| Les
ateliers du Caire existent depuis le temps
des Fatimides, d’autres bien avant encore
remonteraient aux pharaons. Le langage et
les vêtements des artisans ont changé mais
souvent les techniques de fabrication restent
intactes. Dans l’une des ruelles situées non
loin de la maison natale du romancier égyptien
Naguib Mahfouz et juste au bout d’un tunnel
sombre qui date du XIVe siècle, se trouve
l’échoppe de Am Mahmoud, le ciseleur. Le petit
atelier prend place aussi à quelques pas de
la ruelle de Qasr Al-Chawq qui a donné son
nom à l’un des romans de l’écrivain.
Am
Mahmoud est un artisan égyptien qui a opté
pour la damasquinerie, métier qu’il exerce
depuis l’âge de 4 ans. La damasquinerie n’est
pas née en Egypte, elle a vu le jour à Damas.
C’est l’art d’incruster au marteau des filets
décoratifs d’or, d’argent ou de cuivre sur
une surface métallique.
Le
son de son petit marteau qui frappe sur le
ciseau pour dessiner des lignes de repère
sur les plateaux de cuivre retentit dans toute
la ruelle. Comme jadis, la plaque de cuivre
est fixée grâce à un bloc de goudron qui pèse
10 kg au moins. Outre la fabrication des petits
cendriers en cuivre dont le diamètre ne dépasse
pas les 6 centimètres, et les plateaux à l’orientale
incrustés aux fils d’argent, Am Mahmoud a
ornementé, il y a quelques années, le bois
des portes de la mosquée Sultan Hassan avec
les fils de cuivre.
Comme
dans les temples, les tombes des pharaons
et les mosquées fatimides dont les dômes partent
au ciel sont anonymes, le travail des petits
artisans du Caire reste toujours sans signature.
«
J’ai aussi travaillé dans plusieurs monuments
du Caire islamique, mais les noms des artisans
ne sont jamais mentionnés. Seuls les noms
de l’architecte et de l’entrepreneur, qui
ne font que le travail de gestion et de supervision,
restent inscrits sur les projets », se plaint-il.
Cela
fait une semaine que le vieil homme est penché
sur sa plaque de cuivre et il le sera encore
pendant cinq semaines. Am Mahmoud gravera
le cuivre avec son ciseau pour fabriquer une
boîte de cuivre incrustée de fils d’argent.
Il s’agit d’une commande, passée à une des
boutiques de Khan Al-Khalili. Am Mahmoud ne
joue qu’à l’exécution. « Le coût de cette
boîte est de l’ordre de 4 000 L.E. environ,
elle sera vendue à 7 000 livres au moins (Ndlr
: soit 1 000 euros) », dit-il.
De
l’autre côté du Caire fatimide, dans la rue
Taht Al-Rabea, ancien faubourg ouest de la
cité, du côté de Bab Zoweila, où les amoureux
cachaient autrefois leurs talismans, deux
frères, Ahmad et Mohamad Nabih, maintiennent
un atelier de tonneaux qui continue à exister
grâce à leurs astuces. Les tonneaux n’ont
jamais existé dans l’Egypte Ancienne, ni fatimide.
Les Anciens Egyptiens utilisaient les jarres
pour la fermentation de la bière et l’Egypte
musulmane a utilisé les amphores pour la conservation
et le transport des produits liquides. C’est
la communauté grecque qui a introduit les
tonneaux en Egypte au XIXe siècle. Les tonneaux
servaient de récipients pour le transport
du vin et de l’huile d’olive, par la suite,
des ateliers furent créés pour les fabriquer.
Depuis plusieurs années, les tonneaux en bois
ne servent qu’à des fins extrêmement limitées,
comme la préparation du cornichon, et dès
lors le plastique ne cesse de s’imposer.
Les
deux frères tonneliers fabriquent des paniers
pour y exposer les marchandises des herboristes.
Ils utilisent la même technique pour fixer
les douelles, les planches de bois peu courbes
qui occupent la longueur d’un tonneau. Pas
de recours aux clous ni à la colle, le cerclage
et le reliage se font grâce à des cercles
métalliques de l’extérieur. Cependant, il
manque à leur nouveau produit qui part pour
Charm Al-Cheikh et Hurghada le ventre, la
partie renflée du tonneau située au milieu.
«
C’est triste que nous ayons arrêté la fabrication
des tonneaux. Les temps changent. Les paniers
que nous fabriquons avec le bois blanc représentent
80 % de notre activité originelle », dit Mohamad,
le grand frère. Pourtant, Arabi, un des ouvriers
de l’atelier, n’a pas pris la voie facile.
Il répare les tonneaux utilisés dans la préparation
des cornichons. Le sel et le vinaigre utilisés
pour saler le concombre, les carottes et le
radis blanc érodent avec le temps les cercles
métalliques. Les douelles qui forment le tonneau
tombent de temps en temps, victimes d’une
attaque d’insecte.
«
Mon travail consiste à changer les douelles
de bois de chêne et les cercles métalliques
», dit Arabi avec un sourire.
Pour
remplacer une douve de bois de chêne, Arabi
doit démanteler tout le tonneau et le rassembler
à nouveau.
A
la fin de la rue Taht Al-Rabea, vers la préfecture
de police du Caire, d’autres artisans ont
pris position. Ce sont les graveurs de marbre. |