Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Le programme de Moubarak

Mohamad Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram

La lecture du discours du président Moubarak dévoile l’existence d’un conflit intérieur entre 2 tendances politiques principales au sein de l’Etat égyptien et du Parti National Démocrate (PND). Chacune des 2 tendances a sa propre philosophie en ce qui concerne la formulation du programme par lequel le président Moubarak a entamé sa campagne électorale. La première tendance veut renouveler le régime politique égyptien en lui conférant un cachet démocratique, en réponse aux pressions tant internes qu’externes. Ce courant est en général en accord avec la vision adoptée par les intellectuels égyptiens et les partisans de la réforme constitutionnelle et selon laquelle le problème essentiel en Egypte est d’ordre politique et concerne l’organisation du pouvoir et sa relation avec la société. Il ne veut pas aller très loin dans le domaine de la réforme politique et constitutionnel et plaide pour des réformes limitées. Il veut sauvegarder l’essence du régime politique en Egypte, tout en lui attribuant plus de flexibilité et de modernisme, du point de vue forme. La plupart des éléments constituant cette tendance sont les partisans de Gamal Moubarak et forment ce qu’on appelle le courant réformiste au sein du PND.

Quant à la seconde tendance, elle considère qu’il n’y a pas de problème politique et souhaite maintenir le régime tel quel. Cette tendance méprise le mouvement de réforme politique et constitutionnel et pense que c’est une cause propre aux intellectuels et n’émane pas du peuple puisque celui-ci ne s’est pas rassemblé autour de ce mouvement ! Selon ce courant, c’est le « gagne-pain » qui importe les Egyptiens ainsi que toutes les questions qui y sont relatives comme l’enseignement, la santé, les transports, l’électricité, etc. Et avant tout, trouver une opportunité d’emploi. Selon ce courant, les Egyptiens ne sont pas intéressés par la question de la Constitution et n’y comprennent rien. Ils ne renonceront pas au président Moubarak, le pharaon. Il est donc tout à fait normal que ce courant défende le pouvoir éternel absolu parce qu’il est dans sa grande majorité honni par le peuple, et la majorité de ses éléments ne jouissent d’aucune popularité personnelle mais comptent sur le pouvoir éternel.

Le discours politique du président à l’ouverture de sa campagne est un compromis entre les 2 tendances. Il a à plusieurs reprises répété : « Les discours n’offrent pas de chances de travail et ne construisent pas des usines, etc. ». Il est sûr qu’il veut ici affirmer le point de vue selon lequel l’appel à la réforme n’est que paroles creuses et ne mène à rien. Il faut plutôt se concentrer sur les opportunités d’emploi, la santé, l’habitat, etc. Il est clair que cette tendance a largement remporté la bataille, surtout qu’il s’est avéré que le mouvement de réforme n’a pas réussi à se donner davantage d’élan. C’est pour cela que le programme du président Moubarak s’est concentré sur les aspects économiques et sociaux. Il est sûr que c’est là l’opinion traditionnelle du président Moubarak, habitué à mépriser les intellectuels et ce qu’ils disent, et qui refusait d’aborder la question de la Constitution jusqu’à février dernier. Depuis, le président n’a pas voulu négliger totalement la question de la réforme politique et constitutionnelle, préférant l’approcher de façon sélective.

Premièrement, le discours du président Moubarak démontre qu’il s’est engagé à amender la Constitution, mais non à en créer une nouvelle qui transférerait l’Egypte vers un régime démocratique. Et il n’a pas fixé un mécanisme précis pour l’amendement en général. Ceci pourrait signifier que le processus préféré par le président Moubarak est le même qui a été utilisé pour amender l’article 76. Cet amendement a élargi le fossé dans la vie politique égyptienne puisqu’il a été rigoriste en ce qui concerne l’interdiction des indépendants de présenter leur candidature aux élections et a négligé l’opinion des partis d’opposition. Le plus important est qu’il a eu recours à des méthodes déterminées pour fermer la porte face au recours juridique en ce qui concerne les résultats des élections. Pour l’amendement de l’article 76, le président avait compté sur ses assistants à l’Assemblée du peuple et au sein du Parti, qui ont des notions juridiques. Pour cette raison, il est fort probable que le président refuse l’idée d’élire une Assemblée constituante qui formulerait l’avant-projet d’une nouvelle Constitution. Le plus qu’il puisse faire est de choisir ou nommer un comité pour formuler cet avant-projet au cas où il accepterait l’idée d’une nouvelle Constitution, probabilité qu’il faut éloigner.

Deuxièmement, le président Moubarak s’est engagé à annuler la loi sur l’état d’urgence, mais n’a rien dit concernant la libération des prisonniers qui n’ont pas encore été jugés de façon définitive, ainsi que leur réintégration dans la société. Nombreux sont ceux qui craignent que le président Moubarak ne réponde aux réclamations du ministère de l’Intérieur appelant à introduire les pouvoirs exceptionnels qui étaient cités dans la loi d’urgence en application en Egypte depuis 1981 de la nouvelle législation proposée par le président au nom de la lutte contre le terrorisme. Chose qui suscite la terreur des organisations des droits de l’homme.

Troisièmement, Moubarak a signalé dans son discours qu’il s’engageait à garantir une plus large représentation pour la femme au niveau parlementaire. Mais il n’a fait aucune allusion à une plus large représentation des coptes, un point très important pour le renforcement de l’unité nationale. Je pense que la cause de la femme constitue un des plus importants projets de modernité que l’Etat tient à appliquer depuis 1952, tandis que l’engagement à attribuer aux coptes leurs droits en tant que citoyens égyptiens n’est pas suffisant. Cet engagement doit être proposé de façon plus importante afin de réaliser une présence forte et réelle des coptes à tous les niveaux nationaux.

Quatrièmement, le discours de Moubarak s’est principalement concentré sur l’engagement à renforcer les prérogatives du Parlement. Il semble ici qu’il est question d’introduire un système permettant de demander des comptes aux ministres et même au premier ministre. Or, ceci nécessite impérativement de donner au Conseil des ministres des attributions réelles qui ne seraient pas un prolongement de celles du président comme il est cité dans la Constitution actuelle. Alors que nous ne savons pas comment les prérogatives exécutives seront distribuées entre le président et le Conseil des ministres, il est clair qu’il y a une intention de s’approcher de la Constitution française, et non de passer à une République parlementaire. Une telle évolution serait très positive puisque ce régime implique que le gouvernement soit élu et non nommé par le président. Comment un président peut-il demander des comptes à un ministère qui tire sa légitimité de ce même président ? Donc, s’il faut demander des comptes au Conseil des ministres, il faut qu’il ait des prérogatives indépendantes de celles du président.

Enfin, nous remarquons que le président n’a pas du tout abordé le point le plus critique dans le régime constitutionnel et politique égyptien : l’article 77 de la Constitution qui permet au président de rester au pouvoir toute la vie. Il est sûr que la négligence de cette question est la plus importante victoire pour le parti du pouvoir éternel et absolu.

Haut de page
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631