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Chanson
. Chaque été, des albums
piratés envahissent le marché. Un trafic hors de tout
contrôle. |
| Piratage
tous azimuts |
«
Avant les années 1990, le piratage concernait les cassettes
étrangères, vendues dans des magasins particuliers. Ces
magasins étaient donc aux prises avec la police de la
censure », souligne le compositeur Amr Ismaïl. Cependant,
ce phénomène s’est étendu largement aux albums des chanteurs
arabes, menaçant à la fois les sociétés de distribution
et de production. Il est très facile d’acquérir de n’importe
quel magasin de musique un CD cocktail, ou un best of.
Les jacquettes de ces CD portent des titres alléchants,
tels « Eté 2005 », « Mr x », « Variétés orientales »,
« Best of Amr Diab », etc., et sont à la disposition de
tous au prix de 15 L.E. environ. Or, ce prix peut flamber
jusqu’à atteindre 15 euros dans des endroits huppés tel
Charm Al-Cheikh, selon Sameh Morcos, producteur et distributeur
de cassettes. « Les cocktails de Charm Al-Cheikh sont,
en effet, regravés en Palestine, et sont écoulés à Charm
par les Palestiniens. Les œuvres de Amr Diab et Mohamad
Mounir connaissent le plus ce genre de piratage », explique
Morcos. Les vendeurs de cassettes des quartiers d’Héliopolis
et de Haram sont unanimes à affirmer : « La censure est
très active au Caire, mais son rôle se réduit à Alexandrie
pour devenir presque nul dans une ville comme Charm ».
Ihab Abdel-Réhim, un avocat spécialisé en la matière,
la justifie ainsi : « Le ministère de l’Intérieur comprend
25 policiers seulement spécialisés dans le domaine du
piratage, et le ministère de la Culture compte 20 inspecteurs
spécialisés, comment ceux-ci pourraient-ils couvrir toute
la République ? L’année dernière, au Caire, il y a eu
6 000 procès dressés par la police et 3 000 autres par
les inspecteurs. Un
nombre énorme effectivement pour la seule capitale. Quant
à Charm Al-Cheikh, il s’agit d’un cas très particulier.
Le nombre de procès-verbaux dressé dans cette ville est
très limité. La politique étant d’en donner une image
pacifique, conforme à l’ordre ». Certains vendeurs attribuent
l’essor de ce commerce à la hausse des prix des albums
et CD. « Aucun album ne comprend de bonnes chansons de
A à Z. Des 8 à 12 chansons enregistrées, on n’en dénombre
que deux qui font un véritable tabac. Un album de 15 L.E.
reviendra donc cher à un jeune consommateur. Dès lors,
il est plus rentable d’en acheter un, regroupant les hits
d’un même chanteur ou de plusieurs chanteurs », explique
un vendeur. Selon Amr Ismaïl, une raison implicite au
principe de cet essor réside dans le fait qu’aucune entreprise
en Egypte, ou au monde arabe, n’a l’esprit de compilation.
« Cette opération consiste à ce qu’un ensemble d’entreprises
regroupent leurs hits dans un même album pour partager
par la suite les dividendes. En Europe, où la propriété
intellectuelle est reconnue et bien protégée, des albums
tels Bravo Hits, Boudha Bar, Now that’s what is Call Music,
fonctionnent selon ce système préconisé ». Selon l’avocat
Ihab Abdel-Réhim, il y a plusieurs catégories de falsifications
: « Des albums d’un même chanteur, édités sous une jacquette
différente de celle de l’album original, sont vendus à
des prix très bas dans les lieux populaires ou en Haute-Egypte.
D’autres albums piratés, portant la jacquette initiale,
sont aussi vendus au même prix que les originaux. Cela
constitue une exploitation illégitime à l’insu du producteur.
Dans la plupart des cas, les éditeurs renoncent à leurs
droits ». En Egypte, il existe deux types d’albums cocktails,
selon les vendeurs : des albums mis en vente sous une
jacquette conçue par le vendeur lui-même ou n’importe
quelle personne qui sait employer des programmes comme
le « Photoshop ». D’autres albums sont réalisés sur commande
et dénués de jacquette en raison de l’empressement de
ceux qui les sollicitent. Dans tous les cas, le moyen
de faire un « CD cocktail », de l’aveu des vendeurs, n’est
ni une affaire difficile ni secrète. Il y a trois moyens
sûrs : l’ordinateur avec le CD Writer, l’Internet, et
les chaînes satellites qui assurent par le Digital Satellite
Broadcast (émission numérique) une bonne qualité de sons.
Bref, un marché illégal en pleine expansion. |
| Lamiaa
Al-Sadaty |
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