Il va sans dire que le mécanisme
économique de la mondialisation vise à unifier
le monde sous l'emblème du « pouvoir des marchés
». Il est de même indubitable que ses pratiques
focalisent essentiellement sur la libéralisation
du commerce de toutes les contraintes tout en
facilitant la liberté de circulation des capitaux
à travers les frontières et en stimulant les investissements
étrangers.
Cependant, ces pratiques saturées
de la culture de leur origine ne peuvent jamais
être neutres. En effet, les forces contrôlant
la mondialisation veulent non seulement faire
circuler les marchandises, mais également diffuser
une gamme de valeurs politiques, économiques,
sociales et culturelles. De telles valeurs ont
pour objectif de renforcer l'idéologie du marché
accordant la priorité à l'individualisme, à l'intérêt
personnel, aux valeurs consuméristes et à l'instauration
des conceptions occidentales de la démocratie
et des droits de l'homme. Il est vrai que l'énorme
progrès technologique survenu dans le domaine
des communications a pu accroître l'interaction
culturelle mondiale. Toutefois, un problème de
taille a surgi : la fluidité des messages médiatiques
et culturels provenant des centres capitalistes
du Nord à destination des pays du Sud. Ces derniers
se transforment en fin de compte en un simple
destinataire de ces messages partiaux et de valeurs
contradictoires à celles de ces sociétés. Bref,
il s'agit là d'une menace d'une invasion culturelle
à même de porter atteinte aux particularités de
ces sociétés. Pire encore, les « maîtres du marché
» visent à imposer leur hégémonie culturelle à
travers des élites œuvrant à réduire les mœurs
et coutumes, les cultures et les divers modes
de vie à un modèle unique.
Ainsi, les différentes libertés
se transformeront en « la liberté d'expression
commerciale », et les droits des citoyens en «
droit de la souveraineté du consommateur ». Ceci
aura lieu en diffusant et répétant que l'histoire
a pris fin et qu'il n'existe aucune option politique
ni sociale sauf le modèle de la mondialisation
et du capitalisme en place.
A vrai dire, les partisans des
idéologies du marché ont pleinement profité de
la crise idéologique et de l'échec des programmes
de libération nationale et sociale ayant suscité
des sentiments de déception chez les peuples du
Sud. Ils ont de même profité de l'échec des projets
de développement du Sud et tiré un énorme profit
de la technologie des communications accordant
la priorité à la culture du visuel aux dépens
de l'écrit. En effet, la télévision est devenue
la source essentielle de connaissance et les conceptions
médiatiques relatives à la culture ont été complètement
bouleversées. Et compte tenu de la suprématie
des Etats-Unis dans le domaine audiovisuel, les
peuples affrontent aujourd'hui le risque de l'instauration
d'un espace mondial à l'américaine consacré à
servir les demandes du marché mondial.
Or, ceci a suscité diverses réactions
de par le monde. Des voix fondamentalistes religieuses
et nationalistes se sont fait entendre ainsi que
des appels à se barricader et à s'armer par les
identités nationales. Sans oublier les protestations
officielles et populaires appelant à l'adoption
du principe de l'exception culturelle prôné par
la France et le Canada. D'autres formes de luttes
sociales et culturelles contre la mondialisation
ont pris naissance mais elles diffèrent d'un pays
à l'autre et d'une classe sociale à l'autre. Cependant,
elles reflètent globalement un nouveau dynamisme
historique à travers lequel les forces d'opposition
expriment leur refus de la mondialisation et de
ses répercussions culturelles et économiques.
A vrai dire, si la mondialisation
culturelle jouit de certains avantages comme la
défense de l'environnement, des droits de l'homme
et des libertés essentielles des individus et
des groupes, elle se heurte violemment aux droits
des classes socialement marginalisées. D'où l'importance
de la question des droits culturels et de leur
protection à l'ombre de l'inégalité des chances
et du fossé séparant le Nord, monopolisant les
capacités technologiques, et entre les habitants
défavorisés du Sud.