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Assurances Médicales. Le premier ministre Ahmad Nazif a annoncé en grande pompe l'élaboration d'un plan visant à étendre le système à toute la population.

Une réforme à double tranchant

Simple promesse à l'approche des élections ou initiative viable ? Le gouvernement vient d'annoncer son intention de mettre en place une réforme du système des assurances médicales afin de l'étendre à l'ensemble des citoyens. 52 % seulement de la population profite actuellement de l’assurance médicale, qui couvre essentiellement les fonctionnaires des secteurs public et privé, les retraités et certains étudiants, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé. « Le système des assurances médicales en Egypte sera réformé. On va avoir recours à de nouvelles solutions pour que tous les Egyptiens puissent y accéder », a annoncé le premier ministre, Ahmad Nazif. Selon lui, le nouveau plan vise à étendre le service des assurances médicales à des catégories de la population qui n’en bénéficient pas à ce jour comme les personnes qui n’ont pas d’emploi stable dans le secteur gouvernemental ou privé ou qui n’ont pas d’activité professionnelle déterminée, ou encore les femmes au foyer. Le service médical en Egypte est assuré, en fait, par plusieurs instances, dont tout d’abord l’Organisme des assurances médicales. Cet organisme gouvernemental existe depuis 1960 et assure la couverture médicale de plusieurs millions de citoyens contre des cotisations variant entre 0,5 et 1 % du salaire. Viennent ensuite les sociétés privées d’assurance générale qui fournissent, elles aussi, une couverture médicale.

L'initiative du gouvernement alimente des interrogations. En effet, où l'Etat va-t-il trouver les fonds nécessaires pour mettre en place ce système ? L’Organisme public des assurances médicales n’arrive plus à assumer son rôle envers les 34 millions de citoyens qui représentent l’ensemble des assurés. Les derniers chiffres révèlent que l’organisme souffre d’un déficit de 561 millions de L.E. Ce déficit a eu un impact négatif sur la qualité des services de santé, selon Ahmad Abdel-Hadi, membre de la commission de la santé au Parlement. « Avec le déficit actuel, il est impossible d’accroître le nombre d’adhérents et de fournir en même temps un service médical de qualité. Déjà, en ce qui concerne les 34 millions d'assurés, l’Etat est incapable de leur présenter un bon service. Comment pourra-t–il le faire avec les 75 millions ? », se demande-t-il.

Samir Diyaï, responsable à l’Organisme des assurances médicales, explique qu'il s'agit d’augmenter les cotisations qui passeraient de 1,5 % à 4 % du salaire. Conséquence : une augmentation dans les recettes de l’organisme de 1 à 3 milliards de L.E. « Le fossé qui existait entre les recettes et les dépenses est l’une des causes qui ont agi négativement sur la qualité des services présentés et entravé l’adhésion de nouveaux assurés. La hausse des cotisations est nécessaire car l’organisme est contraint de couvrir aujourd’hui beaucoup de services qui n’étaient pas disponibles en 1960, date de sa création, comme les greffes d’organes, qui sont très coûteuses », analyse Diyaï. Pour mener à bien ce plan, le gouvernement entend imposer des taxes sur les entreprises polluantes comme les fabricants de cigarettes pour accroître les dépenses de santé.

La deuxième mesure consistera à faire payer aux assurés une partie des médicaments. Selon ce système, l’assuré va payer le tiers du prix des médicaments et l’Etat assumera le reste, comme c’est le cas dans plusieurs pays européens. C’est que les médicaments font obstacle à l’augmentation du nombre des assurés. « Les prix des médicaments sont très élevés, ce qui a fait augmenter le déficit de l’organisme. Un déficit qui a fait qu’un grand nombre de pharmacies et de compagnies pharmaceutiques ont refusé de collaborer avec l’organisme criblé de dettes », ajoute Diyaï.

En troisième lieu, il est question de permettre au secteur privé d’investir dans le domaine des assurances médicales. Il s’agit d’un système complémentaire de celui de l’assurance médicale gouvernementale. Selon Mohamad Abdel-Hadi, de l’Organisme des assurances médicales, le principe est simple : des sociétés privées prendront en charge les frais médicaux des citoyens moyennant une cotisation mensuelle déterminée. « Ce système a été déjà appliqué avec succès dans plusieurs pays », précise Abdel-Hadi. Conformément à ce système, toute société désirant s’introduire sur ce marché doit disposer d’un capital d’au moins 5 millions de L.E. En outre, chacune de ces sociétés doit fournir une liste indiquant les montants des cotisations et qui doit être approuvée par le ministère de la Santé.

