| 135 heures à
la télévision et 54 heures à la radio doivent être reparties
à égalité entre les dix candidats à la présidentielle. Pour
ce premier scrutin multipartite, les médias contrôlés par l’Etat
se veulent être indépendants. Ainsi, selon cette démarche, les
spectateurs des chaînes égyptiennes pourront pour la première
fois voir des opposants aux régimes et concurrents de Moubarak
s’adresser à eux. Les journaux télévisés ne sont plus, comme
naguère, consacrés uniquement aux activités du président de
la République, mais accordent également une place aux activités
préélectorales des autres candidats. Les publicités payantes
ont elles aussi été réglementées de façon à accorder un même
espace à chacun des candidats.
L’exemple
le plus frappant fut celui du spot publicitaire « On étouffe
! » du candidat du néo-Wafd, Noamane Gomaa, où l’on voit des
hommes et des femmes soupirant de fatigue et réclamant un changement
de régime. Trop audacieux ? Le vice-président du néo-Wafd, Mahmoud
Abaza, voit les choses autrement : « Le gouvernement ne nous
donne pas plus qu’on mérite. Il est du droit des opposants d’utiliser
les médias pour informer les gens et présenter leurs programmes,
un droit qui leur a été dérobé pendant des années ». Un changement
de forme pour l’instant puisque comme le dit Amr Hachem, chercheur
au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
« les responsables de la télévision ont réussi à faire évoluer
les mentalités et les méthodes de travail pour ce qui concerne
l’objectivité. Mais ils ne sont pas parvenus à résoudre ce problème
: faire la part, lors de cette période électorale, entre les
activités de Hosni Moubarak en tant que président de la République
et ses activités en tant que candidat du PND ». Sur les chaînes
privées, un des dix candidats, à l’exception de Moubarak, est
l’invité de « 10 heures du soir ». Le candidat s’exprime ouvertement,
annonce son programme et répond aux interrogations des spectateurs
stupéfaits de cette marge de liberté accordée pour la première
fois. Le président Moubarak s’est fait pourtant accuser par
ses rivaux de bénéficier, sans limites, des médias gouvernementaux
pour mener sa propagande.
Mais si la télévision
égyptienne a fait des progrès, la presse écrite, elle, n’a pas
été à la hauteur de l’événement. En effet, dès le coup d’envoi
de la campagne électorale, tous les journaux officiels ont consacré
leur Une au président Moubarak avec des manchettes genre « La
conquête de l’avenir », « Moubarak annonce son programme pour
l’avenir », « Les soucis du citoyen ordinaire sur l’agenda de
Moubarak », avec à l’appui des photos d’un président sortant
souriant et tendant la main. Outre ces manchettes carrément
partiales, la presse écrite officielle contribue indirectement
à la campagne électorale à travers des éditoriaux, des commentaires
et des analyses trop élogieux à l’égard du président-candidat.
Al-Ahram par exemple n’hésite pas à consacrer un supplément
grand format au programme électoral du raïs. « La presse écrite
est accusée de sympathiser avec le régime en place. Elle marginalise
totalement les autres candidats », lance Khaled Maati, représentant
de Fawzi Ghazal, candidat du parti Misr 2000. Selon Maati, «
les institutions journalistiques n’ont toujours pas compris
le nouveau rôle qu’elles doivent jouer au lendemain de la réforme
constitutionnelle » autorisant plus d’un candidat à se présenter
aux élections.
Répondant à ces
accusations, le rédacteur en chef d’Al-Ahram, Ossama Saraya,
trouve normal qu’un président sortant ayant derrière lui une
expérience de 24 ans à la tête de l’Etat bénéficie de plus d’espace
qu’un candidat anonyme. « On a droit à des informations sur
la vie personnelle des candidats sans connaître leur programme
électoral. Et quand celui-ci est abordé, on n’y relève que ce
qui est ridicule. Comme le candidat qui veut promouvoir le foul
(fèves), comme plat principal de tous les Egyptiens », ou cet
autre qui veut « faire porter le tarbouche à tout le monde »,
relève de son côté le secrétaire général du Syndicat des journalistes,
Yéhia Qallache. Il estime que les journaux officiels se servent
des autres candidats comme d’« un décor » pour mettre en évidence
l’image du président.
Quelques journaux
vont même faire du tort d’une façon indirecte à quelques candidats.
Maati donne l’exemple du quotidien Al-Akhbar du vendredi, qui
en parlant des programmes des dix candidats n’a publié les photos
que de sept seulement . |