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«
Faire partir le président Gbagbo par tous les moyens ». Après
cinq accords de paix restés lettre morte, tel est désormais
l’objectif affiché de l’ancien chef d’état-major des forces
loyalistes ivoiriennes, le général Mathias Doué, après huit
mois de silence. C’est dans une interview accordée vendredi
dernier à Radio France Internationale (RFI) que l’officier supérieur,
limogé en novembre 2004, a promis son prochain retour en Côte-d’Ivoire,
se déclarant sûr de lui : « Cela ne se fera pas sans dégâts
», et seul le départ de l’actuel chef de l’Etat permettrait
de faire « l’économie d’une guerre civile », a prévenu le général
Doué, s’adressant à la communauté internationale, et qui n’a
pas révélé le lieu depuis lequel il s’exprimait.
Du côté du pouvoir,
on se contente de minimiser l’impact d’une telle déclaration,
la qualifiant de « non événement ». « C’est un double jeu de
ce général de division au profit des déstabilisateurs du régime
», a ainsi dénoncé samedi le conseiller spécial du chef de l’Etat
pour les affaires de la Défense, Bertin Kadet. Il a également
stigmatisé le rôle d’un premier officier dissident, auquel le
général Doué a apporté son soutien, le lieutenant-colonel Jules
Yao Yao, ancien porte-parole des forces loyalistes. Entré en
juillet dans la clandestinité, M. Yao Yao avait dénoncé le rôle
des escadrons de la mort, accusant nommément des proches de
M. Gbagbo. M. Yao Yao a affirmé que de nombreux militaires ivoiriens
sont « associés à ce combat » et « prêts à en découdre » avec
le régime. « Les interventions de MM. Doué et Yao Yao sont des
cas flagrants de sabotage du processus de paix » et « des appels
à la guerre civile », a accusé M. Kadet, qui en a appelé « à
l’Onu » et dénoncé, sans les nommer, leurs « commanditaires
».
La rébellion des
Forces Nouvelles (FN, qui contrôlent la partie nord du pays)
a indiqué pour sa part « suivre de près » la situation à Abidjan
et avoir pris des « dispositions sécuritaires » dans ses territoires.
« Les militaires ont apparemment décidé de passer à l’action
pour chasser le problème Gbagbo », selon les FN, pour qui «
le pouvoir est vraiment menacé dans son propre espace ».
Coup de bluff,
tentative de se placer comme un possible recours, ou première
étape d’une véritable stratégie d’un coup de force, l’appel
surprise de Mathias Doué a fait monter encore un peu plus la
tension dans le pays. Ceci alors que le processus de paix est
dans une impasse et que le président sud-africain Thabo Mbeki,
médiateur dans la crise ivoirienne mandaté en novembre 2004
par l’Union Africaine (UA), tente de relancer la mise en œuvre
de l’accord de Pretoria II censé aboutir à l’organisation d’un
scrutin présidentiel le 30 octobre prochain.
Dans ce cadre,
Thabo Mbeki s’est entretenu samedi à Pretoria avec une délégation
des FN, conduite par leur chef Guillaume Soro, qui a qualifié
les échanges d’« intéressants, sérieux et fructueux ». Ce nouvel
entretien est intervenu alors que la rébellion a sévèrement
critiqué la médiation sud-africaine, mettant en cause son impartialité.
« Le président Thabo Mbeki a prêté une oreille attentive aux
questions que nous avons évoquées et nous avons le sentiment
que nous avons été entendus », a ajouté le chef des FN à l’issue
de plus de cinq heures de discussions, dont près de deux en
tête-à-tête.
La visite de Soro
a fait suite à une autre visite jeudi à Bouaké (centre) d’une
délégation de la médiation, venue faire part aux FN de « la
préoccupation de M. Mbeki » sur les accusations de ce mouvement.
« Partialité, discrédit, expansionnisme économique, copinage
avec le régime » du président Laurent Gbagbo, les rebelles ont
multiplié ces derniers jours les critiques contre M. Mbeki,
qui se sont précipitées avec l’arbitrage du médiateur en faveur
du président Gbagbo sur les lois contestées adoptées le 15 juillet
par le chef de l’Etat ivoirien.
L’opposition et
la rébellion contestaient plusieurs de ces textes, portant notamment
sur le processus électoral et l’identification, et en demandaient
la révision. Le président Mbeki les a jugés conformes aux accords
de paix inter-ivoiriens. « Le président Thabo Mbeki a compris
la nécessité qu’il n’y ait pas d’interprétation des lois, surtout
que nous sommes dans une période sensible et que nous allons
vers des élections générales », a déclaré samedi le chef des
FN, en référence au scrutin présidentiel prévu le 30 octobre,
qui doit être suivi de législatives et municipales. Interrogé
au sujet de l’ancien chef d’état-major des forces loyalistes
qui s’est dit prêt à obtenir « par tous les moyens » le départ
de Laurent Gbagbo, le chef des FN s’est dit « heureux que le
général Mathias Doué ait pris ses responsabilités. Il y va de
l’intérêt de notre pays (...) pour qu’il y ait des élections
démocratiques, transparentes et ouvertes à tous, il faut que
le principal obstacle, d’abord à la paix et ensuite à la réconciliation,
qu’est Laurent Gbagbo, soit écarté » .
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