Abstraction
faite des réserves émises sur les amendements
de l'article 76 de la Constitution et sur la
loi électorale, l'ouverture des candidatures
pour le poste de président de la République
doit être une occasion pour rappeler au gouvernement
qu'on est en train, au cours de cette période,
de mettre les bases d'une phase inédite de notre
histoire. Une période différente de celles pendant
lesquelles le processus électoral était géré
d'une manière antidémocratique, le seul souci
étant de porter vainqueur un seul candidat et
un seul parti. Ceci est élémentaire si l'on
souhaite que notre expérience démocratique aboutisse.
Certaines parties ont pris
le soin de nous rappeler les dix commandements
que toute personne souhaitant présenter sa candidature
doit suivre. Comme par exemple la nécessité
qu'elle prenne son temps afin de réfléchir si
elle est vraiment capable ou si elle en a les
moyens. Un tel conseil aurait été valable si
la vie politique et partisane en Egypte n'a
pas connu plus d'un demi-siècle de stagnation,
de pratiques antidémocratiques, au cours duquel
on se souciait peu de ces conseils.
Il aurait mieux valu à l'heure
actuelle de faire d'autres recommandations plus
adaptées à cette nouvelle phase de l'action
politique. Comme par exemple de conseiller au
gouvernement de s'engager à maintenir la neutralité,
de répondre favorablement aux demandes des magistrats
et de permettre à tous les candidats d'avoir
accès aux médias d'une manière équitable.
Mais hélas, on a pu remarquer
ces derniers jours que certains appareils de
l'Etat n'ont pas pu s'empêcher d'avoir recours
aux mêmes pratiques d'autrefois.
On s'attendait — par souci
de neutralité et de crédibilité — que le premier
ministre demande à tous les ministres et à tous
les gouverneurs et les services de l'Etat de
traiter tous les candidats sur un pied d'égalité
et de ne pas favoriser l'un d'eux aux dépens
des autres. Il aurait mieux valu que des règles
contraignantes soient imposées aux médias afin
que les pratiques inacceptables disparaissent
complètement. On n'aurait pas dû entendre par
exemple un prédicateur dans une mosquée appelant
à porter allégeance à un candidat quelconque.
Le vrai défi auquel nous faisons face au moment
historique actuel est de convaincre le régime
qu'il faut agir de manière à redonner au peuple
confiance en une vie politique saine et un processus
électoral intègre. Le manque de confiance est
dû aux pratiques antidémocratiques qui ont duré
pendant de longues décennies et aux élections
dont l'intégrité a été récusée.
Reste à dire que l'état de
confusion qui caractérise la scène politique
actuellement, l'appel lancé par certains partis
pour boycotter les élections présidentielles
et les allusions de la communauté internationale
rendent nécessaire que le parti au pouvoir s'engage
à garder la neutralité entre les candidats.