Treize films ont été en concurrence durant
cette saison d'été 2005, qui tire à sa fin. Ils se sont partagé
le gâteau du box-office, tout au long de 12 semaines, à travers
plus de 203 salles. Des stars ont connu une véritable consécration,
alors que d'autres ont entamé une chute accélérée. Bref, comme
d'habitude, la saison s’est écoulée entre triomphes commerciaux
et déceptions artistiques. Seuls les chiffres restent témoins
de la baisse des scores prévus pour le box-office de cette saison.
«
Malgré l'augmentation évidente du nombre des films projetés
cet été, treize films, contre six l'été dernier, les bénéfices
s’avèrent décevants », souligne Chérif Al-Dorri, responsable
du département financier de la Société égyptienne de production
et des salles. « Ces 13 films ont récolté jusqu'ici environ
90 millions de L.E., alors que les bénéfices prévus devaient
dépasser les 150 millions ».
La faiblesse des revenus semble un problème
de taille. Outre le film Bouha, deux autres étaient censés accumuler
les bénéfices par millions, à savoir : Al-Sifara fil omara (L'Ambassade
dans l'immeuble), avec Adel Imam (11 millions en cinq semaines)
et Mallaki Eskendériya (Privé Alexandrie), avec Ahmad Ezz (plus
de 10 millions les premières semaines). Presque tous les autres
films en projection n'ont pas décollé. Une vraie déception.
Cette perte considérable pour les producteurs
et distributeurs soulève la question : Quelles sont les raisons
de cette baisse spectaculaire des recettes ? Pourquoi n’a-t-on
pas atteint les gains prévus, alors que les stars adulées du
public étaient en tête d’affiche ?
Il semble que la première et principale cause
soit les présidentielles. Le public est très préoccupé par celles-ci,
préférant suivre le déroulement de la campagne sur petit écran.
« L’ensemble des citoyens est obsédé par les événements en cours
», affirme Samia Al-Nachar, professeur de communication à l'Université
du Caire. Et d’ajouter : « Les statistiques montrent l'intérêt
accru du citoyen quant à la télévision. Les taux d’audimat ont
augmenté progressivement durant les 20 dernières semaines, ils
ont carrément quadruplé. De quoi affecter les autres moyens
de divertissement, dont le cinéma ». Un avis partagé par Hussein
Chawkat, directeur du complexe des salles Al-Sérag à Madinet
Nasr, lequel souligne que le nombre des spectateurs a baissé
de 35 à 45 % cet été. « La stratégie des chaînes télé et le
genre de programmes présentés ont changé ; ce qui n’a pas manqué
d’attirer pas mal de gens, en ces moments d’élection », souligne-t-il.
Mais
si les sociologues et les gens des médias avancent souvent des
raisons sociopolitiques pour expliquer la baisse des recettes,
il ne faut pas tout de même exclure les causes artistiques.
Certains critiques trouvent que le niveau artistique laisse
à désirer et que c’est l’une des raisons principales pour lesquelles
le public a boudé le cinéma cet été. « Nul ne peut prétendre
que les films projetés étaient tous de qualité. Le public a
été déçu par certains films, lesquels avaient été précédés par
une grande propagande. tels que Yana ya khalti (Ma tante ou
moi), avec Mohamad Héneidi, Ali Spicy, avec Hakim, Maalech ehna
benétbahdel (Pardon, nous perdons de notre prestige) avec Ahmad
Adam, et Harb Atalia (Jeux transcendants), avec Ahmad Al-Saqqa
», explique le critique Magdi Al-Tayeb, ajoutant que les producteurs
aussi ont semé le chaos. Car selon lui, ils ont cherché à noyer
le marché de films commerciaux pour maximaliser les profits.
Et en fin de compte c’est le public qui a souffert d’indigestion.
Les astuces déployées par les distributeurs
n’ont pas abouti non plus. Car ils voulaient à tout prix réussir
la saison, misant par exemple sur la sortie des films deux ou
trois jours avant leur date déterminée ou la pression exercée
sur la Chambre du cinéma pour interdire la projection de films
étrangers en été, ou encore le changement des horaires de projection
pour atteindre 7 séances par jour. De vains efforts, puisque
les résultats ont été calamiteux.