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L'émir Khaled Al-Fayçal, gouverneur d’Assir, la région sud de l'Arabie saoudite, est un passionné des arts plastiques et de la poésie. Sa conception de la religion et de la modernité s'identifie à la ville qu'il gère, Abha.
Un prince rêveur

En pleine matinée, le soleil caresse la verdure ici et là. Des montagnes embrassent les anciennes maisons de terre et de pierres, comme pour accueillir les téléphériques. Un paysage pur et serein. Le tout concourt à faire d'Abha, la capitale d'Assir, un Eden, un vrai. « Pourquoi s'étonner lorsqu'on parle de tenir un festival annuel à Abha, si l'on a réussi à transformer des marécages comme Orlando en une station touristique », l'émir Khaled Al-Fayçal défend ainsi sa ville utopique. Car celle-ci constitue le cadre naturel du personnage qu'il est.

Au centre d'Abha se situe le bâtiment d' Al-Imara (le siège du gouvernorat) dont l'architecture garde le même style des maisons assiriennes, en harmonie parfaite avec les alentours. L'intérieur est très simple. Des soldats et des officiers de l'artillerie nous frayent l'accès jusqu'au bureau du prince et poète.

Un bureau simple mais élégant à l'image du propriétaire. Un petit sourire au coin des lèvres, la voix tranquille, et le regard perçant, le prince Khaled est d'un caractère paisible et confiant. Normal. N'est-il pas le fils du roi Fayçal, surnommé le martyr, lui qui a joué un rôle indéniable dans la modernisation du pays, de quoi lui avoir coûté sa vie ?

Les premières histoires qui ont caressé l'esprit de l'émir ont été les récits épiques avec tout ce qu'ils recèlent de combats et d'héroïsme, à l'époque de l'union, sous le règne du roi Abdel-Aziz. Résultat : le prince est devenu à la fois poète et artiste. Sa poésie et son art puisent dans un fond culturel et historique arabe mêlant réalité et fiction, ancien et moderne. Mais quand le prince peint-il ou écrit-il de la poésie ? « Quand la peinture et la poésie se réunissent en une même personne, celle-ci ne distingue plus entre le moment de troquer le pinceau pour la plume. Dans tous les cas, l'expression de l'artiste n'est que la résultante de son assimilation de l'histoire de l'humanité », explique-t-il.

L'artiste est en général une personne issue du peuple, il communique ses idées à travers son art. « La famille Al- Saoud fait partie du peuple. L'usage décent des titres comme Sa Majesté ou Son Altesse royale nous a été inculqué uniquement par nos voisins. Le roi Fahd préférait, cependant, que le peuple l'appelle Aba Fayçal (le père de Fayçal), le prince Abdallah Aba Meteab (père de Meteab), le prince Sultan Aba Khaled ou bin Abdel-Aziz (père de Khaled ou le fils de Abdel-Aziz) », réplique rapidement le prince, mesurant ses propos. Amateur d'arts, il a brisé tous les stéréotypes assimilant l'art à l'athéisme. « Les fanatiques se trouvent partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Mais en aucun cas, ils ne peuvent arrêter le développement artistique et spirituel de l'humanité ». Il suffit de faire le tour des ronds-points d'Abha pour admirer une installation ou tomber sous le charme d'une fresque.

En effet, l'esprit ouvert du gouverneur de la région d'Assir a conféré à Abha un statut notoire sur la carte du monde. Toutefois, cela ne soigne en rien l'idée de l'isolement de l'Arabie saoudite. Cela est peut-être dû à son adoption de l'école juridique orthodoxe d'Ibn Hanbal, suivi d'Abdel-Wahab. « C'est une allégation dénuée de réalisme d'autant que le royaume comprend des sunnites, des chiites, et bien d'autres adeptes de l'idéologie ismaélite ... L'Arabie saoudite est un pays islamique et non doctrinaire », dément-il sans perdre sa tranquillité.

Que l'Arabie saoudite soit au centre des intérêts et des interpellations de tous, ça n'a rien d'étrange, vu qu'elle abrite les lieux saints de l'islam : la kaaba à Makka Al-Mokarrama (La Mecque) et la Mosquée du prophète et son tombeau. L'Arabie saoudite est également le premier pays contemporain à faire du Coran et de la sunna les sources uniques de sa Constitution. Après la chute de l'Union soviétique, l'islam est devenu, d'après lui, le seul concurrent des puissances présentes. « L'islam est une foi, une pensée et un système qui s'opposent à l'hégémonie occidentale sur la pensée et la culture au nom du nouveau système mondial : la mondialisation ».

Selon lui, le terrorisme est un phénomène qui tire sa force en jouant sur la fibre religieuse de certains. « Le terrorisme est une pensée déviée sans pays et sans foi. Pour y faire face, il faut adopter la foi correcte et réfuter toute défaillance ».

