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La vie mondaine
Cinéma . Aujourd’hui, 30 novembre, court métrage sur le suicide qui a obtenu un prix au Festival de Locarno, vient d’être projeté au Centre de la créativité. Entretien avec son réalisateur Mahmoud Soliman.

« C’est intéressant de raconter ce qu’on voit
autour de soi »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi abordez-vous le sujet délicat du suicide ?

Mahmoud Soliman : Le film repose sur un personnage, Ali (Bassem Samra), qui tente de se suicider. Logiquement, il fallait élucider les motifs qui le poussent à cet acte. Or, il s’écarte d’une interprétation ténébreuse d’un personnage replié, désespéré pour une interprétation lumineuse d’un personnage charmant, ouvert à la vie, le sourire toujours aux lèvres. Il esquisse une vie de solitaire dans sa maison flottante sur le Nil. Puis au détour d’un plan, il se met sur les rails au devant d’un métro, ou cherche un toit d’où se jeter. Je n’ai pas voulu expliquer la psychologie du personnage. Ce qui est intéressant au cinéma, c’est qu’on se rapproche peu à peu des personnages comme dans la vie. D’un bout à l’autre, le film résiste au réalisme social et psychologique. Il est le cœur d’une époque. A l’officier qui empêche son suicide sur les rails, Ali dit qu’il est juste un diplômé. On comprend qu’il est chômeur, privé de liberté et de participation politique en l’absence de la démocratie. Le tout est suggéré sans être signalé explicitement.

— Ali n’est cependant pas indifférent à son entourage ...

— Dans le minibus le transportant d’un bout à l’autre de la ville, il note les limites économiques d’un jeune couple paumé, sans logement, écoute le passager barbu qui psalmodie, puis condamne vivement la guerre en Iraq. Il suit de même le délire à haute voix du chauffeur qui épie les gestes du jeune couple. Cependant, Ali ne bronche pas, ne sort pas de ses gonds.

— Que signifie la séquence où l’officier qui l’a soumis à un interrogatoire après l’échec de son suicide, lui demande à son tour de l’aider à se suicider ?

— Cela transcrit le manque d’ordre et de sécurité dans la société. Au sortir d’Ali du bateau qui devait l’emmener à son ultime voyage, je coupe et raccorde sur son passage sur un pont où il rencontre l’officier qui lui demande un sac en plastique pour se suicider. Chaque scène obéit à un principe d’inversion. Ali commence par l’intention de se suicider pour remonter ensuite aux problèmes quotidiens et sociaux de chacun. Dans cette inversion, le film trouve son moteur, sa recharge. J’abandonne le conflit social pour le transformer en conflit symbolique. Ali apparaît comme une tentation de fuir à tout prix, comme s’il était le double des personnages qu’il croise. Ils ne sont que les deux faces d’une même personne partagée entre le désir de rester et celui de quitter la vie. La deuxième partie du film nous montre tous dans le même bateau qu’emprunte Ali pour se suicider, souffrant de choses communes.

— Les mouvements de la caméra semblent caresser la ville, inspirant optimisme et non rejet de la vie. Pourquoi ce paradoxe ?

— La ville étend lentement ses quartiers et ses immeubles sous l’œil d’Ali, observateur d’une beauté qui part en lambeaux. La première partie du film obéit à la balade, une suite de plans-séquences des coins de la ville toujours cadrés et éclairés avec souplesse. A la fin de son périple, résonne chez Ali le désir de finir, la nécessité de sortir de la laideur qui couvre les quartiers en raison des constructions non harmonieuses, de l’isolement des grands bâtiments. Trouver la fin reste une quête douteuse.

— Cependant, la fin est heureuse ...

— A la fin de son périple, Ali trouve justement une limite, la mort appelée de ses vœux au début du film est abandonnée. Le film se termine par un échange. Ali concède le partage de son appartement au jeune couple sans logement, rencontré en route. C’est la symbolisation du désir de transformation du héros. Ainsi, il peut changer de vie, son appartement se métamorphose. Il ne démissionne pas totalement de la vie, se laisse happer par cette nouvelle vie de famille qui s’installe chez lui et donne naissance à un enfant qui porte son prénom. Cela donne une ampleur nouvelle à Ali, un espoir. Mais un trajet a bien eu lieu, qui n’était pas linéaire, mais évolutif, refusant les conventions narratives d’usage pour mieux suivre la progression de la pensée d’Ali.

— Vous n’en êtes pas à votre premier prix ...

— Outre deux prix nationaux, ce film vient de remporter le prix de la réalisation vidéo et du sous-titrage de la société Grehard Lehmann, associée au Festival de Locarno. Mon documentaire précédent Yaïchoune baynana (Ils Vivent parmi nous) sur la vie ardue d’une coutelière qui élève seule ses enfants a reçu également huit prix, dont le premier prix de l’Unicef du Festival de cinéma de Bilbao, en Espagne. Je m’enquiers des problèmes sociaux, de l’essentiel de la force vive d’un être qui rectifie sa trajectoire, transforme son déclin en victoire. C’est intéressant de raconter ce qu’on voit autour de soi.

Propos receuillis par
Amina Hassan

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