Dans sa première
épreuve intérieure depuis sa prise de fonctions le 3 août, le
président iranien ultra-conservateur, Mahmoud Ahmadinejad, s’est
livré, dimanche matin, à une sévère diatribe contre les pays
occidentaux devant les 290 députés du Parlement réunis pour
voter la confiance à son gouvernement. « Ces pays se montrent
agressifs à notre égard », a-t-il lancé au moment où les activités
nucléaires soumettent la République islamique à une forte pression
occidentale. Sans évoquer explicitement la querelle nucléaire,
qui suscite de vives tensions avec les Etats-Unis et l’Europe,
M. Ahmadinejad a vilipendé les pays qui « ne sont pas prêts
à reconnaître nos droits légitimes et entendent s’ingérer dans
nos affaires par leurs accusations sans fondement et sous différents
prétextes comme les droits de l’homme ». Et d’ajouter : « Quelle
sorte d’équilibre est-ce là ? C’est l’injustice, c’est l’oppression,
et notre nation n’acceptera pas cela dans les relations internationales
». Ces propos, qui confirment le récent durcissement de ton
du régime, ne semblent rien augurer de bon a priori pour les
difficiles négociations avec l’Union Européenne (UE), qui tente
d’obtenir les garanties que l’Iran ne fabrique pas l’arme nucléaire.
Prenant la position
du nouveau président, le guide suprême iranien, l’ayatollah
Ali Khamenei, a proclamé, vendredi, que la République islamique
d’Iran est aussi « solide qu’une montagne » et peut facilement
supporter la pression de la communauté internationale qui la
pousse à abandonner ses activités nucléaires sensibles, et ce,
lors d’un sermon à l’Université de Téhéran, où des milliers
de fidèles criaient autour de lui : « Mort à l’Amérique ! »,
« Mort à Israël ! », « Mort à la Grande-Bretagne ! ». L’ayatollah
a également accusé l’Occident d’essayer d’« intimider » la République
islamique pour qu’elle abandonne ses activités nucléaires sensibles.
« Nous ne sommes pas au XIXe siècle et l’Iran n’est pas gouverné
par un régime de laquais. Aujourd’hui, la nation iranienne et
ses responsables se sentent aussi solides qu’une montagne et
nous n’avons peur de personne », a affirmé le guide, ajoutant
: « Nous avons la capacité de nous défendre ».
Durcissant de plus
en plus le ton, la République islamique a annoncé, samedi, avoir
fait des progrès dans ses activités nucléaires pendant la période
de suspension — levée ce mois-ci — de l’enrichissement d’uranium.
Longtemps chef
du programme nucléaire iranien, Hassan Rohani a indiqué, de
sa part, que l’Iran n’avait pas perdu son temps depuis la suspension
des activités d’enrichissement fin 2003, puis celle de conversion
en novembre 2004 dans le cadre de négociations avec l’UE.
« En apparence,
nous avons accepté la suspension de nos activités (depuis novembre
2003), mais en réalité, durant cette période nous avons corrigé
de nombreux défauts dans notre travail », a-t-il déclaré. De
sa part, l’ultra-conservateur Ali Larijani, à qui était confié
la semaine dernière le dossier nucléaire, a affirmé la détermination
de son pays à mener à bien son programme d’enrichissement d’uranium,
ajoutant que son pays ne reviendra jamais sur le redémarrage
de la conversion d’uranium. Connu par son intransigeance vis-à-vis
de l’Occident, M. Larijani a critiqué sévèrement les Européens
pour leur « attitude injustifiable à l’égard de son pays ».
De peur de se trouver
isolé comme un « pays dangereux » sur la scène internationale,
Téhéran a tenu à laisser la porte des négociations « entrouverte
» avec le club européen. Malgré sa dureté, M. Larijani a affirmé,
cette semaine, que son pays voudrait bien continuer les négociations
avec l’Occident : « Négocier est la bonne méthode. On peut par
la négociation arriver à une solution où les deux parties seraient
gagnantes ». Parallèlement, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré, samedi,
que les négociations entre l’Iran et l’UE visant à résoudre
le différend sur la politique nucléaire de Téhéran « ne sont
pas dans l’impasse ». Plus tôt dans la journée, le porte-parole
du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi,
a affirmé que l’Iran est prêt à examiner de nouvelles propositions
européennes de coopération pour résoudre la querelle nucléaire,
mais sans retourner à une suspension totale de ses activités
ultrasensibles : « Il est naturel que s’ils modifient leurs
propositions, et que les nouvelles propositions reconnaissent
les droits de la République islamique, nous les examinerons
», a dit M. Assefi, ajoutant : « Bien sûr, nous sommes prêts
à négocier, mais sans conditions. Nous ne reviendrons pas sur
le redémarrage de l’usine de conversion d’Ispahan, mais nous
sommes prêts à négocier sur Natanz et d’autres questions »,
a-t-il dit.
L’Iran a rejeté
des propositions de coopération nucléaire, commerciale et politique
soumises par l’UE3 (Allemagne, France, Grande-Bretagne), le
5 août, pour obtenir la garantie que la République islamique
ne fabrique pas l’arme nucléaire. Puis l’Iran a bravé la réprobation
occidentale, le 8 août, en relançant son usine de conversion
d’Ispahan. |