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Présidentielles. De multiples ONG et mouvements populaires tentent de répondre présent lors du prochain scrutin pour en surveillerle déroulement et dévoiler toute fraude, en dépit des obstacles posés par le gouvernement.
Attention ... On vous surveille

Shayfeen.com. Un simple jeu de mots qui veut dire « On vous voit » ou encore « On vous surveille », et c’est bien l’idée. Il s’agit d’un tout nouveau site Internet lancé par ce que ses fondateurs désignent comme « un mouvement politique formé d’hommes, de femmes et de jeunes qui en ont assez des fraudes et mensonges ». Et pour ce, ils ont décidé de créer ce site pour surveiller tous ceux qui tenteront de frauder pendant les élections. Voire faire plus, « les dévoiler au grand jour et ce sans être payés par des Etats étrangers ». L’idée est simple, elle permet à qui que ce soit de surveiller, puis de relever et témoigner de toute sorte de violation. Une démarche qui commencera par les élections présidentielles et se poursuivra pour les législatives de novembre. Une façon de faire de presque tous les internautes égyptiens des observateurs lors du prochain scrutin. Ce groupe ne sera pas le seul, d’autres sont présents même si les démarches diffèrent souvent. La campagne nationale pour le contrôle des élections ou encore la Coalition de la société civile, les titres ne manquent pas. L’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH) a ainsi pris cette initiative de rallier quelque 22 ONG dans les domaines du droit et des droits de l’homme à ce rassemblement de la société civile pour cet objectif : surveiller les élections. Ce genre d’ONG a, par le passé, contrôlé des élections législatives. Une tâche qui incombait souvent aux militants même de ces organisations, parfois avec la participation de certains journalistes. Mais cette fois-ci, pour cette première élection présidentielle multipartite, ces ONG ont préféré faire appel à des avocats, journalistes et autres, et les entraîner à mener à bien leur mission. « On vise à sélectionner entre 600 et 700 observateurs », explique Mohamad Al-Sawi, le chargé du programme d’entraînement à l’OEDH. On commence au Caire, mais le programme comprend dix autres villes égyptiennes. De véritables cours qui durent toute la journée pour sensibiliser les futurs observateurs à leur prochain métier. Ils vont vérifier donc « l’inscription des électeurs sur les listes, et contrôler de l’intérieur et l’extérieur les bureaux de vote, le dépouillement et la violence ... ». L’essentiel, comme le dit Fardos Al-Bahnassi, du Centre égyptien de la femme, est de « constater le fait ou l’acte, d’en déterminer les responsables, la victime et les différents moyens utilisés ». Tous les détails sont importants, non seulement qui fait quoi et comment, mais aussi qu’est-ce qu’il portait, un uniforme de policier, une djellaba ou un costume, a-t-il utilisé une feuille de papier ou son téléphone portable ? Y avait-il beaucoup de femmes ou non ? Simplement car les femmes, comme le relève Al-Bahnassi, « sont souvent utilisées comme un bloc électoral pour falsification en faveur du pouvoir ». Ne sont-elles pas en majorité dans les campagnes conduites vers les bureaux de vote sous la houlette des grands du village pour voter gouvernement ? Etre formé ne veut d’ailleurs pas dire qu’on pourra vraiment contrôler ce qui se passe. La procédure et l’obstination du pouvoir feront que ceci sera plus compliqué. Une demande aux ministres de l’Intérieur et de la Justice ainsi qu’au président de la Cour constitutionnelle, qui se heurte toujours à une fin de non-recevoir. Les apprentis observateurs se voient alors obligés de surveiller l’extérieur des bureaux ou bien tenter d’obtenir des procurations des candidats pour pouvoir franchir la porte. « Mais le régime connaît la démarche d’avance et deux jours avant le scrutin procède à une arrestation massive des détenteurs de ces papiers », relève Al-Sawi. Le gouvernement veut à tout prix éviter la présence d’observateurs, notamment étrangers, bien que l’Egypte ait participé à ce genre d’opération en dehors de son territoire. C’est une longue tradition de fraude qui pèse avec la connaissance de toutes sortes de ruses et de subterfuges, dont le dépouillement des urnes dans un autre bureau, en route les urnes sont changées. D’un bureau qui a accueilli 500 électeurs, on tire 5 000 bulletins !! Comme dit shayfeen.com, cela ne devra pas décourager les électeurs : « Participez, surveillez, nettoyez ... Vous pouvez porter plainte auprès de la police, mais vous pouvez aussi le faire à travers ce site » .

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De l’ambiance surtout

Pour une première, c’en est une. Des élections présidentielles multipartites, de nombreux candidats allant du chef de l’Etat à quelques hommes politiques qui se sont distingués et d’autres bien obscurs apportant une note de fantaisie au scrutin. Même si le pouvoir contrôle tout le processus avec beaucoup de rigueur, il n’en reste pas moins qu’un espace exceptionnel de liberté est offert. Est-il appelé à durer ou tout sera verrouillé une fois le scrutin terminé ? L’espoir de la population ou d’une partie d’entre elle, celle qui se veut plus ou moins politisée, est que ce mandat soit une période de transition vers plus de liberté. Une chose qui irait de pair avec cette floraison des mouvements de la société civile et des ONG, et aussi avec le fait que les Etats-Unis continueront sur leur lancée harcèlements et appels pour davantage de libéralisme.

Or, dans tout ceci, un aspect important semble avoir été escamoté ou ignoré. Il y a très peu de débats politiques au vrai sens du terme dans cette campagne. On voit d’ailleurs très peu de différence sur le plan du fond entre le président Moubarak et ses deux principaux adversaires, Noamane Gomaa et Aymane Nour. Il s’agit de détails, même s’ils sont importants, davantage de liberté et d’allégement des restrictions sécuritaires. Sinon, c’est le libéralisme économique à fond la caisse. Avec l’absence de candidats de la gauche, on voit mal une contestation s’insérer sur ce plan. Une chose sans doute normale avec le triomphe de la mondialisation et l’édiction par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de toutes les règles.

Un autre aspect, c’est l’absence de toute référence à la politique étrangère. La campagne est égypto-égyptienne, elle est ciblée sur la population et ses besoins économiques. Certes, c’est un aspect majeur avec la crise économique et le chômage qui battent leur plein. D’aucuns y voient un aspect positif. Plus question des alibis et des slogans mobilisateurs sur des affaires dont on connaît les tenants et les aboutissants : Palestine, Iraq, etc. Non qu’il s’agisse de problèmes réglés, d’autant plus qu’avec le retrait de Gaza, l’Egypte se trouvera de nouveau aux premières loges. Mais une chose est devenue évidente : on ne peut plus gagner la rue en évoquant uniquement ces « causes sacrées ». Un repli ? Ou plus de maturité ? Il est certain que l’on est dans une période de transition et que tôt ou tard certains dossiers seront ouverts .

Ahmed Loutfi

 

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