Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Livres

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Présidentielle. A deux semaines de la date fatidique, l’édition se met au diapason, avec la parution de nombreux ouvrages portantsur la présidence, dont L’Image du président et La République des deux terres. Focus.

Mise en scène en haut lieu

Le ministre égyptien de l’Information vient, il y a juste une semaine, de dresser les réglementations concernant la communication politique durant les prochaines élections présidentielles, insistant sur la nouveauté du contexte pour le pays. C’est d’ailleurs uniquement dans cette configuration que la sortie du livre de la journaliste et spécialiste des médias, Azza Ezzat, L’Image du président, s’avère intéressante. L’auteure, qui a déjà signé d’autres ouvrages — sans grands échos — sur la presse dans les pays du Golfe, les transformations de la personnalité égyptienne et l’image des Arabo-musulmans à travers le monde, parle cette fois-ci de présidents qui évoluent entre mythes et légendes. Obnubilés par leur image dans les diverses mises en scène, ils entrent dans l’intimité de notre vie. Car les médias tendent en général à personnaliser le débat et à transformer la politique en spectacle, d’où le culte démesuré de la personnalité. Comme mentionné dans son introduction, Azza Ezzat a choisi de traiter dans son ouvrage de la fabrication de l’image du président en Occident et dans le monde arabe, mettant ainsi en relief la différence entre l’autorité ou le pouvoir ici et ailleurs. Sur ce, un premier chapitre est consacré à l’image du président en Occident sans vraiment d’informations exclusives, alors qu’un deuxième grand chapitre, à la structure un peu décousue et disproportionnée, aborde les présidents arabes. En tête de liste viennent les noms des anciens raïs d’Egypte : Naguib, Nasser et Sadate, auxquels elle consacre 120 pages sans dissimuler une fervente sympathie quant à l’époque nassérienne. Il est évident que pour elle Nasser est le plus intègre parmi tous. Son image mettait simplement en avant des qualités que le leader avait réellement, contrairement à Sadate qui a eu recours à des experts américains en communication pour l’aider à s’attribuer une image convenable après la mort de son prédécesseur, alors très présent dans les esprits. Mais selon l’auteure, pour faire face à ce fantôme charismatique, l’image que s’est forgée Sadate versait dans la caricature car abondant de paradoxes, allant de la modestie du self-made-man au faste proche de la royauté. Il s’agit souvent de variations sur le thème de l’homme providentiel, du patriarche. Tantôt c’est le militaire libéral mêlant finesse et austérité avec Mohamad Naguib, à la nature plus au moins chevaleresque. Tantôt c’est l’homme courageux et conservateur, qui va droit au but, privilégiant la dignité arabe comme avec Nasser. Tantôt c’est le débrouillard, un peu roublard, épris de coups de théâtre et surnommé « le président croyant » comme avec Sadate. Ensuite, pour ce qui est des autres pays arabes, l’auteure passe rapidement en revue des personnalités-cultes comme Saddam Hussein, Hafez Al-Assad, Kadhafi ou encore Yasser Arafat. Le nombre des pages varient en fonction de ses connaissances et des informations dont elle dispose. Du coup, le lecteur reste souvent sur sa soif en ce qui concerne ces leaders. Et l’on ne peut s’empêcher de comparer l’ouvrage en question à d’autres écrits étrangers beaucoup plus ciblés et profonds comme à titre d’exemple le livre des Français, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, L’Irak de Saddam Hussein, Portrait Total, qu’elle cite en référence, bien qu’il ne soit pas entièrement réservé au culte de Saddam Hussein. De même, l’on peut invoquer d’autres ouvrages intéressants comme Ambiguities of Domination (Politics, Rhetoric, and Symbols in Contemporary Syria) de Lisa Wedeen montrant comment Assad s’est servi de la rhétorique et de la représentation symbolique pour assurer la survie de son régime. Ou encore, The Monument, l’étude effectuée par l’opposant iraqien Kanan Makiya sur l’utilisation de l’art du monument par Saddam Hussein en tant qu’arme de la dictature. Tous ces ouvrages évoquent relativement le même thème que Souret al-raïs (L’Image du président) sous des angles originaux et précis. Mais Azza Ezzat, en choisissant de traiter un angle aussi vaste, perd la boussole ; l’architecture de l’ouvrage est loin de commenter sa thématique.

Au lieu de nous emmener dans les méandres de la fabrication de l’image, à travers les différents types de professionnels en communication politique, elle verse dans le descriptif et l’analyse de l’image reçue. Elle s’étale souvent sur des détails historiques sans nouveauté comme en parlant des époques pharaoniques, fatimides, etc. sans aller trop loin dans son analyse et sans oser faire directement le lien avec les temps actuels, sauf à quelques très rares endroits. Même lorsqu’elle fait mention à plusieurs reprises de l’évolution de l’institution présidentielle, en tant que responsable de la propagande et de tout ce qui est « bourrage de crâne » depuis les années 1950, elle lésine sur les détails. Car ne les possédant peut-être pas.

Dalia Chams

Azza Ezzat, Souret al-raïs (L’Image du président), édition Markaz al-hadara al-arabiya, Le Caire, 2005.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631