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Ciment . Le marché est secoué par une flambée des prix. Au-delà de la hausse saisonnière, les producteurs accusés de former un cartel sont montrés du doigt.
Les plus forts dictent les règles

Comment expliquer la hausse continue du prix du ciment, alors que le marché en est inondé ? De plusieurs manières. D’abord, les travaux de construction battent leur plein pendant l’été. « C’est la saison de l’augmentation des prix du ciment, pas seulement en Egypte, mais dans le monde entier. Pendant cette saison, le secteur du bâtiment est en pleine activité », souligne Mohamad Abdel-Aal, commerçant en ciment. Ensuite, comme le note Aymane Abdel-Hakim, entrepreneur, les prix à la baisse du fer à béton ont encouragé les travaux de construction, et ont ainsi accru la demande sur les autres matériaux de construction, dont le ciment : « La hausse des prix de 20 % au cours des deux derniers mois a commencé lorsque le prix du fer à béton a baissé. Le prix de la tonne de ciment est passé de 260-265 L.E., à 330-340 L.E. », explique-t-il. Un troisième aspect expliquant la hausse des prix est celui de la structure même du marché du ciment, composé de 12 sociétés. Lesquelles sont désormais majoritairement propriétés de cimenteries multinationales (française, portugaise, mexicaine et italienne). Après une courte guerre des prix, ces dernières se sont entendues pour se partager le marché. Ainsi, et selon un accord conclu en mars 2003, chacune possède une part définie du marché, basée sur sa capacité de production. Dès lors, elles peuvent augmenter les prix à leur guise (voir graphique). « C’est le comportement typique d’un cartel », s’indigne Abdel-Hakim. « C’est le même phénomène qui a eu lieu dans le secteur du fer et d’acier, monopolisé par une entreprise privée », ajoute-t-il.

Pour les analystes du marché, cette hausse du prix du ciment était dans un premier temps justifiée. « Avant 2003, le prix était trop bas en raison de la guerre des prix déclenchée entre les différents producteurs et les tentatives de chaque société d’accroître ses parts de marché », souligne Ahmad Gad de la maison de courtage EFG Hermes. De même, il explique qu’il fallait augmenter les prix pour compenser la dévaluation de la livre égyptienne. Or, cette hausse n’a pas satisfait les producteurs qui ont ensuite tenu à ce que le prix du ciment destiné au marché local soit lié à celui qui est exporté. Cela s’est produit à un moment de très forte demande dans les pays de la région. « Le prix du ciment exporté a donc augmenté, entraînant le prix de celui destiné au marché national », indique Gad. Aujourd’hui, les deux prix sont devenus presque identiques.

En septembre 2004, le gouvernement a certes tenté de réagir à cette hausse des prix en annulant les taxes douanières sur le ciment importé, afin de le rendre moins cher. Mais cette décision a été infructueuse puisque les prix des pays voisins sont beaucoup plus élevés et que tous sont en pénurie de ciment et n’ont donc pas la capacité d’exporter.


Le ciment égyptien reste le moins cher

Dans l’autre camp, un responsable de Cemex, qui détient 14,1 % du marché égyptien, se défend : « Si le marché trouve que ces prix sont élevés alors pourquoi la demande augmente-t-elle ? ». Le responsable qui a requis l’anonymat, ajoute que « le prix du ciment dans le monde est en général trop cher. Le ciment égyptien, malgré toutes ces accusations, reste le moins cher ». Quant au directeur exécutif de Ciment Suez, il est resté injoignable malgré les multiples tentatives d’obtenir un éclaircissement sur la question.

Il semble ainsi que le phénomène de la hausse des prix ne soit pas prêt de s’atténuer. « Même avec la mise en œuvre de la loi sur le monopole, ce problème ne pourrait pas être réglé puisque l’Organisme anti-monopole n’intervient que si une seule entreprise détient 60 % du marché », regrette Gad.

Toutefois, pour apaiser le marché, le ministre du Commerce extérieur et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, a dû déclarer qu’il prévoyait le fléchissement des prix du ciment en Egypte, dans quelques années. « Ils seront réduits de moitié, car 27 usines de production sont en cours de construction dans la région du Golfe persique. Quand elles seront opérationnelles, la concurrence sera acharnée, ce qui se répercutera sur les prix ». Il ne reste plus qu’à patienter.

Ibtessam Zayed

 

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