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Présidentielles. Ahmad Al-Moslemani, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram et auteur d’un livre sur la chute des régimes arabes, Kharif al-sawra, séoud wa hobout al-alam al-arabi (L’Automne de la révolution, ascension et chute du monde arabe), estime que seuls le PND et le néo-Wafd mènent de véritables campagnes électorales.
« Il n’existe que deux véritables campagnes électorales »
Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la campagne présidentielle actuelle ?

Ahmad Al-Moslemani : Pour parler de campagne électorale, il est nécessaire que chaque candidat soit connu publiquement, qu’il soit soutenu par un organisme politique, qu’il ait derrière lui des personnes capables de couvrir tous les gouvernorats du pays et enfin qu’il ait un programme électoral clair et précis. A mon avis, il n’existe que deux véritables campagnes électorales, celle du Parti National Démocrate (PND) et celle du néo-Wafd. Pour tous les autres partis, on ne peut pas parler d’une campagne électorale au sens politique du terme, mais plutôt de campagnes publicitaires. Toutes ces conditions ne sont réunies que chez le PND et le néo-Wafd. Les autres formations n’ont absolument rien. Ce sont des candidats inconnus et fragiles, même s’ils ont pu dernièrement se faire une propagande et un show médiatique à travers leur apparition à la télé et dans les journaux. Ce qui ne fait pas d’eux cependant de véritables candidats à la présidence de la République.

— Peut-être n’ont-ils pas bénéficié d’un délai suffisant pour mener à bien leur campagne ?

— La question de temps est dans ce cas précisément un facteur neutre. Elle aurait peut-être constitué quelque chose avec le parti du néo-Wafd, qui a lui-même commis une grave erreur en ayant présenté la candidature de Noamane Gomaa très tard. Par contre pour les autres candidats, la question de temps ne changera rien. Avec des partis qui n’ont aucun poids, le temps n’est pas un facteur qu’ils peuvent employer comme prétexte ici, car quelques mois de plus n’ajouteront rien à leur CV.

— Et comment se présente la campagne du président Moubarak ?

— Il est très normal que nous ressentions un changement car le système électoral a lui-même changé. Lorsqu’il s’agissait d’un référendum, le président était seul sur scène. Il avait un espace publicitaire plus libre. Aujourd’hui, la situation a changé, avec le suffrage universel, la campagne électorale du président est devenue plus limitée et elle est sous le contrôle de la Cour des comptes. Il est aujourd’hui devenu un candidat parmi dix autres qui ont aussi des entreprises publicitaires qui s’occupent de leur campagne électorale.

— A votre avis, qu’est-ce qui a le plus changé, le fond ou la forme dans le discours du président Moubarak ?

— En effet, certains ont parlé de la façon dont il était vêtu. Quant au fond, son programme ressemble à ceux des candidats américains, c’est-à-dire un programme pratique basé sur les différents services à rendre comme l’éducation, la santé, les salaires et l’alimentation, plutôt qu’un programme à teneur politique. Il n’a pas discuté de l’affaire palestinienne ni de l’Iraq par exemple, car ce sont des questions sur lesquelles tous les partis se rejoignent.

— Une telle approche est-elle réaliste ?

— Le président a parlé de choses assez concrètes et réalisables sur lesquelles il pourra être interrogé plus tard par son peuple. Je crois que le président s’engagera à réaliser une très grande partie de ses promesses, car il voudrait sûrement que son parti se représente encore une fois à ces élections les prochaines fois. Il essayera donc de ne pas perdre sa crédibilité devant son public.

— Certains ont dit que le président a pris position avec l’ancienne garde du PND plutôt qu’avec la nouvelle. Qu’en pensez-vous ?

— D’une part et comme je viens de l’expliquer, le président Hosni Moubarak a insisté dans son discours sur les questions économiques, sociales et sur les services. Tous ces problèmes intéressent et ont une priorité que ce soit pour l’ancienne ou la nouvelle garde. D’autre part, nous ne pouvons pas parler de conflit interne aujourd’hui, car elles ont tous les deux un but commun qui est d’assurer la victoire de leur candidat.

— Selon vous, les autres candidats ont-ils le même espace médiatique assuré au président ?

— Je suis contre l’idée d’égalité ici, car les candidats ne sont pas égaux. En ce qui concerne l’espace médiatique, nous pouvons parler de justice mais pas d’une vraie égalité. Si nous prenons par exemple le cas de Noamane Gomaa, nous allons voir que l’espace médiatique qui est assuré à ses discours ou déclarations ainsi que celui de ses députés sont pris au sérieux qu’il s’agisse de la télévision ou des journaux. On lui procure un espace presque égal à celui du président. Par contre, le journal du néo-Wafd ne parle que de son candidat et jamais d’un des neuf autres. Cela se passe ainsi dans tous les pays du monde, en Amérique par exemple lors des élections, on n’entendait parler que de Bush et de Kerry et presque jamais des autres candidats. Nous pouvons donc constater que cette notion d’égalité est un concept plutôt moral qui ne peut pas exister de manière concrète dans la vie politique.

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