L’école
américaine internationale, l’école Misr internationale, l’école
britannique et canadienne. Ce sont les noms d’écoles internationales
qui ont commencé à se propager en Egypte ces dernières années.
Leur nombre a atteint actuellement 70, alors qu’au début des
années 1990, il ne dépassait pas les 10. Ces écoles internationales,
classées cinq étoiles, ont été à l’origine fondées pour servir
les étrangers qui vivent en Egypte et qui veulent enseigner
à leurs enfants les programmes de leur pays. Mais vers la fin
des années 1980, avec le changement social dû à la libéralisation
de l’économie et l’apparition d’une catégorie d’hommes d’affaires
riches qui veulent assurer un bon niveau d’enseignement à leurs
enfants, ces écoles ont commencé à prendre plus d’ampleur. Conséquence
: 95 % des étudiants de ces écoles sont aujourd’hui des Egyptiens.
Les
frais d’inscription de ces établissements sont réglés en dollars
et varient entre 1 500 et 5 000 dollars (entre 10 000 et 30
000 L.E.). Ils permettent de découvrir les vertus du système
pédagogique occidental. Celui-ci pousse les étudiants à avoir
un esprit critique et à formuler un avis à travers une logique.
« Ces écoles sont influencées par la culture étrangère, l’apprentissage
ne se fait pas à travers la mémorisation. On essaie à travers
les programmes et les différentes activités de développer un
esprit d’analyse et de donner une marge de liberté à discuter
de thèmes divers », explique Héba Morsi, professeure à l’école
internationale de Choweifat. Ce facteur a largement contribué
à asseoir la réputation de ces écoles et à attirer les familles
qui ont les moyens. Ils évitent ainsi le système éducatif déficient,
surtout celui du bac égyptien, avec ses inévitables cours particuliers.
Selon
Mohamad Abdel-Hamid, membre de la commission de l’éducation
au Parlement, l’engouement des parents d’inscrire leurs enfants
dans ces écoles montre une certaine défaillance dans le système
éducatif actuel. « Il y a déjà en Egypte des écoles privées
qui dépendent du ministère de l’Education et qui offrent un
niveau acceptable d’enseignement. Mais le problème réside dans
le système éducatif lui-même qui ne tente pas de développer
un esprit d’analyse chez les élèves. La méthode d’enseignement
est insipide, aucune opportunité d’exprimer les avis des étudiants
n’est laissée », explique-t-il.
Bien
que l’Egypte dépense 33 milliards de L.E. dans ce secteur, les
élèves acquièrent 60 % de leurs connaissances hors de l’enceinte
de l’école, selon une étude menée par le ministère de l’Education.
« Dans le système éducatif égyptien, le professeur doit faire
une course contre la montre pour transmettre le maximum d’informations
en un temps record de 45 minutes afin de terminer avant la fin
de l’année son programme souvent bien chargé », explique Mohamad
Gamaleddine, expert en programmes scolaires auprès du ministère
de l’Education. Il ajoute que dans les écoles internationales,
il y a des cours spécialisés pour la rédaction pour que les
étudiants puissent exercer bien les langues étrangères, d’une
part, et développer leur propre style, d’autre part. Cependant,
la situation dans nos écoles est complètement différente. «
Avant les examens de fin d’année, le professeur distribue plusieurs
sujets de rédaction à apprendre par cœur pour que les élèves
puissent obtenir de bonnes notes. Au lieu de laisser l’élève
développer son propre style et donner libre cours à son imagination,
il est obligé de reprendre les formules d’une recette qui lui
assurera sa réussite. C’est une politique visant à effacer la
personnalité de l’étudiant en lui imposant des idées bien définies
qu’il doit suivre », ajoute Gamaleddine. Mariam Nabil, étudiante
en deuxième secondaire dans une école privée, renchérit : «
On a reçu un enseignement qui ne nous permet pas de donner un
avis sur un sujet quelconque. En classe, c’est le professeur
qui parle seulement. Et lorsqu’une question est posée à l’examen
nous invitant à porter notre propre jugement, on est incapable
de le faire, car on ne s’est pas habitué à faire des commentaires
».
Outre
la liberté d’expression, les élèves des écoles internationales
peuvent facilement exercer des activités sportives ou des loisirs
pendant l’année scolaire. Une chance qui n’est pas accordée
aux élèves des écoles égyptiennes, qui sont surchargés par les
programmes et les devoirs. Les enfants sont noyés par les devoirs,
ils doivent se consacrer entièrement à leurs études. A l’encontre
des écoles internationales « où il y a des notes sur les activités
sportives ou artistiques. A la fin de chaque année scolaire,
on demande aux étudiants de présenter un projet dans n’importe
quel domaine. Par exemple, un étudiant du cycle préparatoire
a essayé de créer un avion », assure Sylvia Antoine, professeur
à l’école internationale de l’Oasis.
Selon
les pédagogues, ces écoles ont mis le ministère de l’Education
dans une crise du fait que la comparaison faite entre les deux
systèmes éducatifs n’est pas en faveur du système éducatif égyptien.
Du côté du ministère, on affirme que la comparaison est injuste,
car ces écoles possèdent de grandes capacités financières puisque
les frais d’inscription sont très élevés. « Or, ce n’est pas
possible pour le ministère, qui souffre de manque de moyens
financiers par rapport au nombre d’écoles, pour pouvoir offrir
le même niveau d’enseignement. Il faut que la densité de la
classe ne dépasse pas 25 élèves, alors que nos écoles souffrent
d’un sureffectif énorme », lâche Sami Khodeir, du ministère
de l’Education. Il nous reste donc beaucoup à faire pour que
la comparaison soit en faveur des écoles égyptiennes. Un rêve
difficile à atteindre .
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