Chômage,
prison, amour avorté, corruption, clichés … Des
problèmes passés rapidement en revue à travers la
pièce Min gheir kalam (Sans mot dire). « C’est un
panorama rapide nous permettant d’attaquer le thème
de l’oppression en profondeur : chez l’enfant, le
jeune et l’adulte. En famille, au travail, partout.
Jusqu’où cette frustration peut-elle nous mener
? A la peur ? A la déception, à l’isolement ? A
la passivité, à l’indifférence ? Ou bien, à la révolte
et au rejet ? ». Les interrogations de l’écrivaine
Fathiya Al-Assal et du metteur en scène Mohsen Helmi
pleuvent dans tous les sens. On assiste alors à
l’histoire de Azza (interprétée d’ailleurs par la
chanteuse Azza Balbaa) poussée par son père à épouser
un inconnu. Elle abandonne son bien-aimé et devient
femme soumise aux désirs de cet inconnu. Plus tard,
elle élève ses enfants, fait le ménage, sans jamais
protester. De plein gré, elle choisit de ne plus
parler. Les problèmes dont elle souffre se dévoilent
progressivement à travers les membres de la famille
: le mari, la fille, le fils, etc. Fathiya Al-Assal
cerne les préjugés ancestraux concernant la condition
de la femme, notamment au sein d’une famille conservatrice
et à l’ombre d’une société patriarcale. Elle donne
alors un exemple réel et concret du prototype de
la femme égyptienne. Du coup, le public semble familier
avec les protagonistes. Par ailleurs, on ressent
une grande familiarité avec la mise en scène de
Mohsen Helmi. Lui aussi cherche à se rapprocher
du public, misant sur la disposition originale de
la salle et le placement des spectateurs. Ainsi,
lorsqu’il est question d’une longue scène, le public
— assis sur des sièges mobiles — est obligé de se
tourner à droite et à gauche, pour suivre le spectacle
des yeux. Sur les bords, sont accrochées des caricatures
de Saïd Al-Faramawi, critiquant la vie quotidienne,
le mariage, la mondialisation, la drogue, le chômage,
etc. Et le spectacle baigne dans la caricature qui
sert d’arrière-plan. L’humour noir règne sur scène.
Le jeu des acteurs est basé sur l’exagération comique
et sur l’insertion de quelques effets humoristiques.
La scène de la nuit de noces est ridicule : le mari
obéit aveuglement aux ordres que lui dicte la photo
de son père. Ce dernier semble encore plus inexpérimenté
que le mari, empruntant un air sévère et cruel.
Il se vante de sa virilité sur scène de manière
bestiale. Autre scène hilarante, la fille d’Azza
joue la carte de la coquetterie et sort le grand
jeu de
la séduction pour se faire embaucher
dans une grande société. Mais elle se retrouve face
à un patron aveugle. Les rires se déchaînent et
la pièce ressemble à un assemblage de sketchs comiques.
Les chansons écrites par Saïd Al-Faramawi, interprétées
par Azza Balbaa et mises en musique par Emad Al-Rachidi,
servent de charnières liant les diverses scènes.
Azza déclare son opinion, son refus à travers ses
chansons. Les rythmes des tambourins qui accompagnent
les scènes de ménage, sont répétitifs tout comme
ses tâches ménagères. C’est la monotonie de la routine.
Toujours pour exprimer la répétitivité,
le metteur en scène a voulu que les acteurs interprètent
plusieurs personnages à tour de rôle. Toutes victimes
de la même oppression. Ainsi, le père du mari est
lui-même l’islamiste qui vise à embrigader les jeunes
ou le vieil homme à la recherche d’une jeune épouse.
Bref, les personnages défilent l’un après l’autre
dressant comme un panorama de l’oppression quotidienne,
sans jamais proposer de solution. La fin s’impose
donc et un « Non » est lancé pour clore la pièce.