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Hiroshima, 60 ans après

Par Mohamed Sid-Ahmed
Au cours d'une rencontre avec Hanz Blix qui était en visite au Caire il y a quelques mois, je lui ai demandé : « Sera-t-il possible de se débarrasser un jour des armes nucléaires ? D'autant plus que la possession de ces armes n'est plus limitée aux Etats qui ont le droit de veto au Conseil de sécurité, et que celles-ci se propagent de plus en plus et que leur efficacité augmente ? ».

Si je pose aujourd'hui cette question, c'est parce qu'il y a 60 ans, les Etats-Unis ont largué, quelque temps avant la fin de la seconde guerre mondiale, deux bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki, causant chacune la mort de 300 000 personnes. Partout, on a tendance à penser que les campagnes actuelles pour le désarmement ont pour objectif d'éliminer les armes nucléaires et de s'en débarrasser définitivement. Or, ceci est impossible, parce que les Etats sont les seuls à posséder la souveraineté leur permettant d’avoir et même de fabriquer des armes nucléaires. Et en même temps, il faut qu'un haut pouvoir international puisse posséder une certaine quantité de ces armes de façon à réprimer toute force qui aurait recours à l'arme nucléaire, exposant ainsi l'humanité à une destruction totale.

La réponse de Blix à ma question n'a pas été satisfaisante. Il a dit qu'il était trop tôt pour examiner les questions de désarmement total alors que le plus important en temps actuel restait de diminuer les quantités énormes d'armes détenues par différentes parties de par le monde. Selon lui, viendra le jour où un grand progrès sera réalisé dans ce domaine au point de parvenir à des solutions difficiles à prédire en temps actuel.


Deux thèmes opposés

Si je n'ai pas été satisfait par la réponse de Blix, c'est parce que sa logique est fondée sur une contradiction. Dans ses propos, il y a une reconnaissance de la nécessité du désarmement et en même temps de l'impossibilité de l'assurer définitivement, en particulier depuis les incidents du 11 septembre et alors que le terrorisme a atteint un degré de danger sans précédent.

Comment allier ces deux thèmes opposés ? En réalité, la question n'est pas seulement théorique et ne concerne pas seulement l'avenir. Elle a une dimension dans le présent qu'on ne peut négliger. Prenons pour exemple ce qui se passe actuellement en Iran.

Le commandement iranien insiste à avoir une maîtrise du cycle du combustible nucléaire en entier. C'est effectivement un des droits de l'Iran conformément à ses prérogatives de souveraineté en tant qu'Etat indépendant. Or, l'Union Européenne (UE) est prête à présenter différentes concessions à l'Iran, y compris dans le domaine de la production nucléaire, à condition d'éviter l'enrichissement de l'uranium susceptible d'être utilisé à des fins militaires, notamment pour fabriquer des armes nucléaires.

Comment remédier à cette problématique et éviter que la question n'aboutisse à un affrontement entre Téhéran et les capitales occidentales ? Il est donc ici question de priver l'Iran d'une partie de sa souveraineté. Et si Téhéran obéit, ce sera une première qui encouragera d'autres Etats à lui réclamer, ainsi qu'à d'autres, de présenter de pareilles concessions. Y a-t-il moyen d'éviter de porter atteinte à la souveraineté nationale de l'Iran et en même temps répondre aux réclamations des capitales occidentales visant à garantir que l'Iran (ou n'importe quel autre pays) n'ait recours aux armes nucléaires ? Ceci se révèle être possible si on admet l'idée que le désarmement ne peut signifier, et ne doit pas signifier, qu'il faut se débarrasser définitivement des armes nucléaires, afin d'éviter que des forces terroristes ne les monopolisent.


A la recherche d'une issue pratique

Il faut remédier à cette problématique. C'est-à-dire trouver une issue pratique aux principes et règles imposés par l'ordre mondial contemporain. La première de ces règles est celle appelée « Feed-Back Process » et qui consiste à créer des conditions garantissant la réalisation effective de l'objectif initial. Comme par exemple faire une biopsie sur une femme pour s'assurer qu'elle n'est pas atteinte d'un cancer. Donc grâce au Feed-Back Process, nous passons de l'état de soupçon à l'état de certitude.

En ce qui concerne la question du désarmement, il y a eu deux exemples de Feed-Back. Premièrement, le fait d'effectuer intentionnellement une opération incomplète de désarmement. C'est-à-dire diminuer graduellement les armes sous le régime d'un haut pouvoir (dont il faut déterminer les composantes et les principes) de façon à ce que cette autorité constitue une force de répression militaire dont les capacités dépassent le total de ce que possède n'importe quelle puissance qui ne respecte pas les principes de la légitimité internationale.

Comment serait cette autorité suprême ? Comment garantir qu'elle ne se transforme pas en force de dictature globaliste qui symboliserait le contraire de la démocratie au lieu d'en être l'exemple le plus patent ? C'est une question critique qui nécessite d'effectuer un dialogue au niveau de la communauté internationale en entier. Les discussions actuellement en cours pour la réforme et la modernisation de l'Onu constituent peut-être l'occasion propice pour effectuer ce dialogue et déterminer les principes sur lesquels ce haut pouvoir serait fondé.

Quant au second exemple, il concerne le cycle du combustible nucléaire. Il n'y a pas de controverse en ce qui concerne le dialogue autour de la possession d'une matière radioactive comme l'uranium par exemple, mais ce qui est refusé, c'est de convertir l'uranium pour fabriquer une bombe atomique. Comme il y a une insistance à ne pas supprimer totalement les armes nucléaires pour empêcher que des forces terroristes ne s'en accaparent, il y a aussi une insistance à ne pas compléter le cycle du combustible nucléaire chez des Etats déterminés, pour éviter ce même danger.

Y a-t-il moyen de dépasser cette impasse ? Y aura-t-il des armes à l'avenir qui pourraient aider à réaliser cet objectif ? Y a-t-il moyen de créer des équipements qui désamorceraient les armes nucléaires sans être eux-mêmes des armes nucléaires ? De nombreuses questions s'imposent alors que 60 années se sont écoulées depuis le premier usage de la bombe atomique.

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