Mahdi Akef : Nous avons invité nos
partisans à participer de manière effective. Chacun de nous
se rendra aux urnes. Le peuple doit assumer ses responsabilités
de manière intégrale et exercer son droit constitutionnel.
— Cependant, vous avez mis des conditions
concernant le choix du candidat ...
— C’est vrai. Notre condition est de ne pas
désigner un homme inique, corrompu ni de collaborer avec un
tyran.
— Mais de tous les candidats vous ne connaissez
que Moubarak ...
— Parmi les autres candidats il y aurait
des personnalités de qualité. Cela ne veut pas dire que les
anciens n’ont pas de qualité. Je n’ai rien contre les individus.
Je les juge selon leurs actes. Je sens souvent que le président
Moubarak n’est pas responsable de ce qui se passe. Ce sont
ses conseillers. Comment, lors d’une bataille électorale,
ternissent-ils son image en multipliant les arrestations ?
— Concernant les législatives, comptez-vous
y participer ?
— Le principe des élections est un principe
Frères. Nous le considérons comme une forme de démocratie
raffinée à travers laquelle le peuple exprime sa vision et
son orientation pour un transfert pacifique du pouvoir. C’est
pour réaliser cet objectif que nous nous engageons dans les
élections non seulement estudiantines, syndicales et municipales
mais également celles de l’Assemblée du peuple. Vous devez
le savoir, nous sommes l’unique force ayant un grand crédit
de popularité. Nous nous engageons dans les élections avec
l’objectif de participer et non pas de nous quereller avec
nos concurrents. Notre politique consiste à participer avec
un nombre acceptable et limité pour acquérir un taux de représentativité
raisonnable au sein des conseils municipaux. Nous sommes déterminés
à participer et à réussir aux législatives en dépit de tous
les obstacles qui s’érigent.
— Quels sont les obstacles face à cet objectif
?
— C’est la liberté, l’intégrité et l’honnêteté
que nous désirons à l’heure du vote, sans intervention aucune
de la sécurité ou du pouvoir. A mon avis, il est important
que la gestion du processus électoral se fasse à l’écart de
la sécurité. Par exemple, les manifestations organisées par
les Frères défilent en paix et en toute quiétude lorsque les
forces de l’ordre n’interviennent pas. Mais dans le cas inverse,
c’est l’anarchie totale.
— Ne faut-il pas cependant prévenir les autorités
au préalable ?
— Nous le faisons et nous avons demandé aux
forces de l’ordre de nous déterminer les lieux pour organiser
les manifestations, mais elles ont refusé.
— Cette situation ne vous profite-t-elle
pas dans la mesure où elle vous permet de figurer en victime
et de gagner la sympathie des Etats-Unis ?
— Aucun mouvement ne s’est dressé contre
l’intervention américaine comme l’a fait la confrérie. Nous
avons refusé dès le départ le projet du Grand Moyen-Orient.
— Votre solidarité avec le mouvement Kéfaya
qui a une idéologie différente de la vôtre n’est-elle pas
de l’opportunisme politique ?
— L’influence de Kéfaya et des autres mouvements
qui ont émergé récemment est limitée. Je ne me dresse contre
aucun mouvement, mais on collabore avec précaution selon nos
propres calculs et non pas les leurs.
— Aspirez-vous actuellement au pouvoir ?
— Le moment n’est pas opportun pour cet objectif.
En m’interrogeant sur les législatives, j’avais dit qu’au
cas où les Frères l’emporteraient, leur taux de représentativité
sera de 35 % au sein de l’Assemblée.
— Déployez-vous des efforts pour nouer un
dialogue avec le gouvernement ? On parle d’un marché conclu
avec lui pour libérer les détenus de la confrérie ...
— J’ai crié haut et fort notre disposition
à dialoguer avec tout le monde, le gouvernement, le PND, mais
en vain. Cependant, cette histoire de marché avec le gouvernement
est sans aucun fondement. La preuve est que nous avons organisé
une manifestation revendiquant la libération des prisonniers.
— Et votre relation avec les partis ?
— Nous entretenons de bonnes relations avec
tous les partis, y compris celui du Tagammoe qui nous injurie
tous les jours. J’ai pris l’initiative de tendre la main aux
partis pour dialoguer avec eux. Or, ceux-ci se sont entretenus
avec le gouvernement sans nous. Cependant, ce dialogue n’a
abouti à rien.