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Burundi. L’élection à la présidence de l’ex-chef rebelle hutu Pierre Nkurunziza a marqué officiellement la fin de la transition politique entamée en 2001 pour mettre fin aux conflits entre Hutus et Tutsis.

Le début d’une nouvelle ère

Le Parlement du Burundi a élu vendredi comme chef de l’Etat l’ex-leader rebelle de l’ethnie majoritaire hutue, Pierre Nkurunziza, seul candidat en lice pour ce premier scrutin présidentiel depuis le début de la guerre civile en 1993 dans ce petit pays d’Afrique centrale. Nkurunziza, 40 ans, a recueilli 94 % des suffrages exprimés, dès le premier tour. Il devait obtenir au moins les deux tiers des voix (66 %). Cette élection, qui a duré une heure, a été une pure formalité car il était le seul candidat. Le parti de Nkurunziza, le Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), détenant la majorité absolue au Sénat et à l’Assemblée nationale, les autres formations ont préféré ne pas présenter de candidat. Nkurunziza doit prêter serment le 26 août, avec son gouvernement qu’il aura d’ici là formé. Cette date marquera la fin officielle de la transition politique entamée en 2001, conformément à l’accord de paix d’Arusha, signé en 2000.

Nkurunziza, élu pour un mandat de cinq ans, est donc le premier président de l’après-transition, et le deuxième chef d’Etat élu de l’histoire contemporaine du Burundi.

Le premier président élu, le Hutu Melchior Ndadaye, avait été assassiné en octobre 1993, quatre mois après son élection au suffrage universel direct. Cet assassinat, perpétré lors d’une tentative de coup d’Etat de l’armée, dominée alors par la minorité tutsie, avait déclenché la guerre civile, dont le pays tente actuellement de sortir. Le conflit, qui a fait plus de 300 000 morts, oppose les rebelles hutus à l’armée. A ce jour, six des sept mouvements rebelles ont déposé les armes. « Je suis très fière de voir le processus électoral aboutir », a déclaré la chef de l’Opération de l’Onu au Burundi (Onub), Carolyn McAskie.

En effet, la présidentielle de vendredi met un terme au marathon électoral commencé en juin, si l’on exclut l’élection, sans grand enjeu le 23 septembre, des conseillers de collines (échelon administratif de base). Le CNDD-FDD, qui se présentait pour la première fois à des élections, a tout raflé : la présidentielle, la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, et chez les maires. Le CNDD-FDD, issu de l’ex-principale rébellion FDD, a réussi à s’imposer avec un discours rassembleur, de paix et de changement. Sa principale revendication, à savoir l’intégration de la majorité hutue dans l’armée et les institutions politiques, est devenue une réalité. Depuis quelques mois, l’armée est composée à parité de Tutsis et de Hutus. Et la Constitution, adoptée par référendum en février, répartit de façon plus équitable le pouvoir entre les deux principales ethnies, alors que la minorité tutsie (14 %) a contrôlé de façon quasi ininterrompue le pouvoir depuis l’indépendance en 1962. « Le vote est l’expression d’une union sacrée de tous les Burundais, au-delà de leurs différences, afin que le Burundi atteigne la stabilité, la paix », s’est réjoui Jean-Baptiste Manwangari, le président du principal parti tutsi, l’Union pour le progrès national (Uprona), qui avait appelé à voter Nkurunziza. A l’issue du vote, le nouveau président a promis « réconciliation, sécurité et reconstruction », et a appelé les Burundais à changer de mentalité « pour créer un Etat de droit où il n’y aura plus d’exclusion basée sur l’ethnie ». Le nouveau président a une liste de défis qu’il doit affronter. En tête vient la restauration de la paix dans l’ensemble du pays. Une dernière rébellion, hutue, est toujours active. Les Forces Nationales de Libération (FNL), jusqu’ici basées dans la seule province du Bujumbura rural, étendent leur champ d’action dans 9 des 17 provinces du pays. Cette semaine, Nkurunziza a estimé que « l’heure n’est plus à la guerre », mais celle-ci dure encore. Autre défi : assurer une cohabitation pacifique entre les deux principales ethnies du Burundi. Nkurunziza va entamer son mandat avec un avantage sérieux : la minorité tutsie, qui a contrôlé le pouvoir de façon quasi continue depuis 1962, ne se sent pas menacée par son arrivée aux affaires. Le président de l’Uprona, Jean-Baptiste Manwangari, voit dans la nouvelle Constitution du Burundi, adoptée en février, qui établit des quotas pour les deux principales ethnies dans les institutions une bonne assurance pour l’avenir.

Enfin, le CNDD-FDD aura la lourde tâche de relancer l’économie, ruinée. Nkurunziza a fait des études de sport, ne semble pas avoir une grande culture politique et n’a qu’une courte expérience des affaires publiques. Depuis novembre 2003, le nouveau président du Burundi était ministre d’Etat, chargé de la Bonne gouvernance et de l’Inspection générale de l’Etat. « Tout repose maintenant sur les épaules de Nkurunziza et du CNDD-FDD. Leur mandat va déterminer ce que sera le Burundi, un havre de paix ou un enfer pour sa population », conclut le président de l’Uprona .

Maha Salem
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