allant de 1988 à 1998, les nouveaux entrants sur le marché du travail étaient en moyenne de 523 000 par an, alors que les emplois fournis n’enregistraient que 435 000, laissant ainsi au moins 88 000 personnes dans la rue chaque année (lire portrait page 5). Ces chiffres devaient s’aggraver entre 2001 et 2010, puisque le marché va enregistrer 638 000 demandeurs d’emplois contre la capacité limitée de l’économie à créer 435 000 emplois.

Mais pour Samir Radwane, directeur du Forum des études économiques et expert dans ce dossier « la croissance démographique ne peut interpréter qu’une partie du problème ». Il adopte une autre méthode, plus significative qui consiste à mesurer le nombre de demandeurs d’emplois en fonction du nombre de diplômés. Cela fait que le marché accueille près de 900 000 personnes par an alors qu’il ne peut en absorber que 58,6 %, après avoir éliminé les quelque 90 000 immigrants. La liste d’attente comprend en grande majorité des Egyptiens âgés de 15 à 29 ans, et qui n’ont aucune expérience professionnelle. Toujours selon les chiffres, en fonction du programme de Moubarak aussi géant que son affiche enjambant le Nil, la création de chaque nouvel emploi coûtera environ 5 000 L.E. qui, selon les experts, ne représentent que le tiers du coût réel, ce qui rend difficile la capacité de mettre en application de telles promesses. Surtout si on sait que le programme du PND dépendra des crédits bancaires et du financement du secteur privé.

Et pourquoi ceci n’a-t-il pas été réalisé en 24 ans ? La question demeure sans réponse de la part du PND. En dépit de leur caractère fort ou un peu illusoire, les idées de Moubarak restent les seules à avoir été avancées avec beaucoup de précisions sur tous les programmes de ses rivaux. D’après Al-Chobaki, à part Hosni Moubarak, les autres candidats ne se sont pas beaucoup attardé sur le volet économique et préféré rester dans les généralités.

Le problème du chômage a été ainsi traité de manière politique dans le cadre de ce que les candidats ont appelé « corruption », « bureaucratie ». Le tout dans un contexte de souhaits ou encore de rêve. Même l’idée de Nour d’allouer 150 L.E. de RMI pour les chômeurs reste peu exploitable, selon certains observateurs, puisqu’il n’a pas précisé comment il pourra ménager cette somme de 3,7 millions de L.E. par an. L’économiste Ahmad Al-Naggar a cependant salué cette proposition du candidat d’Al-Ghad et affirmé qu’il était possible d’accorder ce RMI en retirant la somme du budget de l’Etat, si le gouvernement révise sa politique de salaires injusteset aléatoires. « Ce n’est pas logique que le salaire d’un haut fonctionnaire au ministère de l’Agriculture dépasse celui du président des Etats-Unis », s’insurge-t-il.

Une chose est sûre : il est clair que la classe politique a été prise au dépourvu dans ces premières élections et n’a pu peaufiner ni programme ni campagne. Tout cela renforce l’idée que la bataille de la réforme ira bien au-delà des présidentielles pour être le thème du prochain mandat .

Samar Al-Gamal
Salma Hussein

Retour au sommaire
 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631