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Présidentielles.
Les candidats de l’opposition
veulent bien placarder
affiches et photos, mais se heurtent à des fabricants timorés
qui craignent d’avoir des ennuis avec la police.
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La guerre
froide des banderoles |
C’était l’une
des semaines les plus chargées pour les fabricants de banderoles.
Ils étaient tous mobilisés afin de terminer au plus vite les
affiches demandées par les différents candidats à la présidentielle.
« Nous devions finir notre travail en trois ou quatre jours
maximum puisque la campagne en tout et pour tout ne dure que
trois semaines. Tout le monde voulait en finir avec les banderoles
et les afficher rapidement pour pouvoir s’occuper ensuite
d’autre chose », explique Abdou, propriétaire d’un atelier
de fabrication de banderoles au centre-ville. Selon lui, ce
sont les responsables de la campagne publicitaire et médiatique
des candidats qui font « la commande ». « Ce sont eux qui
nous définissent le nombre de banderoles, la date de remise
du travail et qui nous payent », ajoute Abdou. Am Fathi, dont
le magasin est beaucoup plus modeste, affirme qu’il a dû travailler
lui et ses trois jeunes employés jour et nuit pour finir la
commande à temps. « On ne dormait que deux heures par nuit,
juste le temps de nous reposer pour pouvoir continuer le travail
», dit Am Fathi. Mais cela ne le dérange pas outre mesure,
puisque le travail des fabricants de banderoles est saisonnier.
« La principale saison pour nous est celle des élections législatives.
Il est donc dans notre intérêt qu’il y ait aussi des présidentielles.
Cela nous fait une saison de plus », dit Am Fathi.
Am
Fathi, tout comme Abdou, ont accepté sans problème de réaliser
des banderoles pour des candidats appartenant à des partis
d’opposition ou à des indépendants. Certains ont effectivement
refusé toute commande pour les adversaires du président Moubarak.
« Je ne voulais pas de problèmes avec la sécurité. J’ai su
que ceux qui ont accepté ce travail ont été interrogés par
la police », lâche un propriétaire d’un atelier qui a requis
l’anonymat. Pour Am Fathi pourtant, il n’y a rien à craindre.
« On voit les autres candidats faire leur publicité à la télé.
Pourquoi donc avoir peur ? Tant qu’on ne fait rien d’illégal,
le gagne-pain doit venir avant tout », dit-il. Et d’ajouter
: « La police est venue nous parler, c’est vrai. On nous a
demandé pour quel candidat nous avions réalisé des banderoles
et quels étaient les slogans. On a également noté le numéro
de notre carte d’identité. Mais ce sont des procédures sécuritaires
normales. Je travaille ici depuis de longues années, et tout
le monde me connaît. Je n’ai aucune tendance extrémiste. Pourquoi
donc me ferait-on du mal ? ».
Pour les candidats de l’opposition, ce ne
sont pas les fabricants d’affiches qui ont été le principal
obstacle pour eux. « Nous avons finalement trouvé quelqu’un
pour nous faire le travail », affirme Alaa Ghorab, directeur
de la campagne du candidat du néo-Wafd, Noamane Gomaa, à Guiza.
Selon lui, les banderoles sont prêtes depuis longtemps, mais
ne servent à rien puisqu’il n’arrive pas à les afficher. En
fait, ce sont les fournisseurs des différents matériaux utilisés
pour installer les tentes et afficher les banderoles publicitaires
qui ont empêché les candidats de l’opposition de faire leur
propagande dans les rues. « J’ai fait le tour de 10 de ces
fournisseurs car on voulait faire une sorte de support pour
afficher des photos du Dr Gomaa, ainsi que des slogans de
sa campagne. Ils ont tous refusé. Et celui qui a accepté au
départ a fini par refuser. Il m’a dit qu’on l’avait appelé
au poste de police et qu’on l’avait menacé s’il affichait
des banderoles pour les adversaires du président. On lui a
également fait signer un engagement qu’il ne fera jamais ceci
après avoir pris une photocopie de sa carte d’identité »,
raconte Ghorab. Il affirme que ceci a nuit complètement à
la campagne de Noamane Gomaa. « Il était prévu que le 17 août,
toute l’Egypte soit inondée par les banderoles de Noamane
Gomaa. Or, jusqu’à ce jour, rien n’a été encore affiché. Je
suis sûr que le président Moubarak ne sera pas content de
savoir ce que la sécurité fait », se plaint-il. Ghorab se
demande où est la transparence dans ces élections. Et de conclure
: « C’est bizarre. Les gens de la sécurité ont peur des banderoles.
Est-ce qu’ils croient qu’une affiche de Noamane Gomaa causera
l’échec du président Moubarak ? Nous acceptons bien échouer,
mais que ce soit dans la dignité » .
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