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Sur les présidentielles

Mohamed Sid-Ahmed

Tout le monde sait bien que c’est le président Moubarak qui remportera les prochaines présidentielles. On ne le dit pas ouvertement (la bataille électorale que l’on veut plus ou moins enflammée l’oblige), mais on le perçoit profondément. Face à cette situation, il était normal que les stratégies des partis en concurrence se multiplient et se contredisent.

En tête de ces stratégies, il y a celle qui appelle au boycott des urnes et celle qui invite à la participation. Le parti du Rassemblement progressiste unioniste (RPU) — après des débats houleux — a adopté la première alors que le parti Wafd a opté pour la seconde. Mais on ne peut quand même s’empêcher de poser cette question élémentaire : puisqu’on sait tous que le président Moubarak sera le vainqueur, pourquoi donc toute cette effervescence ?

En effet, il était inévitable qu’un processus électoral quelconque se déroule en ce moment en Egypte, à l’heure où le pluralisme se manifeste sous différents aspects. Il y a le multipartisme : de nombreux partis politiques se trouvent sur la scène (le Parti nassérien, le Rassemblement, le Wafd, etc.). Il y a une diversité idéologique (les courants religieux, nassérien, libéral, social, etc.). Même au niveau des cadres, il y a des conditions plurielles : certains partis fonctionnent dans un cadre légitime et d’autres dans un cadre illégitime (les Frères musulmans et les communistes).

S’ajoute à ceci le rôle de la communauté internationale qui accorde un grand intérêt aux élections égyptiennes à cause de la gravité de la situation au Proche-Orient d’abord, ensuite en raison de l’ampleur inquiétante du terrorisme. Pour ce qui est des partis égyptiens de l’opposition, la véritable identité de certains d’entre eux, comme Al-Ghad, est pleine d’équivoques. La secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice, avait refusé de se rendre en Egypte tant qu’Aymane Nour, le président du parti, était en prison. Al-Ghad est-il solidaire des Etats-Unis comme l’ont été les Etats-Unis avec lui ? Et quelle est la position de ce parti vis-à-vis de la confrérie des Frères musulmans ? Nour a rendu visite à Mahdi Akef, le guide de la confrérie. A l’issue de la rencontre, les deux hommes ont déclaré qu’ils étaient d’accord sur de nombreux sujets, dont l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’abrogation de la loi sur l’état d’urgence, la mise en liberté des prisonniers politiques et la révision de la Constitution.


La carte du boycott

Il ne faut pas discréditer la carte du boycott. D’aucuns pourraient y voir un signe de faiblesse et d’impuissance. Alors qu’en s’abstenant de saisir l’occasion qui s’était présentée pour s’engager dans la bataille électorale, ceux qui ont décidé de boycotter le scrutin misaient sur le fait que ceci était un moindre mal préférable au fait de donner une légitimité à un processus électoral qui ne le méritait pas.

Il ne faut pas ignorer non plus la question des observateurs étrangers. Ceux-ci doutent déjà de l’intégrité du processus électoral, notamment après le refus des responsables égyptiens de toute supervision étrangère. Rappelons que Condoleezza Rice avait refusé de se rendre en Egypte tant qu’Aymane Nour était en prison, que se passerait-il alors si tous les partis — et pas un seul — boycottaient le scrutin ?

D’aucuns pourraient dire que cette question de boycott et sa signification démocratique n’intéressent que l’opinion publique étrangère et pas locale. Même si ceci était vrai, cette attention étrangère aurait ses répercussions à l’intérieur, et tôt ou tard il serait impossible de l’ignorer.

Est-il dans l’intérêt des petits partis de l’opposition que leur nombre se multiplie et s’accroisse ? Cette multiplicité n’est-elle pas au contraire dans l’intérêt des grands partis, notamment le parti au pouvoir ? Il est vrai que ce nombre croissant de partis donne l’impression que l’espace de la liberté et de la concurrence s’élargit et que la bataille démocratique s’enflamme de plus en plus. Mais en réalité, tout ceci est trompeur. Ces petits partis n’apportent rien de nouveau, au contraire, ils rendent la situation plus compliquée. Ils jettent un voile sur les vrais enjeux.

Pour ce, on peut dire qu’il sera bénéfique pour le processus électoral et pour les présidentielles essentiellement que les petits partis s’engagent dans un dialogue débouchant sur une union qui donnera naissance à des partis plus ou moins grands. Ceci conduira à la stimulation de la pensée, à la cristallisation des points de vue et donnera un élan au dialogue.

Il n’est pas dans l’intérêt du parti au pouvoir d’imposer des conditions rédhibitoires pour entraver la participation de l’opposition. En même temps, il faut opter pour le multipartisme qui sert à activer et à enrichir le dialogue et non pas pour le multipartisme illimité qui à l’inverse avorte la démocratie au lieu de la raviver.

Ni les conditions restrictives, ni l’intransigeance illimitée ne servent la bataille électorale. Nous avons besoin d’une bataille sérieuse qui se caractérise par la crédibilité. Son objectif doit être d’enrichir la pensée avant de populariser certains leaders. Nous avons besoin d’une bataille qui mette sans cesse les dirigeants à l’épreuve, qui donne la priorité au renouveau avant la pluralité, et à la qualité avant la quantité.


Relation tripartite exceptionnelle

Le hasard a voulu que les présidentielles en Egypte coïncident presque avec la décision de Sharon de se retirer de Gaza. Il est difficile de prévoir l’avenir des relations arabo-israéliennes et par conséquent israélo-palestiniennes à la lumière de cet événement historique s’il est couronné de succès. Mais on peut dire que cet événement aura certes des conséquences à long terme sur les relations entre l’Egypte, les Etats-Unis et Israël. Que pourrons-nous dire de cette relation tripartite qui sort de l’ordinaire ?

Y aura-t-il en général une amélioration des relations arabo-israéliennes ou égypto-israéliennes avec le retrait israélien de Gaza, ou bien cette question de relations ne sera pas mise sur le tapis ? D’un autre côté, les colons vont-ils recourir aux actes terroristes ? Et comment Sharon va-t-il réagir ? Son cabinet sera-t-il renversé ? La direction du Likoud sera-t-elle remise à Netanyahu, qui a présenté sa démission à Sharon il y a quelques jours ? Quel est le sort de la coalition israélienne au pouvoir actuellement qui renferme entre autres le Parti travailliste de Pérès ? Israël connaîtra-t-il des bouleversements sur le long terme ?

Le retrait de Gaza conformément aux plans de Sharon a inséré un nouvel élément dans les relations égypto-israéliennes. Conformément aux accords de Camp David et au traité de paix égypto-israélien, il n’était pas permis à l’Egypte d’avoir une présence militaire dans le Sinaï, dans la partie se situant à l’Est des détroits. Par conséquent, l’Egypte ne pouvait pas déployer ses forces armées sur les frontières avec Israël. Elle n’avait donc pas une souveraineté totale sur une large partie de ses territoires. Sharon est dorénavant conscient que ceci pourrait être catastrophique pour les deux pays.

Actuellement, Israël s’est rendu compte après les derniers attentats sur la frontière égypto-israélienne que la présence de troupes égyptiennes, ne serait-ce que limitée, dans le Sinaï est dans l’intérêt des deux pays à la fois.

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