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Plages. Si la Côte-Nord très huppée est au-delà des moyens de la plus grande majorité des citoyens, le Delta offre un front de mer pour les petites bourses.

Avec l'originalité en prime

Les nostalgiques évoquent une ancienne station balnéaire de Ras Al-Bar, où l'on passait le temps de manière décontractée mais sans faire de concession au très commun. Il y a une quarantaine d'années encore, elle abritait une résidence du président Gamal Abdel-Nasser, non loin se trouvait la villa d’Oum Kalsoum, la diva de la chanson arabe. Aujourd’hui, la plage est envahie par plusieurs milliers de personnes. La spontanéité reste de mise. On vous offre une tournée à cheval à 5 L.E. Deux diseuses de bonne aventure font des va-et-vient pour lire les lignes de la main pour quelques livres. Derrière les parasols qui couvrent le sable de la plage, les enfants enterrent les méduses qu’ils cherchent dans la mer.

La plupart des visiteurs viennent à Ras Al-Bar pour passer une seule journée au bord de la mer. La plupart viennent de provenance de villages perdus dans le Delta, comme Sayed, candidat au bac technique. « Je m’offre avec ma famille un jour par an pour me baigner », dit-il. Aymane, avocat, vient avec sa famille de Tanta, dans l’ouest du Delta, pour passer la journée, mais sans se baigner. « Je ne me baigne plus à Ras Al-Bar », souligne Aymane. « Je suis venu ici la dernière fois il y a six ans, l’eau était meilleure. Aujourd’hui, la boue est partout. Regardez, même le sable est imprégné de boue », se plaint-il, en montrant du doigt le sable qui a une couleur grisâtre. La plage de Ras Al-Bar se trouve à quelques centaines de mètres de l'embouchure du Nil. Le fleuve ne cesse de jeter ses sédiments sur les bords. Une originalité caractéristique de Ras Al-Bar : le fleuve et la mer se rencontrent. Hassan Khachaba est le chef municipal de Ras Al-Bar, et dont le bureau donne sur le Nil. Il pense que l’état de l’eau ne s’est pas dégradé. « Ras Al-Bar s’est toujours trouvée à côté de l'embouchure. L’eau a été mélangée aux sédimentations, et le sera toujours tant que le Nil existe », dit-il. Et d'ajouter : « Ce n’est pas de l’eau sale, ce n’est pas une plage polluée. Elle est naturelle ». Hassan Khachaba parle de plusieurs projets pour la rénovation de l’ancienne station balnéaire. Un de ceux-ci vient de voir le jour il y a deux semaines. C’est un promontoire entre le fleuve et la mer que Mme Suzanne Moubarak a inauguré. Le deuxième projet est l’aménagement d’une plage sur des bords vierges. Il s’agit de la Plage des palmiers. Les travaux ont déjà commencé. Là-bas, tout est construit à l'aide de troncs de palmiers. Depuis la porte jusqu’aux parasols, en passant par les marches et les chaises. La création de cette nouvelle plage a commencé il y a cinq mois, et ses portes ne seront ouvertes au public que l’été prochain. Le troisième projet est toujours en phase d’études. « C’est la construction d’un hôtel cinq étoiles à côté de la région où le fleuve rencontre la mer », dit Khachaba. Joindre le populaire au huppé, telle serait donc l'ambition.

A 40 km à l’ouest de Ras Al-Bar, se trouve Gamassa. L’entrée de la petite ville, qui dépend du gouvernorat de Mansoura, ressemble plutôt à celle d’un village. Un ruisseau, des champs et des cultures, personne ne peut imaginer que le littoral se trouve à 500 mètres de là. Dès l’entrée, des courtiers font la chasse aux nouveaux venus. Un peu plus loin, et juste avant l’entrée de la plage, un marché est tenu sur un grand espace. Tout ce qui sert aux vacanciers est vendu sur la voie publique, depuis les serviettes jusqu’à la barbe à papa. La plage de Gamassa est moins altérée par les sédiments du fleuve, le sable jaune couvre ses côtes. Cependant, elle est hyperencombrée. Les vendeurs ambulants dévastent les lieux surtout ceux qui vendent de la nourriture. Une majorité vient pour passer une semaine de vacances. Hassan est un ébéniste dans un quartier populaire de la capitale, il passe les vacances à Gamassa car « elle est à notre portée », dit-il.


Un eldorado

A 60 km à l’ouest de Gamassa, se trouve le village de Baltim. Là-bas, le paysage est différent : il renferme les composants d’un petit paradis terrestre avec des dunes de sable, des pelouses naturelles, des dattiers, un soleil brûlant et la mer. Les palmiers et les dunes de sable enserrent la modeste station balnéaire d’un côté et la mer l’embrasse de l’autre. Les rues sont calmes et plus propres. Des jeunes sont en train de jouer à la guitare, d’autres sont à vélo. De petits immeubles et un certain nombre de villas occupent une partie considérable de la corniche. La plage est beaucoup plus longue et les vacanciers sont beaucoup moins nombreux que sur les autres plages du Delta. Wafaa est un professeur cairote à la retraite. « Je suis venue ici dans les années 1960, c'était plus calme et plus propre. On escaladait les dunes de sable situées derrière pour cueillir les fruits », avoue-t-elle. Nostalgie. Mais Gamassa reste quand même fidèle à sa réputation. Le Delta, dernier refuge de ceux qui ne peuvent s'adapter au luxe frénétique des autres stations, gagerait à s'améliorer, mais sans perdre sa nature authentique .

Karim Al-Fawal

Une prospérité due
à la guerre

Située à l’ouest de la branche de Damiette, Ras Al-Bar est devenue une station balnéaire en 1914 avec le déclenchement de la première guerre mondiale. Les Egyptiens qui passaient les vacances à l’étranger ont préféré rester chez eux au moment où l’Europe était déchirée par le conflit. Elle a connu une autre période faste en 1942, quand les Egyptiens ont commencé à délaisser Alexandrie à cause des menaces que présentaient les Allemands avant la bataille d'Al-Alamein. Ras Al-Bar est à l'embouchure du Nil, là où le fleuve se jette dans la Méditerranée. Les derniers kilomètres des berges du Nil font les quais des bateaux et des chalutiers. D'ailleurs, c’est le plus grand port de pêche de l’Egypte.

Bien que la température à Ras Al-Bar égalise celle d’Alexandrie, l'atmosphère y est plus agréable en raison du peu d'humidité .

 
 
 

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