Toutefois, certains émettent des réserves sur ce plan. Selon Ahmad Békir, membre de la commission de la santé au parti du néo-Wafd, ce plan entre dans le cadre de la propagande électorale faite par le gouvernement pour embellir l’image du Parti National Démocrate (PND). « On entend parler de ce plan depuis la fin des années 1990 avec les mêmes déclarations qui apparaissent chaque fois selon lesquelles le gouvernement veut gagner l’opinion publique. Mais jusqu’à présent, rien n’a été réalisé », lâche Békir. Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement, renchérit : « Ce plan est constitué de déclarations brillantes, mais ne touche pas le fond du problème. Au moment où l’Etat déclare qu’il tient à étendre le système des assurances médicales à toute la population, il veut y associer le secteur privé dans une tentative visant à se débarrasser du lourd fardeau que représente pour lui ce secteur. Or, la santé est un des secteurs importants qui doivent être gérés par l’Etat ».

Yousri Achour, député indépendant, va encore plus loin. Selon lui, le gouvernement a commencé, il y a un certain temps, à l’approche des élections présidentielles, à sortir des tiroirs tous les projets à objectifs sociaux et qui touchent des secteurs importants. « Mais sans entrer dans les détails. Le simple citoyen n’est pas au courant que le nouveau système d’assurance médicale ne fera qu’augmenter les charges sociales qu’il devra assumer. Puisqu’il sera obligé de payer plus de cotisations et qu’une part de la charge sera laissée au secteur privé », conclut Achour, en ajoutant qu’en temps d'élections présidentielles, on doit s'attendre à toutes sortes de déclarations auxquelles il ne faut surtout pas croire.

Mirande Youssef

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Trois questions à
Abdel-Ghaffar, vice-président de l’Organisme de l’assurance médicale.

Al-Ahram Hebdo : Pour certains, la réforme annoncée entre dans le cadre de la propagande électorale en faveur du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

Yéhia Abdel-Ghaffar : Ces arguments ne sont pas fondés. Le gouvernement ne pouvait pas faire de telles déclarations sans prendre effectivement les mesures nécessaires. Or, l’organisme étudie le plan de réforme du système d’assurance médicale depuis 1998. Il en a fait un projet de loi qui aurait dû être discuté au Parlement durant la dernière session parlementaire, mais il a été soumis à une étude plus détaillée. Il faut comprendre que les lois en vigueur remontent aux années 1970 et sont aujourd’hui en décalage avec la société. Les cotisations versées par les assurés ne conviennent plus à l’augmentation des médicaments et des services médicaux. Est-il normal que l’assuré ne verse que 1,5 % de son salaire pour l’assurance médicale alors que le prix d’un appareil de dialyse par exemple s’élève à 4 millions de L.E. ? N’oublions pas que les salaires ont augmenté de 100 % par rapport aux années 1970, cela au moment où les cotisations sont restées les mêmes.

— Mais on accuse ce système de pénaliser encore davantage les couches défavorisées ...

— Selon le nouveau système, le patient devra payer le tiers du prix des médicaments et des frais médicaux en cas d’hospitalisation. Ce qui est minime par rapport à ce qu’assume l’Etat. On est bien obligé de réaliser un certain équilibre entre les revenus et les dépenses de l’organisme. Et pour réaliser un système équitable, on pense fixer la participation des assurés selon les salaires. L’employé dont le salaire est élevé pourrait assumer un taux plus élevé que celui assumé par un petit employé.

— Le gouvernement est accusé de vouloir introduire le secteur privé dans le domaine des assurances médicales. Est-ce un pas vers la disparition de l’assurance médicale gouvernementale ?

— Ce n’est pas vrai non plus. Le secteur de la santé est un des secteurs très sensibles qui doit rester sous la direction de l’Etat, comme d’autres activités importantes telles que l’enseignement. Permettre au secteur privé d’investir dans le domaine des assurances médicales est un système complémentaire qui pourrait être efficace pour les personnes n’ayant pas d'emploi stable ou les personnes qui ne sont pas satisfaites des assurances médicales traditionnelles et qui désirent avoir accès à un service de meilleure qualité .

Propos recueillis par M. Y.
 

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