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Nations-Unies. Des négociations concernant le projet de réforme de l’Organisation internationale ont débuté lundi. Mais de profondes divergences persistent entre les Etats membres.

Débats houleux

A moins de trois semaines du sommet où les dirigeants mondiaux doivent adopter la plus vaste réforme de l’Onu depuis sa création il y a 60 ans, d’intenses négociations ont débuté, lundi dernier, à l’Onu, au sein d’un groupe de travail d’une trentaine de pays, représentant toutes les régions du globe, sur le contenu d’une vaste réforme de l’organisation en vue de son adoption par les dirigeants mondiaux à la mi-septembre. Ce groupe restreint, dont la composition a nécessité de longues discussions, est formé de représentants des grands groupes comme les Non-alignés, l’Union Africaine (UA), l’Union Européenne (UE) et d’autres. Le document qui doit être approuvé par ce groupe est susceptible d’être adopté par le sommet, où 173 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus du 14 au 16 septembre à New York, avant la session annuelle de l’Assemblée générale de l’Onu. « J’espère que les Etats membres saisiront cette occasion historique pour adopter une vaste réforme de l’Onu afin de mieux l’adapter à l’époque et à ses défis », a souhaité le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan.

A la veille de la réunion, le président de l’Assemblée générale de l’Onu, le Gabonais Jean Ping, a affirmé avoir affiné un projet de document final pour le sommet de septembre, qui servira de base aux discussions du groupe cette semaine : « Ce document avance dans la bonne direction mais nous avons encore des divergences persistantes dans un certain nombre de domaines importants, des problèmes de fond sur lesquels nous allons devoir négocier ». Aujourd’hui, sept grands sujets divisent la communauté internationale : l’élargissement du Conseil de sécurité, le développement, une définition universelle du terrorisme, le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive, la création d’une commission de consolidation de la paix, la réforme de l’administration de l’Onu ainsi que la responsabilité de protéger les populations menacées de génocide.

Même si on parle d’espoir en une solution pour quelques-unes des divergences susmentionnées, la plus difficile et la plus insoluble jusqu’à cette heure, c’est l’élargissement du conseil de sécurité. Ce problème est dans l’impasse, avec 3 propositions concurrentes et un manque d’enthousiasme évident de la part de la Chine et des Etats-Unis, deux des cinq membres permanents actuels du Conseil, pour sortir du statu quo. Sur ce sujet controversé, M. Ping doute, lui aussi, d’un aboutissement dès septembre, mais « sur les autres domaines, qui sont les plus importants, je pense que nous devrions trouver une solution, d’ici à septembre. On va travailler d’arrache-pied, on va voir. On aura une réforme. Le problème, c’est de savoir si elle sera suffisamment ambitieuse », a conclu M. Ping. En fait, les Etats-Unis s’opposent à un élargissement trop important du Conseil de sécurité, actuellement de 15 membres. Ils préfèrent mettre l’accent sur les réformes nécessaires de l’administration onusienne, pour en améliorer la responsabilité, la transparence, l’intégrité et l’efficacité, à la suite du scandale de corruption du programme « pétrole contre nourriture » en Iraq.


La conception américaine

L’inquiétude d’un possible échec du sommet s’est pourtant emparée, cette semaine, de certaines délégations, surtout après que les Etats-Unis eurent fait circuler une version très amendée du document de M. Ping, d’où avait notamment disparu toute référence aux engagements pris par la communauté internationale lors du sommet du Millénaire en 2000 en matière de lutte contre la pauvreté. Le document américain qui contient 750 amendements au projet de M. Ping — les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM), auxquels s’étaient engagés les Etats membres en 2000 pour faire reculer progressivement d’ici à 2015 la grande pauvreté, les pandémies et autres fléaux — a disparu. A la place, les Etats-Unis veulent souligner l’importance des conclusions du sommet de Monterrey de 2002 qui mettait l’accent sur les réformes des marchés et exigeait des gouvernements une amélioration de leur gouvernance et responsabilité en échange d’assistance financière et d’allégement de leur dette. Les Américains rejettent également toute exigence sur la lutte contre le changement climatique, ou toute demande de nouveau progrès dans le démantèlement des armes nucléaires détenues par les puissances nucléaires. En revanche, ils veulent glisser des appels à une action plus ferme contre le terrorisme et la dissémination des armes de destruction massive, ou des références à la promotion des droits de l’homme et de la démocratie. Washington veut également imposer un meilleur contrôle des dépenses de l’Onu, et enlever toute référence à la Cour pénale internationale.

Justifiant ces amendements, Rick Grenell, porte-parole de la mission américaine à l’Onu, a affirmé que les propositions de Washington résultaient d’intenses discussions entre diverses branches du gouvernement. « Ce que nous voulons, c’est un document final qui reflète nos convictions politiques », a-t-il dit à la presse. « Nous avons beaucoup d’argent en jeu », a-t-il ajouté, en allusion au fait que les Etats-Unis sont le premier contributeur de l’Onu avec 22 % du total.

Comme prévu, les propositions américaines ont suscité une forte vague de résistance parmi les pays les plus pauvres car l’un des buts du Sommet de septembre, tel que le concevait le secrétaire général des Nations-Unies Kofi Annan, était de réaffirmer les engagements pris lors du sommet du Millénaire 2000 et même de les renforcer. L’ambassadeur d’Inde à l’Onu, Nirupam Sen, ainsi que plusieurs autres diplomates, ont tenu à réitérer que le développement devait rester une priorité du sommet. En attendant, l’image de la réforme demeure encore floue. Celle-ci est loin d’être bouclée et la pression s’accroît sur les Etats membres pour qu’ils puissent aplanir leurs divergences .

Maha Al-Cherbini

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