Al-ahram
hebdo : La première élection présidentielle multipartite au
suffrage universel direct aura bientôt lieu en Egypte. Certains
soutiennent qu’il s’agit d’une mise en scène et non d’un progrès
démocratique réel. Qu’en pensez-vous ?
Moufid Chéhab
: Je ne suis pas d’accord.
L’initiative lancée par le président Moubarak le 21 février
dernier consistait à amender l’article 76 de la Constitution
pour permettre la tenue des premières présidentielles multipartites
en Egypte. Le monde entier suit avec intérêt cette expérience
qui sera à mon avis une réussite. Jusqu’à présent, tout va
bien. Les dirigeants de 10 partis politiques en Egypte vont
se lancer en toute intégrité dans la course au poste de président.
En effet, cet amendement de l’article 76 de la Constitution
a vraiment créé une ambiance de liberté. On ressent dorénavant
l’importance de la participation des citoyens à la vie politique.
Ceci nous conduira à davantage de réformes politiques qui
seront traduites par d’autres amendements constitutionnels
et législatifs. Les élections présidentielles vont donner
à l’Egypte un élan politique.
— Certains
pensent que les élections sont jouées d’avance pour la simple
raison qu’aucun des concurrents ne peut se mesurer réellement
au président Moubarak. Quel est votre commentaire ?
— Il est vrai
que face au président Moubarak — candidat du PND — il n’y
a pas de concurrents puissants. Ceci est dû à ses innombrables
réalisations, ses capacités et sa sagesse acquise au fil de
longues années au cours desquelles il a mené des batailles
militaires et d’autres politiques afin de renforcer le processus
de développement et réaliser le bien-être de la société. Il
y a d’autre part son programme qui a été reçu favorablement
par l’opinion publique, car il trace l’avenir du pays au cours
de la prochaine phase. Pourtant, c’est le peuple égyptien
qui aura le dernier mot. Il est devenu maître de sa décision
et c’est lui qui va choisir son dirigeant parmi plusieurs
candidats. Il faut donc attendre le 7 septembre, date des
présidentielles.
— D’après
l’opposition, le PND a vidé l’amendement de l’article 76 de
la Constitution de son essence en imposant des conditions
de candidature prohibitives. Le candidat indépendant doit
par exemple être cautionné par 250 élus nationaux et locaux
au Parlement, au Conseil consultatif et aux assemblées régionales
...
— Ces conditions
ne sont pas du tout prohibitives. Elles sont nécessaires pour
s’assurer que la candidature est solide et valable. Si l’on
étudie les conditions de candidature dans d’autres pays, on
se rendra compte que les nôtres ne sont pas restrictives.
Les partis de l’opposition sont en droit de critiquer et d’avoir
des points de vue opposés. Mais il ne faut pas oublier que
le poste sollicité est un grand poste, un poste difficile.
Le candidat doit donc répondre à certains critères. Je ne
sous-estime pas le citoyen égyptien. Mais imaginons si l’on
n’avait pas posé ces conditions, on aurait vu des citoyens
se précipitant par milliers pour présenter leur candidature.
Le législateur avait donc raison lorsqu’il a posé ces conditions.
En effet, la commission électorale a rejeté les demandes de
tous les candidats indépendants, car ils n’ont pas pu remplir
les conditions figurant dans l’amendement de la Constitution.
En même temps, vu le fait qu’à l’heure actuelle la majorité
au Parlement est PND, on a accordé aux partis d’opposition
le droit de se présenter cette fois uniquement aux élections
sans conditions. Mais aux présidentielles de 2011, ils auront
à remplir certaines conditions qui ne sont pas du tout restrictives.
Il est donc important que leur performance s’améliore pour
être plus efficace. D’autre part, l’adoption éventuelle d’un
scrutin électoral par listes aux prochaines législatives facilitera
la tâche de ces partis et les aidera à remporter un certain
nombre de sièges au Parlement qui leur permettra de se lancer
dans la course aux présidentielles en 2011.
— Certains
jugent quand même la loi sur l’élection présidentielle inconstitutionnelle,
car elle a été soumise à la Haute Cour constitutionnelle avant
d’être approuvée définitivement. Ce au moment où la compétence
de cette Cour est d’examiner les projets de loi après leur
ratification.
— La loi relative
aux élections présidentielles a été soumise à la Haute Cour
constitutionnelle avant d’être ratifiée par le président.
