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Un vice-président aux élections !
Par Mohamed Salmawy
Le correspondant de la Télévision canadienne m’a demandé : N’aurait-il pas fallu que chaque candidat se présentant aux présidentielles en cours désigne un colistier qui serait élu par le peuple comme vice-président ? J’ai répondu : Heureusement, l’amendement de l’article 76 de la Constitution en vertu duquel les élections actuelles sont organisées ne l’a pas stipulé. Il m’a demandé mon évaluation des élections et je lui ai répondu que leur valeur réelle résidait non dans la personne qui les remportera mais dans la nouvelle tradition qu’elles ancreront.

Malgré ma joie et mon appréciation pour la bataille menée par le néo-Wafd, il n’en demeure pas moins qu’il y a un consensus populaire quasi unanime sur la nécessité que le président Moubarak soit reconduit à la tête du pays. D’autant plus que le reste des candidats sont pour la plupart de nouvelles figures sur la scène politique et n’inspirent pas confiance. Certains incitent même à la plaisanterie, et à quelques exceptions près ceux qui jouissent d’une certaine dose de crédibilité, sont loin de parvenir à celle du président Moubarak. Le correspondant m’a interrompu pour me dire : « Mais il y a chez vous le mouvement Kéfaya qui vient d’émerger ».

Je répondis : C’est vrai. C’est un mouvement exprimant une tendance populaire que l’on ne peut guère ignorer. Il a gagné une certaine audience populaire parce qu’il s’élève contre certaines politiques qui ont lassé les gens. Le peuple égyptien est d’une vigilance et d’une maturité qui lui permettent facilement de distinguer entre les pratiques qu’il refuse et la personne du président Moubarak. C’est pourquoi on verra que les foules ayant sympathisé avec Kéfaya donneront leurs voix en fin de compte au président Moubarak. Seuls les peuples naïfs sont ceux qui perçoivent la politique, selon les critères personnels. Quant aux peuples aguerris, ils s’intéressent aux politiques mêmes en les acceptant ou en les refusant. Mais si de telles politiques perdurent pendant un quart de siècle, ils sortent dans les rues brandissant les affiches disant : « Assez ! ». Nous avons de nombreuses pratiques dont les initiateurs et les architectes sont l’entourage du président Moubarak depuis 1981 environ. Et donc rien d’étonnant à ce qu’un clan crie « assez ».

— Cela voudrait-il dire que le peuple égyptien approuve Moubarak et refuse ses politiques ?

— Non, ce ne sont pas les politiques de Moubarak qui sont refusées, sinon elles n’auraient pas attiré tout ce soutien. Mais, comme je l’ai déjà dit, ce sont les pratiques de son entourage. Je vous donne l’exemple de l’amendement de l’article 76 de la Constitution. C’était le président Moubarak qui avait pris la décision d’amender l’article 76 en février dernier pour ouvrir la voie à de véritables élections avec plusieurs candidats en lice. C’était une mesure de grande importance approuvée et saluée par tout le peuple. Par la suite, des membres de l’entourage du président ont mis des conditions prohibitives vidant quasiment l’amendement de son contenu. C’est ce qu’a refusé le peuple et continue de le refuser.

Lorsque quelqu’un dit aujourd’hui « assez », ceci ne signifie pas qu’il refuse la politique de Moubarak d’amender la Constitution. C’est un refus adressé aux conditions établies par ses partisans. Imaginons que ces alliés du président se soient présentés aux élections, je suis prêt à vous dire dès maintenant que les mêmes électeurs qui éliront Moubarak éviteront ses collaborateurs. Je sais que le désir de changement est dans l’esprit du président qui ressent très fort le pouls du peuple. Raison pour laquelle son discours promet de nombreux changements.

