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Iraq
. En plus de la pénurie d’eau, le pays traverse
une dramatique crise sur le carburant provoquée par le
trafic et la corruption. Les Iraqiens n’ont d’autre choix
que d’en subir les désagréments sur leur condition de
vie. Enquête. |
Le
cercle vicieux du marasme pétrolier |
Iraq,
De
notre correspondant —
En
marge de la crise concernant l’élaboration de la Constitution
iraqienne, et au milieu des explosions, des tirs et des
voitures piégées, le citoyen iraqien est consterné, se
trouvant obligé d’assumer le délabrement continu de son
pays. Mais le plus ironique est de voir les habitants
d’un pays reposant au-dessus d’un lac de pétrole et qui
occupait la deuxième place sur la liste des réserves mondiales
en pétrole (plus de 110 milliards de barils) souffrir
d’un manque de ressources pétrolières. Et ce, bien que
la production quotidienne de l’Iraq en pétrole atteigne
2 millions de barils. Ce paradoxe n’a jamais eu lieu nulle
part. Aujourd’hui, 20 litres d’essence sont vendus à plus
de 7 000 dinars iraqiens (le dollar vaut 1 470 dinars).
Une situation qui ne se rencontre que dans les pays non
producteurs de pétrole.
Il
faut prendre en considération que ce cours est celui du
marché noir, puisque dans les stations d’essence, le litre
est vendu à 500 dinars, mais il faut faire la queue pendant
des heures. En effet, un automobiliste peut attendre 4
heures en pleine chaleur dans une file qui atteint parfois
5 km pour obtenir du carburant. Selon l’un d’eux, les
causes de cette crise reviennent « à la corruption qui
sévit partout même chez les autorités chargées de la lutte
contre ce fléau, y compris la police. Certains policiers
font le plein d’essence des véhicules de la police pour
le vendre ensuite sur le marché noir ».
Cette
situation a engendré de nombreuses protestations contre
le gouvernement à cause des désagréments qui en découlent
sur la population au niveau des utilités et parce que
la crise a aussi atteint des régions qui étaient calmes,
loin de la violence, en particulier au sud de l’Iraq.
Un citoyen iraqien, Ahmed Al-Saadi, commente : « Les responsables
sont convaincus que leur présence au pouvoir est provisoire
et ils ne s’intéressent qu’à leurs gains personnels aux
dépens du peuple, alors que l’Etat est encore absent.
Le pays est soumis aux simples volontés de certains partis
et milices ».
Bien
que ces difficultés affaiblissent le gouvernement de Gaafari
aux tendances chiites, ce gouvernement assure qu’il fait
de son mieux pour y mettre fin. Il estime d’ailleurs qu’elles
sont d’ordre politique, visant à faire perdre toute crédibilité
en ce gouvernement au sein de la population. Selon Ibrahim
Bahr-Eloloum, ministre iraqien du Pétrole, « le gouvernement
n’a pas de baguette magique pour remédier à la crise actuelle
et fait de son mieux pour garantir que les citoyens obtiennent
tous leurs besoins en essence, alors que les attaques
terroristes contre les raffineries de pétrole continuent.
Certains ont fait de ce trafic leur métier et peuvent
gagner jusqu’à 60 000 dinars par jour en faisant le plein
de leurs voitures 2 ou 3 fois par jour, pour vendre ensuite
l’essence sur le marché noir ». Il ajoute que le gouvernement
a conclu de nombreux accords avec l’Iran et le Koweït
pour procurer à l’Iraq les dérivés du pétrole, mais que
ceci n’était pas suffisant puisque les opérations de fraude
sur l’essence vers la Jordanie ainsi que d’autres Etats
continuent. Le carburant est importé pour être fourni
aux citoyens à des cours subventionnés puis il est revendu
à des cours parfois inférieurs au même pays d’importation. |
Hausse
remarquable de la consommation
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Bien
qu’il soit sûr que les raffineries de pétrole sont dans
un état lamentable, les observateurs assurent que cette
cause ne peut être, à elle seule, le motif de la crise
sur l’essence et que la raison principale est la corruption
et l’absence d’un mécanisme de lutte contre la corruption.
Selon de nombreux responsables au ministère du Pétrole,
la crise est due à la hausse remarquable de la consommation
de pétrole suite à des coupures quasi permanentes de l’électricité.
Avant la guerre, les coupures d’électricité duraient seulement
4 heures dans certaines régions selon un système appelé
« programmation ».
Mais
aujourd’hui, certains quartiers bénéficient du courant
électrique pendant 2 heures par jour et d’autres quartiers
subissent une coupure continue et ce alors que le climat
est très chaud en été et très froid en hiver. Ainsi, le
taux de mortalité, en particulier chez les nourrissons,
a augmenté de 8 % à cause de la seule chaleur rendue insupportable
par le non fonctionnement des climatiseurs ou l’absence
de chauffage. Et malgré ce qui est dit à propos de projets
d’avenir dans le secteur de l’électricité, qui était le
plus efficace dans la région il y a 20 ans, le réseau
électrique reste à 50 % détérioré dans les villes iraqiennes
à cause de l’absence d’entretien et des attaques continues.
Parallèlement,
l’eau en Iraq est la plus polluée du monde et n’est disponible
dans les habitations que pendant quelques heures par jour,
et ce dans un pays où coulent pourtant 2 fleuves. Selon
le secrétariat de la ville de Bagdad, les égouts de la
capitale sont endommagés à 55 %, et dans les autres villes,
ils sont quasi absents.
La
situation iraqienne ne fait donc qu’empirer, alors qu’aucun
indice de reconstruction n’apparaît à l’horizon. Chaos,
violence, insécurité, crises politiques, le citoyen iraqien
est bien seul dans sa lutte contre la souffrance. |
Mohamed
Al-Anwar |
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