Avec
l’ensemble Oyoune (Yeux), fondé en 1998, il s’agit toujours
de modes arabes et mélodies purement orientales. Et
avec le tout nouveau-né Takhayal (Imagine !), il
est question d’expérimentation. Car le compositeur et
luthiste iraqien Nassir Chamma qui se produit souvent
en noir ou en blanc, optant pour un certain classicisme
sur scène, est aussi épris de dialogues en musique.
C’est peut-être la raison pour laquelle il ne cesse
de varier les formes de représentations, créant notamment
diverses formations. Aujourd’hui, la sortie de Hilal
(Croissant), le premier album avec l’ensemble Oyoune,
couronne les efforts déployés pendant plus de 6 ans.
Car les ventes du Cédérom reflètent le succès qu’a décroché
l’ensemble auprès du public, qui pour longtemps préférait
entendre Chamma jouer en solo. En d’autres termes, c’est
la preuve du retour en force de la tradition des ensembles
musicaux. Le Cédérom regroupe des morceaux comme Hali
bihi yahlou (Je m’épanouis en sa présence) où l’ancien
mode iraqien le bestenkar, peu utilisé par les musiciens
arabes, est mis en avant. Ensuite, l’accent est mis
sur le mode nahawand, à travers le morceau Samaï Nahawand.
Le ton est plus à l’espoir et à la contemplation avec
Ichraq (Rayonnement) où le qanoun de Saber Abdel-Sattar
nous plonge dans une sorte d’extase et d’euphorie. «
Il a
fallu
plusieurs concerts, de multiples tournées, avec l’ensemble
Oyoune, pour atteindre ce niveau satisfaisant. Ce, avant
d’effectuer cet enregistrement », explique Chamma. L’expérience
de Oyoune, qui se voulait comme étant un premier orchestre
de chambre arabe, faisant prévaloir la forme traditionnelle
du takht, a encouragé Chamma à lancer une nouvelle troupe
de musique contemporaine, Takhayal (Imagine !).
Le luth y est toujours en maître, mais il est accompagné
de saxophone (Raafat), de guitare (Wahid), d’accordéon
(Sayed), de contrebasse (Salah), de tambourin (Amr),
de batterie (Hicham), de violon (Saïd). Avec cette troupe,
Chamma traduit un air plus moderne, décontracté. Les
musiciens sont à mi-chemin entre les formes occidentale
et orientale. « La musique n’a pas de frontières occidentales
ou orientales, européennes ou arabes. C’est une notion
absolue, mettant en relief la pensée du compositeur,
le temps où il vit et l’état d’âme qu’il cherche à exprimer.
Tous les instruments, toutes les formes visent à traduire
les créations du compositeur », dit-il.
Le répertoire de Takhayal ne compte
encore que sept nouvelles compositions, dont entre autres
Chaklawa, du nom d’une ville iraqienne, Fil ganna hounak
(Là-bas, au paradis), Gawla fil aswaq al-arabiya (Une
Tournée dans les souks arabes), Moussiqa li am guédid
(Musique pour le nouvel an). S’ajoutent à cela de nouveaux
arrangements pour le morceau qui a fait date, Banafseg
(Violet). « Ce dernier a été à l’origine composée pour
la harpe. Maintenant, on l’a présenté avec la guitare
et l’accordéon. Il m’a fallu sans doute opérer certains
changements, en gardant intacte la principale mélodie
». Et d’ajouter : « C’est la première fois que je recours
à ces instruments rassemblés. J’aime expérimenter. Cette
fois-ci, en élaborant de nouvelles compositions, j’ai
senti la nécessité d’avoir recours à une guitare de
flamenco pour accompagner mon luth. Un saxophone s’avérait
aussi indispensable, et ainsi de suite. Finalement je
me suis retrouvé dans cette forme, celle de la troupe
Takhayal ». Chamma s’amuse ainsi à préparer des compositions
pour la nouvelle troupe avec laquelle il se produira
en tournée l’hiver prochain. Il ne nie cependant pas
que Oyoune demeure son ensemble préféré : « Quand je
parle de culture musicale arabe, je fais directement
appel à Oyoune. Quand il s’agit de nouvelles expériences,
c’est Takhayal qui resurgit. Mais franchement cette
dernière n’a pas encore acquis son statut particulier
». Le luthiste varie les formes pour relancer sans cesse
l’enthousiasme de son public, mais il sert aussi la
tradition des ensembles musicaux dans le monde arabe,
usant de son aura de soliste.