C'est aujourd'hui que commence
officiellement le retrait israélien du secteur
de Gaza. La question qui se pose à l'heure actuelle
ne concerne pas ce retrait mais ce qui interviendra
par la suite. Une interrogation importante est
évoquée de prime abord. Qu'en sera-t-il de la
Cisjordanie ? La Feuille de route sera-t-elle
activée ? Ou bien Sharon réussira-t-il à duper
la communauté internationale ? Une chose est sûre.
Israël ne cédera pas facilement la Cisjordanie.
Les Etats-Unis ont confirmé que
le retrait de Gaza ne sera ni le premier ni le
dernier. Cependant, ils n'ont présenté aucune
garantie à cet égard. La secrétaire d'Etat américain
a même ironisé sur la demande de telles garanties
sous prétexte qu'il est plus logique d'accorder
maintenant l'intérêt au retrait de Gaza et des
quatre colonies du nord de la Cisjordanie avant
de passer au pas suivant. Elle a d'ailleurs estimé
que la situation n'est nullement inquiétante car
le premier ministre israélien a la Feuille de
route. Ce qui signifie que le parcours à suivre
est bien connu.
Si Sharon a officiellement accepté
la Feuille de route, il rend son application conditionnée
par la destruction de ce qu'il appelle l'infrastructure
du terrorisme ou du moins le désarmement des factions
palestiniennes. Et ce, selon le principe de réciprocité
que Netanyahu avait posé sur la table des négociations
dès son accession au pouvoir en 1996.
Sharon a adopté ce principe au
point de lier le transfert de la responsabilité
de la sécurité dans les villes de Bethléem et
de Kalkilya aux Palestiniens, au déploiement de
davantage d'efforts en la matière. Ce qui signifie
qu'il renégocie effectivement les engagements
contractés à Charm Al-Cheikh en février dernier.
Si le transfert du contrôle sécuritaire des villes
de la Cisjordanie auparavant gérées par l'Autorité
palestinienne avant leur invasion par les forces
israéliennes en avril 2002 a été soumis au principe
de réciprocité, qu'en sera-t-il d'un retrait total
de la Cisjordanie? Le problème est que Sharon
demande à l'Autorité palestinienne de faire l'impossible,
c'est-à-dire d'annuler la présence de factions
possédant une vaste base sociale au sein de la
société. Des organisations comme le Hamas, le
Djihad et même le Front populaire ne sont pas
de simples factions armées. Ce sont des groupes
qui ont leur présence sur le terrain et qui jouissent
du soutien d'un grand nombre de Palestiniens.
Ni Abbass, ni personne d'autre ne peuvent répondre
à la demande de Sharon concernant l'interdiction
du Hamas et du Djihad de participer aux élections
palestiniennes prévues pour janvier prochain.
L'insistance de Sharon sur ce point comme condition
sine qua non de l'application de la Feuille de
route ne sera qu'un prétexte pour rendre le retrait
de la Cisjordanie impossible. Et ce, en supposant
que le retrait sera total car le plan effectif
de Sharon consiste à garder une partie de la Cisjordanie
comprenant les grands blocs de colonies et Jérusalem.
D'ailleurs, son gouvernement œuvre d'arrache-pied
pour opérer un changement sur le terrain rendant
l'annexion de cette partie à Israël un fait accompli.
Sharon a maintenant un espoir et un rêve. Il espère
que le retrait de Gaza renforcera sa position
au niveau international en sa qualité de premier
leader israélien ayant eu le courage d'entreprendre
une telle mesure. D'autre part, il rêve d'exploiter
le soutien international dont il bénéficiera pour
imposer le fait accompli auquel il aspire en Cisjordanie.
Cependant, Sharon éprouve de
l'inquiétude vis-à-vis de la position américaine
surtout après les clarifications apportées par
Bush sur la lettre de garantie que Sharon lui
a envoyée à la suite de leur rencontre au Texas,
en avril 2004. Dans ce message, Bush a accepté
le point de vue de Sharon selon lequel de nouvelles
réalités se sont imposées sur le terrain et suite
à la colonisation qui dispense Israël du retrait
aux frontières de 1967 lesquelles en fait ne diffèrent
pas beaucoup des frontières de 1949. Cette position
de Bush, inscrite pour la première fois dans un
document officiel, a encouragé Sharon à imposer
le fait accompli rendant impossible le retrait
de toute la Cisjordanie, bien que le président
américain ait indiqué que la situation dépendait
des négociations sur le statut final. Cependant,
l'établissement d'un lien entre une modification
des frontières de 1949 et le processus des négociations,
et par conséquent un accord entre les deux parties,
n'était pas suffisamment clair. Sharon a donc
intentionnellement attribué au message de Bush
la seule signification de l'impossibilité de revenir
aux frontières de 1949, ce qui donne à Israël
carte blanche de changer unilatéralement ces frontières.
Cependant, le président américain
a reformulé sa position à la suite de sa rencontre
avec Mahmoud Abbass, le mois dernier. Il a déclaré
que tout accord concernant le statut final entre
les Palestiniens et Israël doit être convenu à
travers des négociations, que les deux parties
doivent se mettre d'accord sur le changement qui
peut être apporté aux frontières de l'armistice
de 1949 et qu'Israël doit s'abstenir de toute
activité pouvant enfreindre le plan de la Feuille
de route ou devancer les négociations du statut
final.
Malgré tout cela, Sharon continue
à espérer qu'il pourra exploiter son retrait de
Gaza et sa victoire sur la résistance interne
contre le retrait pour renforcer sa position de
manière à pouvoir imposer le fait accompli dont
il rêve en Cisjordanie. Ceci explique l'intransigeance
qu'il a affichée au cours de sa première rencontre
avec le président palestinien depuis le sommet
de février dernier à Charm Al-Cheikh. En effet,
Abbass n'a obtenu aucune réponse claire ou tranchante
à ses demandes principales, à l'exception d'une
approbation préliminaire que le passage frontalier
de Rafah soit un passage palestino-égyptien après
le retrait de Gaza.
Cependant, il est tout à fait
logique que Sharon renonce à la participation
à la gestion de ce passage qui relie la Palestine
à l'Egypte. De plus, ce renoncement n'est porteur
d'aucun indice sur la position israélienne à l'égard
du retrait de la Cisjordanie. Cette position peut
être détectée à travers l'attitude de l'Etat hébreu
vis-à-vis du passage de sécurité entre le secteur
et la Cisjordanie, position que Sharon tente d'ignorer,
bien qu'elle ait été soumise à maintes reprises
par la partie palestinienne. Si Israël accepte
d'ouvrir ce passage, ceci signifiera qu'il est
sérieusement disposé à se retirer de la Cisjordanie.
C'est la raison pour laquelle les premiers ministres
consécutifs d'Israël tergiversaient dans l'établissement
de ce passage convenu par les accords d'Oslo,
puis par le protocole du Caire de mai 1994 et
par l'accord de Wye River en 1997.
Pour l'instant, nous n'avons
qu'à attendre pour savoir quelle sera la position
de Sharon à l'égard de ce passage de sécurité
lors de son retrait de Gaza. Ceci constituera
un premier indice ou même une première réponse
à la question relative à ce qui adviendra après
le retrait.