Mais quand nous appelons à l’élection d’un vice-président, c’est comme si nous revendiquons la consécration du statu quo que les foules espèrent patiemment modifier. Surtout si ce vice-président proviendra du même entourage actuel du président, qui déclenche les protestations des foules. Ensuite, j’ai poursuivi en disant : L’élection d’un président de la République et son colistier est un système purement américain et il n’est pas appliqué dans la plupart des pays européens. Mais, il n’y a aucun défaut à ce système, qui peut nous convenir parfaitement.

Notre expérience souffre de lacunes qui seront comblées ultérieurement. Par conséquent, l’élection d’un vice-président à partir de cette perspective défaillante ne fera que compromettre l’expérience lors des prochaines fois. Cette fois-ci, contentons-nous d’élire le président seul.

Ce n’est pas le vice-président qui nous fait défaut dans ces élections mais d’autres points que j’avais débattus avec l’un des candidats. Le premier est relatif à la politique extérieure sans laquelle aucun programme électoral ne peut être consistant. Aucun candidat n’a abordé la politique étrangère de l’Egypte qui est d’une grande importance vu l’emplacement géographique et politique du pays. En plus, l’Egypte passe aujourd’hui par l’une des plus importantes étapes de son histoire à un moment où notre pensée politique passe par une période de brouillard nécessitant une détermination des priorités.

La politique étrangère du président Moubarak était nette et déterminée tout au long des derniers 24 ans, ce qui n’est pas le cas pour les 9 autres candidats. Le programme des candidats doit renfermer prioritairement ce chapitre, même si les priorités de la politique étrangère se modifient d’une étape à une autre conformément aux changements internationaux malgré la permanence des appartenances. L’Egypte a par exemple une appartenance islamique que l’on ne peut guère ignorer, mais la politique étrangère pourrait estimer indispensable dans la prochaine étape de focaliser sur le volet africain ou arabe pour une raison ou une autre. Où sont donc les priorités de cette politique étrangère à l’étape prochaine ?

Le second point non moins important qui fait défaut aux programmes électoraux c’est la culture. Cette dernière est le pilier de base de n’importe quelle pensée politique étant donné que c’est elle qui détermine ses appartenances et définit son identité. Ce qui donne plus de poids à la culture dans la prochaine phase, c’est le danger de l’extrémisme religieux qui s’assimile au terrorisme. Nous ne sommes pas là en face d’une question sécuritaire, comme le pensent certains, ni politique mais culturelle à la base. Par conséquent, la lutte contre ce fléau ne peut se faire qu’à travers la pensée qui est le fruit de la conscience culturelle. Est-ce que l’un des candidats a un plan culturel pour lutter contre cette pensée salafiste et arriérée qui conduit en fin de compte au terrorisme ou bien doit-on laisser le soin de le faire aux imams et aux cheikhs des mosquées ?

Ces dernières années, nos médias ont tenté cette solution stérile et ont eu recours aux cheikhs qui sont devenus par la suite des stars de la télé de l’Etat. Mais le danger du terrorisme n’a pas reculé parce que cette solution, contrairement à ce qu’ils pensaient, a ouvert la voie à une tendance occulte qui a gagné de l’ampleur dans la société. Les élections présentes sont une chance pour que les candidats rivalisent à présenter leurs politiques culturelles visant à créer un nouveau mouvement de renaissance. En réalité, le gouvernement de Moubarak a réalisé des acquis culturels indéniables comme la construction de l’Opéra, la restauration des monuments et la tenue d’une multitude de festivals culturels. Ce sont des réalisations qui peuvent servir de piliers solides à une nouvelle politique culturelle adaptée aux données de l’époque et se dressant devant l’arriération culturelle.

C’est ce que j’ai dit au candidat qui m’a répondu : Vous avez raison. Mais dans ces élections, nous parlons aux électeurs de leurs soucis et intérêts quotidiens. J’ai rétorqué : Mais vous ne parlez pas uniquement aux électeurs, l’Histoire vous jugera. Il faut que vous soyez dotés d’un programme complet qui vous rendra justice et ensuite concentrez-vous sur les problèmes du quotidien des électeurs .

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