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Présidentielle. A deux semaines de la date fatidique, l’édition se met au diapason, avec la parution de nombreux ouvrages portantsur la présidence, dont L’Image du président et La République des deux terres. Focus.

Métaphore des temps modernes

Entre les personnages de Gomhouriyet al-ardein et la famille régnante en Egypte, les similitudes sont frappantes : d’un âge avancé, le président-père (haut gradé dans l’armée) s’accroche au pouvoir et tient absolument à briguer un autre mandat. Sa femme occupe une place importante dans le palais et tente d’imposer son fils — malade — comme futur président. Ces éléments de ressemblance ont attiré l’attention sur le roman d’Aboul-Fotouh et l’ont d’emblée placé dans la vague de contestation de l’institution présidentielle que l’Egypte a connue ces derniers mois, en faisant un roman-plaidoyer contre Moubarak et son fils.

Gomhouriyet al-ardein est pourtant un roman qui se situe dans un temps indéterminé. L’on ne sait pas exactement quand a lieu l’action, même si l’on sait, grâce aux blindés de l’armée et aux portables, qu’elle a lieu à l’époque moderne. En effet, certains décors, désertiques, certains détails, comme les tatouages traditionnels, certaines légendes, ou encore l’appellation désuète des noms de lieux, empruntée aux noms pharaoniques, entrent en contradiction avec les éléments, bien tangibles, empruntés à la technologie moderne et contribuent à plonger le lecteur dans une ambiance quelque peu déroutante.

Gomhouriyet al-ardein porte essentiellement sur la transmission du pouvoir de père en fils. Le président en place, Negmeddine Al-Hawwat, ou Sayed al-ardein, « Seigneur des deux terres », âgé de 80 ans, règne depuis quarante ans sur « la République des terres » et reste accroché à son pouvoir ; il ne réussit pas à s’imaginer la République privée de son « despotisme éclairé ». Il commence cependant à être atteint de symptômes de sénilité, ce qui pousse son entourage, et en premier lieu sa femme, à comploter pour le renverser. En effet, son épouse, Asl Bay, folle de son fils cadet, Seifeddine, le prédestine à la succession de ce qui est ainsi devenu, de fait, un trône. Seifeddine a pris de plus en plus de place au palais jusqu’à devenir le n°3 du régime, juste derrière le président et sa femme, malgré son état de santé : il est atteint d’une maladie qui s’apparente à l’épilepsie et dont les excès mènent jusqu’à l’évanouissement. Asl Bay réussit finalement à convaincre son mari de passer le relais à leur fils lors d’une cérémonie de passation de pouvoir à l’occasion de la commémoration des quarante ans de règne du « Seigneur des deux terres ». Ce recul n’est en fait qu’une ruse, puisque le président-père prépare dans le plus grand secret l’assassinat de sa femme et de leur fils. Mais le lendemain matin, des millions de personnes descendent dans les rues de la capitale, qui s’était auparavant vidée de ses habitants, comme en une sourde protestation contre le régime, des millions de personnes venant de la capitale elle-même et de toutes les autres villes du pays font de leurs corps des ponts au-dessus des fossés que le président avait fait creuser autour de la capitale.

Métaphore des innombrables révoltes égyptiennes, quand les masses apparaissent dans la rue par millions sans crier gare, ces scènes d’intervention populaire sont ici une manière pour l’auteur de rappeler aux dirigeants de ce monde que le destin des nations ne se ficelle pas dans les coulisses des palais .

Dina Heshmat

Ahmad Sabri Aboul-Fotouh, Gomhouriyet al-ardein (La République des deux terres), Merit, 2005.

Les illuminations primées

Gamal Ghitany vient de recevoir le Prix Laure Bataillon de la meilleure œuvre littéraire traduite en français. Il s’agit d’Al-Tagalliyat (Le Livre des illuminations), publié aux éditions du Seuil. Ce prix créé en 1986 par les villes portuaires de Nantes et de Saint-Nazaire a déjà été attribué à Garcia Marquez et à Saramago. En hommage à Laure Bataillon, lauréate en 1988, son nom a été donné au prix après sa disparition. Le prix est doté de 15 000 euros, remis moitié à l’auteur et moitié au traducteur Khaled Osmane, le 19 novembre prochain. Le jury est constitué d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires dont Pascale Casanova, Patrick Deville, Pierre Lartigue, Marc Petit, etc. Le Livre des illuminations est à la fois une exploration autobiographique et une tentative romanesque de saisir l’identité spirituelle et culturelle du monde arabe. L’intérêt de cette traduction est le défi de sortir au grand jour une écriture teintée de soufisme, qui puise dans les sources littéraires classiques, ainsi que dans la tradition orale pour inventer de nouvelles formes littéraires .

 

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