Le prince Khaled Al-Fayçal appelle toujours à l'innovation sur tous les plans. Le courant de l'innovation, selon lui, ne s'est arrêté que dans les époques du déclin. « Personne n'a le droit de s'opposer à l'innovation tout court. D'ailleurs, il faut faire face à toute déviation vis-à-vis des principales règles de l'art. A mon avis, la poésie ne tient qu'avec la rime. De même, plonger la peinture dans le surréalisme l'écarte du cercle des arts plastiques ». Et d'ajouter : « Le changement pour le changement ne signifie pas un véritable développement. Certains considèrent qu'il suffit d'une métamorphose passant par le plagiat pour opérer un développement. Or, le développement consiste en un passage harmonieux de l'homme, dans une société donnée, d'un Etat à un autre plus civilisé. Harmonieux ? Dans le sens où il doit se dérouler selon les normes de la société », explique-t-il.

Le journal Al-Watan, le plus audacieux du royaume, est l'une des réalisations qui illustre l'esprit novateur du prince. La Fondation de la pensée arabe pour la culture en 2001 en est une autre. « La mobilisation du milieu culturel arabe, et la réduction du fossé séparant les gouverneurs des intellectuels sont ses principaux objectifs ».

L'ancien étudiant d'Oxford, qui est devenu gouverneur d'Assir, il y a 35 ans environ, se sent très reconnaissant au roi défunt Fahd, son oncle, qui l'avait nommé à ce poste quand il était ministre de l'Intérieur. Position, qui lui a permis de prouver sa persévérance et son potentiel. « Au début, peu de régions étaient éclairées. Et le courant était coupé parfois à 21h. Il n'y avait pas de circuits routiers ou de lignes téléphoniques. Aujourd'hui, nous avons l'une des plus grandes universités du royaume. Les femmes accèdent à l'université et à l'emploi ».

Mais la femme a-t-elle recouvert tous ses droits au royaume ?

« Les a-t-elle aux Etats-Unis ou en Suisse ? », s'interroge-t-il avec un vif sourire. Et d'ajouter : « Il y eut des étapes à franchir. Mais l'évolution de la condition de la femme au royaume s'est tout de même déroulée rapidement en l'espace de 30 ans. Actuellement, des femmes occupent le poste de diplomates ou de doyennes d'universités. Il y a même le Dr Soraya Ebeid, assistante du secrétaire de l'Onu. L'avenir sera meilleur ».

« La crainte de Dieu et la bonne conscience », tel était le conseil que lui a légué son père, le roi Fayçal, la veille de sa prise des responsabilités. Ainsi, il cherche toujours à atteindre l'idéal dans ce qu'il entreprend sur le plan personnel comme sur le plan culturel du monde arabe et islamique auquel il appartient. Selon lui, Il faut toujours se poser la question : Est-ce que notre gestion est la meilleure ? Notre enseignement, notre économie, et notre industrie ? Si la réponse est négative, il faut tout reprendre à nouveau. « C'est vrai qu'on a réalisé tant de choses, mais l'idéal reste toujours à accomplir comme le dicte le proverbe Layssa bil imkane abdaa mimma kane (Ce n'est pas possible de réaliser mieux que ce qu'on avait déjà réalisé). Ces mots ne sont pas destinés à mes compatriotes mais à tout Arabe et musulman ».

Certains vénèrent ses efforts déployés pour faire d'Abha une région d'attraction touristique, d'autres admirent sa conduite de citoyen qui se plie au code de la route. Il a une recette très simple quant au rapport entre gouvernant et gouverné. « Il faut que le gouverneur soit convaincu qu'il est pareil à ses sujets et qu'il partage leurs problèmes. Si Dieu l'a placé à une position supérieure, c'est pour tester son bon aloi. Son pouvoir doit être pour les gens et non pas contre eux ».

Avec une telsouche et un pouvoir pareil, l'on s'interroge sur ce dont il a peur. Il répond sans réfléchir : « Je ne crains que Dieu seulement ».

Les rêves du prince ne s'éteignent jamais : « Je rêve de rendre Assir la plus importante villégiature estivale du monde ... ». Concurrençant Doubaï ? « Y compris le monde entier », affirme-t-il. Pourvu qu'il réalise ses desseins sous le règne du roi Abdallah.

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons :

1940 : Naissance à La Mecque.

1961 : Diplôme américain de l'école Brenston.

1962-1965 : Etudes de sciences politiques à l'Université d'Oxford.

1971 : Nommé prince de la région d'Assir.

23/10/1999 : Médaille royale d'Al-Nahda du premier degré décernée par le roi de la Jordanie Abdallah II bin Al-Hussein.

1999 : Certificat de la présidence honorifique de la société Fès Saïs pour le développement culturel, social et économique au royaume du Maroc.

2003 : Inscription de son nom par la NASA sur le vaisseau spatial qui a atteint la planète Mars.

 
 

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