| Officiers,
soldats et experts, l’Egypte se prépare pour sa mission
dans la bande de Gaza après le retrait israélien. La semaine
dernière, 34 officiers égyptiens sont déjà arrivés à Gaza
pour épauler et réhabiliter les forces de sécurité palestiniennes.
Ces officiers seront suivis par un autre groupe de 150
à 200 officiers et experts que Le Caire s’est déclaré
prêt à dépêcher pour maintenir l’ordre pendant six mois
et pour organiser et entraîner une force palestinienne
d’environ 30 000 hommes. En fait, le rôle de l’Egypte
ne se limitera pas, comme l’affirme Emad Gad, rédacteur
en chef du mensuel Israel Digest publié par le Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
à la formation des policiers palestiniens, mais il aura
une dimension plus étendue. « L’Egypte est chargée en
premier lieu de sécuriser ses frontières avec Gaza pour
empêcher la contrebande des armes via ses territoires.
Les Egyptiens tenteront ainsi d’exercer leur plein contrôle
sur la frontière en collaboration avec les Palestiniens
». En effet, vers le début septembre, 750 garde-frontières
égyptiens doivent être déployés à la frontière nord-est
avec le territoire palestinien, voire de l’autre côté
du couloir de sécurité, dit de Philadelphie, créé par
les Israéliens en bordure du territoire palestinien. Cette
bande de 13 km de long sur 100 mètres de large visait
à lutter, selon Tel-Aviv, contre le creusement sous la
frontière de tunnels à travers lesquels les activistes
palestiniens faisaient transiter des armes du Sinaï vers
la bande de Gaza.
Il
s’agira du premier déploiement de militaires égyptiens
à cette frontière depuis les accords de paix égypto-israéliens
qui, en 1979, ont mis un terme à trente années d’hostilité
et stipulent la démilitarisation de la péninsule du Sinaï.
Selon ce traité, seuls des policiers égyptiens à l’arme
légère peuvent stationner dans le Sinaï. Aujourd’hui,
un échange de lettres entre l’Egypte et Israël doit autoriser
officiellement le déploiement de paramilitaires. Récupérer
ce couloir de Philadelphie fut pendant longtemps un sujet
suspendu dans les négociations égypto-israéliennes. L’Egypte
l’a lié cette fois-ci à un rôle sécuritaire dans la bande
de Gaza parce que selon Le Caire, si Israël conserve le
contrôle de ce passage, il en fera un prétexte pour intervenir
à tout moment à Gaza. Si la question de la présence armée
égyptienne est réglée, des discussions se poursuivent
sur le futur rôle de la Force Multinationale et Observateurs
(FMO) déployée depuis 1982 pour surveiller l’application
des accords de paix. Les garde-frontières égyptiens, eux,
ne disposeront cependant pas d’armement lourd. Ils patrouilleront
à bord de petits blindés à chenille dans cette zone désertique
et pourront utiliser des jumelles à infrarouges pour la
surveillance nocturne.
Une
mission sécuritaire ? Celle de gendarme pour Israël, comme
l’affirment les opposants à cette démarche. Parce qu’étant
sur place, les Egyptiens vont empêcher toute attaque contre
Israël.
Gad
estime que Le Caire s’efforce en outre de jouer un rôle
diplomatique. « Le Caire servira de médiateur entre les
factions palestiniennes et l’Autorité palestinienne, pour
garantir une stabilité dans les territoires et éviter
que l’Etat hébreu n’exploite la situation pour occuper
de nouveau la bande de Gaza », précise Gad. Les responsables
égyptiens serviront d’ailleurs de médiateur entre les
factions palestiniennes ; plusieurs réunions et négociations
ont eu lieu sous la houlette du Caire que ce soit en Egypte
ou encore dans les territoires occupés. Les analystes
estiment que l’intervention égyptienne a permis de maintenir
pendant un bon moment l’accalmie dans les opérations palestiniennes
contre Israël. Qadri Saïd, directeur du département des
études militaires au CEPS, estime que ni Palestiniens
ni Israéliens ne peuvent passer outre les offices du Caire.
L’Egypte sera au service des deux côtés, mais cette prochaine
mission est également dans son intérêt. Mettre fin à l’occupation
israélienne des territoires palestiniens passe au premier
plan. Le retrait de Gaza est une première étape vers un
Etat palestinien, comme le voit Le Caire. Mais, l’Egypte
a d’autres préoccupations, comme l’affirme Qadri Saïd.
« L’anarchie dans la bande de Gaza et dans les territoires
palestiniens de façon générale, ont pendant longtemps
affecté la stabilité de la région », dit-il. Saïd avance
comme cause du recul de l’investissement et des activités
touristiques ce qu’il nomme « les opérations terroristes
continuelles », d’où la nécessité pour l’Egypte de jouer
un rôle sécuritaire à Gaza. L’Egypte compte ainsi sur
une stabilité et une sécurité à ses frontières pour stabiliser
ses propres territoires, voire éviter des attaques à l’instar
de celles de Taba et Charm Al-Cheikh. Saïd pense que «
si la question de Gaza avait été résolue depuis longtemps,
l’Egypte aurait pu avoir d’énormes investissements ».
Mais une indépendance de la bande de Gaza permettra-t-elle
à l’Egypte de voir la vie en rose ? Reste à dire que c’est
une mission délicate qui attend Le Caire.. |