Les deux assemblées, après avoir approuvé cette loi, l’ont
remise au président Moubarak qui l’a déférée à la Haute Cour
constitutionnelle. Celle-ci a trouvé certains articles de
cette loi défectueux. Alors, elle l’a renvoyée pour qu’elle
soit reformulée d’une manière adaptée aux dispositifs de la
Constitution. La loi a été ensuite remise au président qui
l’a renvoyée encore une fois à la Haute Cour constitutionnelle.
Celle-ci a confirmé sa constitutionnalité. C’est alors que
le président l’a ratifiée. La loi sur les élections présidentielles
est déterminante pour le sort du pays et de 74 millions d’Egyptiens.
Il fallait donc s’assurer à 100 % de sa constitutionnalité
avant de l’appliquer. Si la loi de la Haute Cour constitutionnelle
stipule que la supervision soit antérieure, l’amendement de
l’article 76 de la Constitution a donné à cette cour la compétence
d’examiner la constitutionnalité de la loi sur les élections
avant d’être approuvée.
— Comment
peut-on garantir l’intégrité et la neutralité du scrutin,
alors que le nombre des magistrats censés le superviser est
insuffisant ?
— L’amendement
de l’article 76 de la Constitution et la loi sur les élections
présidentielles garantissent la neutralité et l’intégrité
des élections. Par exemple, d’après la loi, l’électeur devra
apposer ses empreintes digitales à l’encre indélébile sur
les registres pour éviter qu’un même électeur ne vote dans
plusieurs circonscriptions. D’autre part, l’amendement de
l’article 76 et les clauses de la loi sur les élections accordent
de larges prérogatives à la commission électorale pour garantir
l’intégrité et la transparence du scrutin. Sans compter que
ces élections seront complètement supervisées par la magistrature.
Le nombre de bureaux de vote étant disproportionné au nombre
des magistrats, il a été décidé pour y remédier que les électeurs
de plus d’une circonscription votent dans un seul bureau de
vote qui sera supervisé par des membres de la magistrature.
— Pourquoi
le gouvernement refuse-t-il le contrôle international des
élections, alors que de nombreux pays l’acceptent ?
— Le monde est
devenu un petit village. L’expérience démocratique en Egypte
sera suivie par l’opinion publique locale et internationale,
car elle est exceptionnelle et inédite dans notre région.
Elle sera donc supervisée populairement que ce soit à l’intérieur
ou à l’extérieur. D’autre part, les ONG locales et mondiales
vont suivre le scrutin. Mais qu’il soit soumis à une supervision
internationale, ceci ne peut advenir que si l’Egypte le demande.
Et puisque nous appliquons le système de supervision judiciaire,
il est inconcevable qu’il y ait une supervision internationale.
Il est pourtant envisageable que certaines institutions internationales
et des personnalités mondiales soient invitées pour participer
à cette manifestation démocratique et témoigner de son intégrité
et de sa neutralité. L’ingérence étrangère est inadmissible,
mais inviter d’autres parties pour partager avec nous cet
événement est admissible. Ceci arrive dans de nombreux pays
démocratiques.
— Le PND a
annoncé récemment qu’il financera la campagne électorale de
son candidat. Quelle est la somme allouée à cette campagne
et quelles seront les sources de financement ? Est-ce le budget
du parti ou les donations ? Et comment garantir qu’on ne va
pas confondre le parti au pouvoir à l’Etat ?
— Les dirigeants
du PND ont déjà répondu à cette question. La campagne électorale
du candidat sera financée par le budget du parti. Il faut
savoir que tous les meetings du parti sont financés de la
sorte. Les membres du parti prédes dons qui sont versés dans
le budget qui est soumis à la stricte supervision de l’Organisme
central des comptes. Le parti dispose d’autre part d’un secrétariat
pour les affaires financières et administratives. Au cours
du dernier Congrès ordinaire du parti, le budget a été publié
en détail : les recettes et les dépenses. Quant au montant
de la somme qui sera débloquée pour financer la campagne électorale,
on l’a déjà annoncé : 10 millions de livres égyptiennes au
maximum provenant du budget. On n’acceptera aucun don.
Pour ce qui est
de la seconde partie de la question comment garantir qu’il
y aura une séparation entre le parti au pouvoir et l’Etat,
je tiens à confirmer que le président a donné des directives
claires et fermes à tous de s’engager à ceci. Il y a également
la loi sur les élections qui garantit cette séparation. Nous
croyons que tout membre du parti qui occupe un poste public
doit agir à partir de son appartenance nationale et non pas
de son appartenance partisane. Il ne doit pas privilégier
son parti aux dépens des autres .