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Gaza . L’Autorité palestinienne planche sur le réaménagement de son territoire libéré des colons et des soldats.
 

Chantier palestinien

 

Depuis le 22 août 2005, la bande de Gaza n’héberge plus aucun colon israélien. Dans les prochains jours, les bulldozers achèveront la démolition des maisons et les soldats s’attelleront au démontage des installations militaires. Début octobre au plus tard, la bande de Gaza sera rendue dans son intégralité aux Palestiniens. La question de la mise en valeur des terrains évacués est donc désormais en débat. Représentant près d’un quart de la superficie totale du territoire géré par l’Autorité palestinienne, ils lui fournissent une occasion rêvée de désenclaver les camps de réfugiés et relancer l’économie locale. Voilà pour la théorie. Dans les faits, le nouveau visage de la bande de Gaza sera autant façonné par les choix d’aménagement de la direction palestinienne que par la politique sécuritaire adoptée par Israël aux frontières de ce territoire.

En prélude à ce chantier d’ampleur nationale, Mahmoud Abbass a signé le 20 août un décret qui place toutes les propriétés des colons sous la tutelle de son régime. Une dizaine de cours ont été mises sur pied pour examiner les réclamations de Palestiniens qui estiment avoir des droits sur ces terres. Sur présentation et validation par la justice des titres de propriété adéquats, l’Autorité palestinienne procédera à la rétrocession des terrains. L’estimation officielle veut que 95 % de l’espace occupé par les colonies relève effectivement du domaine public et que 5 % seulement ait été sous régime privé avant l’occupation de la bande de Gaza en 1967. Mais certaines sources contestent ce chiffrage et prévoient de belles empoignades sur le sujet. Selon Hosni Zuorob, le gouverneur de Khan Younès, la ville située en lisière du Goush Katif, « les grandes familles de la ville pourraient faire valoir leurs droits sur de nombreuses terres ». Selon lui, « leurs ancêtres les avaient enregistrées au nom de l’Etat pour éviter de payer des taxes. Mais d’une part, les descendants ont continué à les cultiver et d’autre part, l’Etat n’a jamais fait valoir ses droits ».

Anticipant sur les arbitrages juridiques à venir, les planificateurs palestiniens ont déjà réfléchi sur la reconversion de certaines colonies. Netzarim, au centre de la bande de Gaza, devrait être transformée en zone de stockage pour les produits débarqués du port qui sera construit juste en face. Morag, au sud, verra la construction d’un complexe de 3 000 logements, grâce aux largesses du cheikh Khalifa, le nouveau dirigeant des Emirats arabes unis. Au nord, Nissanit servira à l’expansion de la zone industrielle d’Erez. Mais c’est dans le Goush Katif que le réaménagement des colonies sera crucial pour l’avenir. Bien employé, cet immense espace de 2 000 hectares peut révolutionner la vie des 200 000 habitants de Khan Younès qui s’y entassent dans des conditions proches du bidonville. Ussama Al-Fara, le maire de la ville, est conscient de sa responsabilité. « Trois jours après l’annonce par Sharon de son plan de retrait, en février 2004, j’ai écrit à Arafat pour lui dire qu’il était important que l’on s’y prépare. Nous avons eu beaucoup de mal à avancer car nous ne disposions d’aucune photo satellite de l’endroit et car les Israéliens nous interdisaient de nous y rendre ». Finalement, une carte du « Khan Younès new-look » est dressée. Ussama Al-Fara la déroule sur son bureau. « C’est un compromis entre les besoins locaux et nationaux ». Le long du littoral, l’Autorité palestinienne envisage de construire des complexes touristiques. « Certaines plages resteront en accès public, d’autres seront payantes et les dernières, celles des hôtels, seront réservées à leurs clients. Avec la construction du port près de Gaza-ville, le cœur touristique de la bande va se déplacer chez nous ».

En retrait des plages, les planificateurs prévoient d’aménager une vaste zone agricole, en utilisant les anciennes serres des colons qui ont été rachetées par un fonds international et qui devraient être transférées dans les prochaines semaines aux Palestiniens. Pour gérer ce magot, l’Autorité a créé une société, financée par le rapatriement d’une partie de ses actifs à l’étranger. Son directeur, Bassil Jaber, espère réembaucher les 4 000 ouvriers qui y travaillaient afin de reprendre l’exploitation au plus vite. « J’ai des commandes qui couvrent déjà la moitié de la récolte potentielle, dit-il. Si je ne n’arrive pas à planter d’ici la fin septembre, je perdrai des millions de dollars ». D’ici deux à trois mois, une fois le redémarrage de la production assuré, il entend vendre certaines parcelles à des exploitants privés.

 


Un stade de standing international

 

Enfin, plus à l’intérieur des terres, l’Autorité envisage d’ériger des habitations et des infrastructures publiques, dont une université, un parc et un stade susceptible d’accueillir des compétitions internationales. Sur le papier, le projet paraît équilibré. Mais les embûches sont nombreuses. L’Autorité doit d’abord veiller à ne pas reproduire les dérives affairistes de la période d’Oslo. Saignée par cinq ans d’Intifada, la population ne tolérerait pas de se voir déposséder de ce qu’elle estime avoir conquis par le sacrifice des siens. Les processus d’attribution des marchés seront inspectés à la loupe, notamment par le Hamas qui a obtenu la création d’une commission de supervision ouverte à tous les partis.

En définitive, c’est surtout Israël qui décidera de la réussite ou non de la reconversion des colonies. A ce titre, l’ouverture du port et de l’aéroport, sur laquelle le gouvernement Sharon tergiverse toujours, est une mesure obligée. De même que la levée de l’obligation de déchargement et de rechargement (dit Back to Back) pour les camions de marchandises au terminal de Karni, qui donne accès au marché israélien et à celui de Cisjordanie. Gaza évacuée mais bouclée ne sortira pas de la misère. Si les tomates cerises et les touristes ne peuvent pas entrer ou sortir facilement de la bande de Gaza, la carte du maire de Khan Younès restera à l’état de projet.

 
Benjamin Barthe
   
   
   
   
 
 

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