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Iran. La République islamique temporise sur le dossier du nucléaire. Tout en promettant de nouvelles propositions qui permettraient une percée, Téhéran désire un élargissement de ses partenaires dans les pourparlers.

Téhéran souffle le chaud et le froid

L’Iran a annoncé qu’il ferait de nouvelles propositions négociées aux Européens d’ici à un mois, tout en soutenant fermement l’élargissement de la participation dans les négociations sur le nucléaire à d’autres pays. Face à la suspension par la troïka européenne (Grande-Bretagne, France et Allemagne) de nouveaux pourparlers sur le dossier nucléaire initialement prévus pour le 31 août et les menaces américaines de saisine du Conseil de sécurité des Nations-Unies, Téhéran a fermement prévenu, dimanche, le trio européen qu’il ne constituait pas les seuls partenaires potentiels, et les a avertis qu’ils pourraient bien être marginalisés dans les efforts visant à régler ce dossier. Dans le même temps, le gouvernement iranien promet, depuis samedi dernier, des « avancées » et des changements majeurs dans les négociations sur le programme nucléaire de la République islamique.

Ces propos font suite à la visite de quelques jours à Vienne du chef du programme nucléaire iranien, Ali Larijani. Lors de cette visite, ce dernier s’est entretenu avec le directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Mohamad Al-Baradei, lequel remettra, le 3 septembre, un rapport à l’exécutif de l’AIEA sur la reprise de la conversion d’uranium à Ispahan malgré la réprobation internationale. M. Al-Baradei a, selon sa porte-parole Melissa Fleming, jugé, vendredi dernier, les entretiens « constructifs » et a relevé l’engagement de M. Larijani « de coopérer étroitement avec l’AIEA pour résoudre les questions en suspens ».

Le nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad a besoin « d’environ un mois pour formuler de nouvelles propositions », a déclaré M. Larijani après son retour de Vienne. Il a ajouté que « les nouvelles propositions que nous entendons faire aux Européens vont nous permettre une avancée et avec ces résultats positifs, nous atteindrons notre but ». Toutefois, il précise que les négociations avec les Européens « ne doivent pas être exclusives » et que cette nouvelle initiative iranienne pourrait permettre un élargissement de la participation internationale aux pourparlers. En effet, au risque de froisser le trio européen, qui négocie depuis près de deux ans avec l’Iran, M. Larijani a déclaré qu’il « n’était pas d’accord pour que les pays européens agissent au nom de toutes les nations ». Les Européens sont, en outre, accusés de refuser de reconnaître le droit de l’Iran au cycle de combustible nucléaire. Dans ce contexte, l’Iran soutient que la « participation du Mouvement des non-alignés, de la Chine, de la Russie — susceptibles d’être davantage sensibles aux efforts de Téhéran en matière nucléaire — ne peut être écartée » des efforts diplomatiques. D’ailleurs, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, a affirmé dimanche que l’Iran avait déjà eu des contacts avec le Japon, la Malaisie et l’Afrique du Sud.

Face à la remise en cause de la légitimité de la troïka européenne, le porte-parole du Quai d’Orsay (Paris), Jean-Baptiste Mattéi, a affirmé que Paris, Londres et Berlin « ont le soutien entier de l’Union européenne » et qu’« ils agissent dans le cadre des positions (...) définies par le Conseil des gouverneurs de l’AIEA » et ce « en pleine transparence avec les autres partenaires de la communauté internationale », faisant référence à la date butoir du 3 septembre à laquelle l’Iran devra renoncer à enrichir du combustible nucléaire.


Négociations stratégiques

Cette nouvelle orientation des négociations, dont les « détails seront annoncés prochainement », est stratégique de la part du gouvernement iranien. En effet, au bras de fer l’opposant à l’Union européenne, la République islamique doit aussi faire face au spectre de menaces onusiennes brandies par les Etats-Unis. Washington, longtemps en retrait, a réaffirmé, samedi dernier, son « clair soutien à l’UE3 ». Les Etats-Unis font également pression depuis quelques jours sur d’autres pays pour un renvoi du dossier iranien au Conseil de sécurité en vue de sanctions internationales. « C’est une tactique typique du gouvernement iranien. Il présente des propositions comme celle-ci pour détourner l’attention du vrai problème qui est la poursuite de leurs efforts pour se doter de l’arme nucléaire », a en outre estimé le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack.

Face aux menaces américaines, Téhéran a une fois de plus affirmé ne pas être impressionné par le spectre du Conseil de sécurité. « Certains ne devraient pas croire que ce tabou qu’ils ont créé, le Conseil de sécurité, est quelque chose qui va effrayer notre grande nation. S’ils considèrent que notre cas est un problème d’ordre sécuritaire, beaucoup y perdront », a averti M. Larijani.

Or, l’Iran, déterminé à poursuivre ses activités d’enrichissement, pourrait bien avoir besoin de soutiens multiples. A ce titre, la participation de la Chine, qui dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité et donc d’un droit de veto, pourrait mettre en échec la politique d’intransigeance américaine. D’autre part, un certain nombre de pays, notamment l’Afrique du Sud et la Russie, ne s’opposent pas à l’utilisation du nucléaire autorisé par le Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) lorsque celui-ci est utilisé à des fins civiles, comme la production d’électricité. Ainsi, l’inclusion de nouveaux pays dans les négociations serait un point en faveur de Téhéran, qui n’a jamais déclaré ouvertement vouloir se procurer l’arme atomique, même si la conversion de l’uranium en constitue la première étape.

Reste à savoir si le double discours iranien ne conduira pas, à son tour, à une radicalisation des positions européennes.

Laïlla Choug
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