Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Iraq . En plus de la pénurie d’eau, le pays traverse une dramatique crise sur le carburant provoquée par le trafic et la corruption. Les Iraqiens n’ont d’autre choix que d’en subir les désagréments sur leur condition de vie. Enquête.
Le cercle vicieux du marasme pétrolier

Iraq,
De notre correspondant —
En marge de la crise concernant l’élaboration de la Constitution iraqienne, et au milieu des explosions, des tirs et des voitures piégées, le citoyen iraqien est consterné, se trouvant obligé d’assumer le délabrement continu de son pays. Mais le plus ironique est de voir les habitants d’un pays reposant au-dessus d’un lac de pétrole et qui occupait la deuxième place sur la liste des réserves mondiales en pétrole (plus de 110 milliards de barils) souffrir d’un manque de ressources pétrolières. Et ce, bien que la production quotidienne de l’Iraq en pétrole atteigne 2 millions de barils. Ce paradoxe n’a jamais eu lieu nulle part. Aujourd’hui, 20 litres d’essence sont vendus à plus de 7 000 dinars iraqiens (le dollar vaut 1 470 dinars). Une situation qui ne se rencontre que dans les pays non producteurs de pétrole.

Il faut prendre en considération que ce cours est celui du marché noir, puisque dans les stations d’essence, le litre est vendu à 500 dinars, mais il faut faire la queue pendant des heures. En effet, un automobiliste peut attendre 4 heures en pleine chaleur dans une file qui atteint parfois 5 km pour obtenir du carburant. Selon l’un d’eux, les causes de cette crise reviennent « à la corruption qui sévit partout même chez les autorités chargées de la lutte contre ce fléau, y compris la police. Certains policiers font le plein d’essence des véhicules de la police pour le vendre ensuite sur le marché noir ».

Cette situation a engendré de nombreuses protestations contre le gouvernement à cause des désagréments qui en découlent sur la population au niveau des utilités et parce que la crise a aussi atteint des régions qui étaient calmes, loin de la violence, en particulier au sud de l’Iraq. Un citoyen iraqien, Ahmed Al-Saadi, commente : « Les responsables sont convaincus que leur présence au pouvoir est provisoire et ils ne s’intéressent qu’à leurs gains personnels aux dépens du peuple, alors que l’Etat est encore absent. Le pays est soumis aux simples volontés de certains partis et milices ».

Bien que ces difficultés affaiblissent le gouvernement de Gaafari aux tendances chiites, ce gouvernement assure qu’il fait de son mieux pour y mettre fin. Il estime d’ailleurs qu’elles sont d’ordre politique, visant à faire perdre toute crédibilité en ce gouvernement au sein de la population. Selon Ibrahim Bahr-Eloloum, ministre iraqien du Pétrole, « le gouvernement n’a pas de baguette magique pour remédier à la crise actuelle et fait de son mieux pour garantir que les citoyens obtiennent tous leurs besoins en essence, alors que les attaques terroristes contre les raffineries de pétrole continuent. Certains ont fait de ce trafic leur métier et peuvent gagner jusqu’à 60 000 dinars par jour en faisant le plein de leurs voitures 2 ou 3 fois par jour, pour vendre ensuite l’essence sur le marché noir ». Il ajoute que le gouvernement a conclu de nombreux accords avec l’Iran et le Koweït pour procurer à l’Iraq les dérivés du pétrole, mais que ceci n’était pas suffisant puisque les opérations de fraude sur l’essence vers la Jordanie ainsi que d’autres Etats continuent. Le carburant est importé pour être fourni aux citoyens à des cours subventionnés puis il est revendu à des cours parfois inférieurs au même pays d’importation.


Hausse remarquable de la consommation

Bien qu’il soit sûr que les raffineries de pétrole sont dans un état lamentable, les observateurs assurent que cette cause ne peut être, à elle seule, le motif de la crise sur l’essence et que la raison principale est la corruption et l’absence d’un mécanisme de lutte contre la corruption. Selon de nombreux responsables au ministère du Pétrole, la crise est due à la hausse remarquable de la consommation de pétrole suite à des coupures quasi permanentes de l’électricité. Avant la guerre, les coupures d’électricité duraient seulement 4 heures dans certaines régions selon un système appelé « programmation ».

Mais aujourd’hui, certains quartiers bénéficient du courant électrique pendant 2 heures par jour et d’autres quartiers subissent une coupure continue et ce alors que le climat est très chaud en été et très froid en hiver. Ainsi, le taux de mortalité, en particulier chez les nourrissons, a augmenté de 8 % à cause de la seule chaleur rendue insupportable par le non fonctionnement des climatiseurs ou l’absence de chauffage. Et malgré ce qui est dit à propos de projets d’avenir dans le secteur de l’électricité, qui était le plus efficace dans la région il y a 20 ans, le réseau électrique reste à 50 % détérioré dans les villes iraqiennes à cause de l’absence d’entretien et des attaques continues.

Parallèlement, l’eau en Iraq est la plus polluée du monde et n’est disponible dans les habitations que pendant quelques heures par jour, et ce dans un pays où coulent pourtant 2 fleuves. Selon le secrétariat de la ville de Bagdad, les égouts de la capitale sont endommagés à 55 %, et dans les autres villes, ils sont quasi absents.

La situation iraqienne ne fait donc qu’empirer, alors qu’aucun indice de reconstruction n’apparaît à l’horizon. Chaos, violence, insécurité, crises politiques, le citoyen iraqien est bien seul dans sa lutte contre la souffrance.

Mohamed Al-Anwar

 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631