En
1990, le régime de Hosni Moubarak a reconnu l'économie
de marché comme la doctrine économique officielle
de l'Etat et il s'est engagé à en finir avec le
monopole du secteur public dans plusieurs domaines
et à donner plus de marge au secteur privé. C'est
ainsi que les années 1990 ont connu la pénétration
des acteurs économiques privés dans des domaines
qui avaient été jusqu'alors un monopole de l'Etat,
notamment la communication et le fer et l'acier.
Seulement voilà, dans les deux secteurs, des entreprises
privées ont été accusées d'exercer une sorte de
monopole. L'entreprise MobiNil de téléphonie mobile
a été accusée de pratiquer des tarifs trop élevés,
au point de lui faire porter la responsabilité de
la récession de l'économie entamée à la fin des
années 1990 vu que le budget familial est désormais
sapé par les frais des communications.
En outre, l'entreprise
Al-Ezz de l'homme d'affaires Ahmad Ezz a essuyé
maintes critiques et attaques dans les médias l'accusant
de gonfler les prix du fer après avoir monopolisé
deux tiers du marché à peu près. Les attaques se
sont déplacées au Parlement où plusieurs parlementaires,
dont celui de gauche Aboul-Ezz Al-Hariri, ont accusé
Ahmad Ezz d'exploiter les consommateurs. Le problème
s'est amplifié du fait que Ezz est une personnalité-clé
dans le Conseil suprême des politiques du Parti
national démocrate dominant, un conseil présidé
par le fils du président. Ainsi, les attaques et
les contre-attaques autour de la question ont été
agrémentées par le conflit acharné en cours actuellement
entre « réformateurs » et « conservateurs » au sein
du pouvoir.
Le passage au marché
libre en 1990 a révélé plus tard que l'économie
égyptienne a besoin d'un cadre légal institutionnel
définissant le monopole et gérant les conflits autour
des pratiques monopolistiques qui entravent l'efficacité
économique. Mais cette économie devait attendre
15 ans, en 2005, pour voir émerger une loi définissant
le monopole et un organisme chargé de lutter contre.
Une longue période qui ne doit pas être seulement
expliquée par la fameuse lenteur de la bureaucratie
égyptienne, mais également par les conflits qui
ont entouré la promulgation de cette loi. D'abord,
certains hommes d'affaires craignant les retombées
de la nouvelle loi ont réussi à bloquer sa promulgation.
|
| En
effet, le lobby des hommes d'affaires est de plus
en plus puissant dans la politique égyptienne, surtout
qu'il a un bras fort au sein du Conseil suprême
des politiques qui gère aujourd'hui la politique
économique de l'Etat. Sans oublier les conflits
qui ont éclaté entre les ministères (surtout celui
du Commerce intérieur et celui de l'Industrie),
chacun voulant concocter la loi et s'occuper de
son application.
L'avènement
du gouvernement Nazif a ouvert la voie à la promulgation
de la loi et à la création de l'Organisme de la
protection de la compétition et de lutte contre
le monopole. D'abord, la résistance des hommes d'affaires
a été tempérée par l'arrivée de ce gouvernement,
ami des hommes d'affaires, dans lequel les « réformateurs
» ont occupé tous les postes économiques-clés. Ensuite,
le président Moubarak a accepté, au moins en théorie,
de déléguer beaucoup de pouvoir à ce gouvernement
au point de laisser le premier ministre aller aux
Etats-Unis pour discuter avec les Américains, non
seulement de l'économie, mais également de la politique.
Ainsi, le premier ministre a utilisé ces pouvoirs
pour faire passer la loi sur les monopoles. Et pour
dépasser les conflits des ministères autour de la
tutelle du nouvel organisme, il a été décidé que
celui-ci soit sous la tutelle directe du premier
ministre.
La
nouvelle loi dans sa version promulguée a fini par
adopter la vision des « réformateurs », celle de
définir le monopole par des pratiques précises,
et non pas par la part du marché détenue. Il ne
suffit pas que la part d'une entreprise dans le
marché soit grande pour taxer cela de monopole.
Celui qui ne détient pas plus de 25 % peut être
accusé de monopole et celui qui détient 75 % peut
être dans la légalité. Ce qui compte, ce sont des
pratiques comme « la capacité d'un individu à exercer
un effet notable sur les prix, et l'incapacité des
concurrents à limiter son contrôle sur les prix
», comme le souligne la loi. C'est clair que la
définition du monopole laisse beaucoup d'espace
à l'interprétation subjective de la part des responsables
de l'organisme, pour décider de ce qu'est un effet
notable sur les prix, par exemple.
Le
conseil d'administration de l'organisme est composé
en grande partie des « réformateurs », dont Samiha
Fawzi, l'assistante du ministre de l'Industrie,
Ziyad Bahaeddine, président de l'Organisme des investissements,
et Hani Qadri, conseiller du ministre des Finances,
Youssef Boutros-Ghali, un des « libéraux » clés
dans le gouvernement. Avec cette composition, la
crédibilité du nouvel organisme repose donc sur
sa capacité à examiner d'une manière impartiale
les accusations de monopole adressées aux hommes
d'affaires qui font partie du courant des « réformateurs
» proche du fils du président. |