| Le
ministre égyptien de l’Information vient, il y a
juste une semaine, de dresser les réglementations
concernant la communication politique durant les
prochaines élections présidentielles, insistant
sur la nouveauté du contexte pour le pays. C’est
d’ailleurs uniquement dans cette configuration que
la sortie du livre de la journaliste et spécialiste
des médias, Azza Ezzat, L’Image du président, s’avère
intéressante. L’auteure, qui a déjà signé d’autres
ouvrages — sans grands échos — sur la presse dans
les pays du Golfe, les transformations de la personnalité
égyptienne et l’image des Arabo-musulmans à travers
le monde, parle cette fois-ci de présidents qui
évoluent entre mythes et légendes. Obnubilés par
leur image dans les diverses mises en scène, ils
entrent dans l’intimité de notre vie. Car les médias
tendent en général à personnaliser le débat et à
transformer la politique en spectacle, d’où le culte
démesuré de la personnalité. Comme mentionné dans
son introduction, Azza Ezzat a choisi de traiter
dans son ouvrage de la fabrication de l’image du
président en Occident et dans le monde arabe, mettant
ainsi en relief la différence entre l’autorité ou
le pouvoir ici et ailleurs. Sur ce, un premier chapitre
est consacré à l’image du président en Occident
sans vraiment d’informations exclusives, alors qu’un
deuxième grand chapitre, à la structure un peu décousue
et disproportionnée, aborde les présidents arabes.
En tête de liste viennent les noms des anciens raïs
d’Egypte : Naguib, Nasser et Sadate, auxquels elle
consacre 120 pages sans dissimuler une fervente
sympathie quant à l’époque nassérienne. Il est évident
que pour elle Nasser est le plus intègre parmi tous.
Son image mettait simplement en avant des qualités
que le leader avait réellement, contrairement à
Sadate qui a eu recours à des experts américains
en communication pour l’aider à s’attribuer une
image convenable après la mort de son prédécesseur,
alors très présent dans les esprits. Mais selon
l’auteure, pour faire face à ce fantôme charismatique,
l’image que s’est forgée Sadate versait dans la
caricature car abondant de paradoxes, allant de
la modestie du self-made-man au faste proche de
la royauté. Il s’agit souvent de variations sur
le thème de l’homme providentiel, du patriarche.
Tantôt c’est le militaire libéral mêlant finesse
et austérité avec Mohamad Naguib, à la nature plus
au moins chevaleresque. Tantôt c’est l’homme courageux
et conservateur, qui va droit au but, privilégiant
la dignité arabe comme avec Nasser. Tantôt c’est
le débrouillard, un peu roublard, épris de coups
de théâtre et surnommé « le président croyant »
comme avec Sadate. Ensuite, pour ce qui est des
autres pays arabes, l’auteure passe rapidement en
revue des personnalités-cultes comme Saddam Hussein,
Hafez Al-Assad, Kadhafi ou encore Yasser Arafat.
Le nombre des pages varient en fonction de ses connaissances
et des informations dont elle dispose. Du coup,
le lecteur reste souvent sur sa soif en ce qui concerne
ces leaders. Et l’on ne peut s’empêcher de comparer
l’ouvrage en question à d’autres écrits étrangers
beaucoup plus ciblés et profonds comme à titre d’exemple
le livre des Français, Georges Malbrunot et Christian
Chesnot, L’Irak de Saddam Hussein, Portrait Total,
qu’elle cite en référence, bien qu’il ne soit pas
entièrement réservé au culte de Saddam Hussein.
De même, l’on peut invoquer d’autres ouvrages intéressants
comme Ambiguities of Domination (Politics, Rhetoric,
and Symbols in Contemporary Syria) de Lisa Wedeen
montrant comment Assad s’est servi de la rhétorique
et de la représentation symbolique pour assurer
la survie de son régime. Ou encore, The Monument,
l’étude effectuée par l’opposant iraqien Kanan Makiya
sur l’utilisation de l’art du monument par Saddam
Hussein en tant qu’arme de la dictature. Tous ces
ouvrages évoquent relativement le même thème que
Souret al-raïs (L’Image du président) sous des angles
originaux et précis. Mais Azza Ezzat, en choisissant
de traiter un angle aussi vaste, perd la boussole
; l’architecture de l’ouvrage est loin de commenter
sa thématique.
Au
lieu de nous emmener dans les méandres de la fabrication
de l’image, à travers les différents types de professionnels
en communication politique, elle verse dans le descriptif
et l’analyse de l’image reçue. Elle s’étale souvent
sur des détails historiques sans nouveauté comme
en parlant des époques pharaoniques, fatimides,
etc. sans aller trop loin dans son analyse et sans
oser faire directement le lien avec les temps actuels,
sauf à quelques très rares endroits. Même lorsqu’elle
fait mention à plusieurs reprises de l’évolution
de l’institution présidentielle, en tant que responsable
de la propagande et de tout ce qui est « bourrage
de crâne » depuis les années 1950, elle lésine sur
les détails. Car ne les possédant peut-être pas. |